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 Hold your breath, don't let go. [Cassie]

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Can you save, can you save my,
can you save my heavydirtysoul.

→ NUISANCE DEPUIS : 37 années.
→ SOUS L'EMPRISE DE : Dagda.
→ ERRANCE : à travers Bernard Terrace, la plupart du temps.
→ TROMPE L'ENNUI : Larbin, sans emploi fixe.
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Une espèce de gros con.

→ AVATAR : Travis Fimmel
→ MENSONGES : 1997

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MessageSujet: Hold your breath, don't let go. [Cassie]   Mar 15 Aoû 2017 - 20:59


— Hold your breath, don't let go —

Tout son corps fait mal.
Et il gémit, là, sur son coin de matelas à la senteur insupportable. Fragrance de dégueulis et de sueur, de crasse immémoriale. Il ne sait même pas où il est, ni pourquoi, ni comment. Il ne perçoit que la douleur, qui lui déchire à intervalles irréguliers l'intérieur du crâne et les muscles de chaque membre. Recroquevillé, il hallucine. Et toutes les souffrances qu'il discerne peuvent bien se démultiplier, peuvent bien le rendre haletant et terrorisé, il en gardera un sourire béat.
Une risette démentielle soulève ses babines. La crispation des nerfs, la salve qui dévore les entrailles. Et le bonheur. Un bonheur intense. Un bonheur insane. Parce qu'il ressent, Shiloh. Il ressent pleinement chaque vibration de son corps. Et les sentiments s'y mélangent. Les perceptions bousillées par l'héroïne lui inondent l'esprit. Cet esprit calciné par les semaines écoulées.
Shiloh a oublié de vivre.
La semaine 1 était pour fuir, pour esquiver les emmerdes qu'engendreraient en toute logique son acte. Cette torsion de l'univers provoquée sous l'égide de Dagda. Ce club où il a foutu le bordel, sans rien saisir. Ce mec peut-être mort. Ces mecs peut-être handicapés, maintenant. Incapables de bouger une main, incapables de bouger une jambe. Os fracturés. Cortex abîmé. Épine dorsale esquintée.
Alors il est parti, délaissant son quotidien, pour une semaine. Une seule semaine. Posant avec une explication minable, sept jours, sept petits jours. Des jours pour arranger les affaires d'une famille qu'il n'a pas, pour pallier au décès d'une grand-tante qu'il n'a pas. Pour voir surtout ce qu'il allait advenir, maintenant que le mal était fait. Les oreilles traînant dans les artères de la cité, afin de prendre connaissance des poursuites, des recherches, des flics.
Et la semaine 2 s'est installée, sans qu'il n'y fasse attention.
Puisque la semaine 1 a dégénéré.
Puisque le manque s'est faufilé. Et il a résisté, Shiloh, il jure qu'il a résisté. Des jours durant, il a résisté. Avec la certitude enfantine de la retrouver, la fille. Au bout du tunnel. De la retrouver et de goûter si ce n'est à son chant ou à ses caresses, au moins à son odeur. Alors il a lutté, absurdement.
Et de taudis en taudis, et de jour en nuit, la tentation a gonflé. Inévitablement. Et l'a emporté. Pareil au choc d'une bagnole, contre un mur. Brutal, et sans espoir.
Shiloh a sombré. Avec cette blonde qui lui ressemblait un peu. La crinière-incendie en moins. Les yeux bleus en moins. Mais y avait sa bouche, et puis son nez. Et peut-être qu'il ne désirait distinguer que ce qu'il fantasmait. Alors, y avait cette blonde. Avec son minois de chatte égarée. Une camée jusqu'à la moelle, à laquelle il a dit OK. OK pour un voyage. L'aiguille plantée par ses soins, dans la carne. L'aiguille qu'il a mirée, sans savoir s'il devait dire merci, sans savoir s'il devait regretter. L'aiguille sale dans un cratère cicatriciel de son bras. Et la blonde a poussé le piston, fait pénétrer le fluide incolore dans son organisme et tout s'est brouillé.  La décharge et cette supplique, qu'il a eue. Qu'il a expirée avant de ne plus rien savoir articuler.
Viens, viens là. Viens là au-dessus de moi.
Pour recomposer un tableau déjà enduré. Le premier tableau. Celui que la mémoire a imprimé au subconscient. Ce tableau ayant surgi des tréfonds de son intime et auquel il a voulu se raccrocher, durant le grand plongeon. Pour feindre la seule chose qui l'empêche de fuir cette ville, de fuir cette existence qu'il a mis tant de mois à construire. Brique après brique. Supposément balayée par son crime : celui de souhaiter la préserver. Des hommes. Comme lui. Des meilleurs et des pires aussi.
Et la semaine 3 s'est évaporée. La semaine 3 s'est dissoute à la semaine 2 puis à la semaine 1.
Bribes de souvenances éclatées. Tout se disloque à la cervelle désintégrée.
La semaine 4 en pendaison. La semaine 4 en errance.
La semaine 5 et la blonde revenue, la blonde avec son regard de spectre. Des yeux marrons qui devraient être bleus. Des cheveux filasses qu'il rêvait de voir s'enflammer.
Et le gouffre. Semaine 5 et plus rien ne compte, donc, hormis la douleur.
Veines et artères alourdies des poisons circulant dans Brightside, circulant dans Bernard Terrace. Shiloh, il n'est plus certain d'exister. Corporalité annihilée. Ne demeure que la souffrance, l'impitoyable souffrance de l'overdose qui menace. De la gerbe à côté du matelas, qui provoque la déshydratation du corps. Ce corps poisseux, et amaigri. Ce corps qui tremble. Ce corps qu'il présume être le sien, sans certitudes, et qu'il essaye naïvement de faire tenir en un seul morceau, les bras enroulés autour du poitrail dissimulé sous un sweat, sous un tee-shirt délavé et humide de sa transpiration.
Semblable à un fœtus en train de crever. Il a cette position, caractéristique. Jambes repliées, et nuque tordue. Un appel à l'aide, en sourdine. Puisque mutique, depuis la semaine 3, il l'est. Ou peut-être avant. Ou peut-être ou peut-être. Ça s'entremêle et se choque, contre les parois. Depuis la première dose, à la vérité, Shiloh ne parle plus. Le rouleau de billets verts, gagné près d'un mois plus tôt, gagné ce fameux soir qui continue de hanter sa matière grise, ce dernier soir de presque normalité ; il n'en reste que quelques billets, froissés, dans le fond de la poche de son jean taché et puant.
Semaine 5. Semaine 5 et les gens autour, masse de junkies, de sans abris, masse de déchets ; rebuts de la société. Semaine 5 et les gens autour, ouais. Si proches et si loin. Les gens perdus au delirium qui lui nique l'encéphale, dont il se figure par éclats la présence. Présence sitôt engloutie par les séismes intimes. Et Shiloh, Shiloh qui ne sait plus qui il est. Shiloh qui se déchire des douleurs que provoquent le trop et le pas assez. Qui disparait et rit et gémit tout à la fois, en lui-même.


_________________

    Il voyait le ciel nocturne se prolonger vers l’espace, et l’espace se prolonger jusqu’à l’infini, avec des myriades d’étoiles partout, disséminées dans le noir comme autant de diamants sur de la feutrine – et au sein de ce néant glacé, sans limites, il n’était qu’une mite. — Dennis Lehane
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→ ORDRE CLANIQUE : Ghostbusters
→ NUISANCE DEPUIS : 28 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Mama Coca
→ ERRANCE : Au club et partout où ça craint
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→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Qui s'y frotte s'y frotte et s'y frotte (comme le hérisson dans la pub de l'éponge t'as vu)
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MessageSujet: Re: Hold your breath, don't let go. [Cassie]   Sam 19 Aoû 2017 - 16:30


— Hold your breath, don't let go —


Cela faisait plus d’un mois qu’elle lui courait à près. Non, c’était faux. Deux semaines, en vérité. Parce qu’avant ça, elle l’avait plus ou moins oublié. Non, ça aussi c’était faux. Pas « oublié », juste repoussé dans un coin de sa tête. D’abord, elle avait été en colère. Normal. Il avait cassé la gueule d’un de ses videurs préférés. Lui avait littéralement cassé la gueule, avec toutes les fractures visage qu’il avait subi. Pendant autant de jours qu’il avait fallu à Kiwi pour sortir de l’hôpital, c’est-à-dire quatre, elle lui en avait voulu, à Shiloh, d’une colère froide et capricieuse. Pendant ces quatre jours, elle ne l’avait ni oublié ni repoussé dans un coin, profitant à l’excès de sa rage contre lui et de l’énergie que cela lui procurait. Et puis la colère s’était peu à peu tarie, ne laissant derrière elle que des cendres froides, et alors, Cassie avait boudé. Et repoussé la bête dans un coin. Qu’il aille donc casser la figure d’autres personnes, ailleurs, mais pas chez elle, pas dans son club, pas contre sa famille. Avec une détermination glaciale, elle l’avait ignoré, ignoré son souvenirs, ses bégaiement pitoyables qui résonnaient toujours dans sa tête, puis souvent, puis parfois. Elle avait continué sa vie avec la conscience aiguë de ne pas s’occuper de lui, puis, de façon naturelle, elle avait réellement fini par ne plus s’occuper de lui, et par ne plus penser à lui. Pas oublié, donc, mais ignoré. Comme un accident de parcours, un accident de l’histoire. Elle avait travaillé, fait la fête, fréquenté les suspects habituels ; grisée, épuisée, vidée ou emplie de tout ou du rien, c’était selon, elle avait mené son existence sans plus songer à lui, comme elle menait toujours son existence, c’est-à-dire sans rien mener, en vérité, en roue livre, en totale impro.

Et puis finalement, un soir, assise en tailleurs avec son ordinateur sur ses jambes nues, elle avait baissé les yeux sur son pull et s’était rappelé qu’il ne lui appartenait pas. Qu’il était à quelqu’un d’autres. Qu’il n’était pas non plus à un des types qu’elle avait fait monter pour une nuit ces derniers mois. Le sweat appartenait à une bestiole qui n’avait jamais fait de son foyer à elle son territoire à lui, et alors qu’elle s’en félicitait, elle s’était, dans le même temps, souvenue de lui, et de sa sale gueule, et du sang et de la morve dont il était toujours couvert, et pourquoi est-ce que tout ça lui aurait manqué ? Eh bien, cela ne lui manquait pas, mais lui, lui eh bien… Elle s’était rendu compte qu’elle s’amusait bien avec lui et soudain, telle la princesse qu’elle était, soudain, soudain ! elle avait exigé de le voir. Oublié ou presque, son éclat de rage, ses poings dans la figure de Kiwi. Pardonné, du moins, oui voilà, cela suffirait pour lui donner bonne conscience de vouloir revoir Shiloh encore une fois, se foutre de sa gueule encore une fois, le torturer encore fois, le pousser dans ses derniers retranchements encore une fois, et espérer à chaque fois une réaction différente, plus éclatante, plus violente. Alors elle s’était levée, avait enfilé un jean et était partie chez lui. Elle avait fait faire un double des clés de son appartement un jour qu’il n’était pas là, sans lui demander son avis, parce qu’il aurait dit non, alors à quoi bon ? Et ce fut donc un peu plus de trois semaines après leur dernière rencontre qu’elle débarqua chez lui, s’attendant à le trouver vautré sur son canapé presqu’à poil, une main dans le slip et l’autre tenant la télécommande de sa télé pour zapper sur une quelconque chaîne de sport, parce que c’était comme ça que Cassie s’imaginait la façon dont il passait ses dimanches après-midi, allez savoir pourquoi. Mais personne n’était là. Et personne n’avait été là depuis longtemps. Elle n’était pas la reine du ménage, loin de là, mais la poussière qui volait dans l’air vicié était visible à l’œil nu et elle n’eut pas besoin de trop farfouiller pour en déduire qu’il n’était pas venu chez lui depuis longtemps.

Il n’en avait pas fallu plus pour exciter sa curiosité et lancer la mission Finding Shiloh. Et comme elle ne connaissait qu’un seul autre endroit où le trouver, elle s’était rendu au Sammy’s Grill. Elle s’attendait à le trouver devant ses plaques à retourner des steaks surgelés, au lieu de quoi elle s’entendit dire qu’après avoir posé quelques jours pour raisons personnelles, l’animal n’était pas revenu bosser. Et aussi, elle serait bien gentille de lui dire qu’il était viré. Même qu’un grand black à la coupe afro se tenait présentement devant les steaks, en une très bonne imitation de Shiloh, et elle avait pris quelques minutes à papoter avec lui parce qu’elle avait été fascinée par la circonférence de ses biceps. Ils s’étaient échangés leur numéro de téléphone, et après ça, elle s’était souvenue qu’elle était censée trouver Shiloh. Oui mais où ? Au diner, personne n’était foutu de lui dire où est-ce qu’il traînait pour s’éclater le soir. Elle était même revenue à son appartement pour cogner à la porte de sa fiancée, la voisine d’en face, qui n’avait pas su non plus lui dire où était Shiloh, même qu’elle lui avait dit « qui c’est ça, Shiloh ? ». Alors Cassie avait fait appel à la rue. Son royaume pour toujours, ses sujets adorés, et telle une joueuse de flûte de Hamelin, elle avait déclenché toute une réaction en chaîne, entraînant clodos, camés et petites frappes à sa suite dans les rues crades et sombres de Bernard Terrace et au-delà. D’info en info, de témoignage en témoignage, elle avait fini par remonter la piste du fauve devenu proie. On l’avait vu ici, on l’avait vu là, un des nombreux flics qu’elle avait dans la poche prétendit même qu’il était en cellule de dégrisement depuis deux semaines, ce qui sembla plausible à Cassie, mais une fois au commissariat, elle dut se rendre à l’évidence : le type était très shilohien dans sa façon de se comporter – tout en grognements et en poils sur le visage – mais ce n’était pas son Shiloh à elle.

Sans y passer ses journées, elle y avait quand même consacré une certaine énergie, et cela avait fini par payer. Plantée sur des talons aiguille de dix centimètres, habillée littéralement comme une pute simplement parce qu’elle s’adorait dans cette petite robe moulante en cuir pourpre, elle se trouvait sur un trottoir, sous un lampadaire, face à un squat aux airs d’immeuble abandonné à deux doigts de se casser la gueule. Des affiches clamaient partout sur la façade aux fenêtres aveugles que la municipalité allait démolir la chose sous peu, mais des œuvres d’art architecturales de ce genre-là, il y en avait plein les rues de ce quartier, et la marie ne faisait jamais rien. C’était le paradis des drogués, des trafiquants en tout genre, des gangs et des criminels patentés. Une énième voiture s’arrêta lentement à son niveau et la fenêtre côté passager se baissa. Cassie se pencha en avant et reconnu Bobo, un des uniformes qui faisaient le tour du quartier des fois dans une voiture de police pour faire croire que l’endroit n’avait pas été abandonné par la ville, même si Bobo et son compète ne sortaient jamais de leur voiture de police, même pour s’acheter du café. Cette fois, Bobo n’était pas en service.

— Ça y est, tu as décidé de changer de métier ?

Comme il était sérieux, elle dut lui expliquer que non, et qu’il allait devoir rouler une ou deux rues de plus pour trouver de quoi se soulager, là où les vraies prostituées faisaient le planton. Là-dessus, une silhouette rachitique noyée dans un grand imperméable sale apparut dans la lueur du lampadaire, donnant un coup de pied dans le coffre de la voiture de Bobo pour le faire démarrer plus vite. Cassie gloussa en entendant le flic jurer, et une fois qu’il fut parti, se tourna vers le squelette qui l’avait rejointe, Draco, même si ce n’était pas son vrai nom, parce que tous les gens de la rue avaient plus ou moins oublié ou rejeté qui ils étaient avant de se retrouver à la rue.

— Il est là-dedans. Mallory me l’a dit. Elle dit qu’il a pas bougé depuis des jours. Et qu’il est genre, mort.

— Pourquoi tu manges pas, Draco ? Tu fais peine à voir.

Elle récupéra un billet de dix dollars de sous la bretelle de son soutien-gorge qu’elle tendit à l’héroïnomane, lequel s’en empara en lui promettant de s’acheter un sandwich avec. Un sandwich en poudre, probablement. Il la prit dans ses bras et elle le serra contre elle, et il sentait la poubelle, mais sentit ses lèvres sèches se poser sur sa nuque et un suçon plus tard, il repartait en courant dans la nuit, tout pressé qu’il était de s’acheter un peu de came, et qui sait, peut-être une seringue neuve. Cassie traversa la rue, ses talons émettant un boucan d’enfer dans le silence de la nuit, et elle entra dans le squat par la grande porte, laissée ouverte par quelqu’un à l’intérieur à son intention. Il était là-dedans, alors. La Cour des miracles de Bâton-Rouge. L’endroit était très fréquenté, mais, plongé dans la pénombre, ne semblait peuplé que de sombres et maigres ectoplasmes gémissant et remuant à peine. Devant elle, les quelques camés qui se trouvaient sur son chemin s’écartaient, comme s’ils lui traçaient un chemin menant jusqu’à un coin encore plus sombre où gisait, en tas et en boule, une silhouette animale familière. Ça puait. Il faisait froid et humide. Elle avait posé sur le verre brisé de multiples aiguilles à l’abandon. Pas de doute, il avait fini ici, il était au bout de sa route. Elle savait très bien ce qu’il attendait. Mais il n’était pas censé pouvoir mourir, non ? D’ailleurs, il n’était même pas censé vouloir mourir.

Fronçant le nez, elle leva une jambe et posa la pointe de sa chaussure sur le tas sale et inerte, le secouant légèrement. Comme rien ne se passait, elle recula d’un pas et s’accroupit, opération rendue facile par la taille de ses talons. Encerclant ses jambes de ses bras, posant son menton sur ses genoux, elle tenta de discerner les traits humains sous toute la fourrure et le tissu sale. Anticipant une réaction qu’elle n’avait que trop vécu par le passé, elle se tenait sagement hors de portée de son allonge, qu’elle avait appris à connaître, avec l’habitude. Elle crut voir la courbe d’une pommette, un œil à moitié ouvert, mort peut-être, ou vide sûrement, mais ça, c’était normal.

— Tu as un problème, je crois.

Elle parlait d’une voix normale, pas trop fort pour ne pas déranger le reste du royaume des morts-vivants.

— Ta fiancée ne connaît même pas ton nom. Ça va compliquer les choses, au mariage. Ah, et aussi, tu es viré du Sammy’s Grill. Mais j’ai parlé avec Viktor, ton remplaçant – note qu’il dit qu’il est russe mais j’ai jamais vu un Russe avec une coupe afro – et il dit que tu peux encore sauver ton poste. Tu m’écoutes ?

Elle n’en était pas sûre. Regardant autour d’elle, elle finit par ramasser précautionneusement un bout de ferraille qui traînait et le lança sur le tas au petit bonheur la chance. S’il ne bougeait toujours pas, elle passerait à la seconde étape.

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MessageSujet: Re: Hold your breath, don't let go. [Cassie]   Lun 21 Aoû 2017 - 23:03


— Hold your breath, don't let go —

Une douleur dans le flanc, une envie de gémir quand le râle cependant ne veut pas sortir. Gorge sèche et ventre vide. Il ne parvient pas à soulever les paupières. Fauve assoupi, ou crevé sur son coin de plumard infecte. Le silence des morts en symphonie à son crâne. Il les entend, les fantômes de l'enfance. Ceux annihilés, éloignés, à l'adolescence. Cette double vue qui lui crame le cortex, qui fait monter l'acide des tripes dans le fond du gosier. Besoin de brailler pour qu'ils dégagent, n'approchent pas, jamais. Et se taisent, se taisent, par pitié. Il implore. Il supplie avec son mutisme et ses prunelles qui ne sont que deux fentes d'un bleu délavé. Le froid polaire derrière les iris et les pupilles, dilatées, si fortement, qu'elles avaleront le monde.
Et y a cette douleur, à son putain de flanc, se rappelle-t-il la seconde qui s'en suit.
Cette douleur et puis la masse, floue, devant ses deux fentes qu'il garde entrouvertes, à peine. La paranoïa, trop fébrile à présent pour réussir à le tirer hors de sa léthargie, hors de son agonie. Il attend, il observe. Et peu à peu, dans ce clair-obscur vacillant, cette pénombre réclamée, il l'aperçoit, croit-il. La fille et sa crinière-incendie. La fille qui avait abandonné sa conscience et sa poitrine, qui avait abandonné ses lambeaux d'âme, là, coincés sous les côtes. Cette fille qui n'existait plus depuis des jours, des semaines. Cette fille qu'il avait pourtant réclamé, comme un enfant terrifié réclame sa mère, réclame une main, réclame ce contact familier pour ne pas tomber. Pour ne pas se perdre, dans le noir.
Alors la mâchoire tente de s'écarter, les lèvres craquelées, incapables de se disjoindre. Il regrette, presque, Shiloh. Il regrette avoir cédé, il regrette avoir goûté, à tout ça. Son éternel recommencement. Un cercle malsain auquel il ne peut plus échapper, dans lequel son corps est écartelé. Chaque inspiration en millier d'aiguilles plantées à la viande. Chaque expiration en lames de rasoir lacérant la trachée.
— Tu as un problème, je crois.
La voix, lointaine. Incertaine.
La voix en échos à ses angoisses revenues au galop dans les veines. Le sang pulsant d'un bout à l'autre de son organisme qui crève, lentement, calmement. Tandis que tout à l'intérieur est un carnage resplendissant. Un véritable cataclysme intime.
— Ta fiancée ne connaît même pas ton nom. Ça va compliquer les choses, au mariage. Ah, et aussi, tu es viré du Sammy’s Grill. Mais j’ai parlé avec Viktor, ton remplaçant – note qu’il dit qu’il est russe mais j’ai jamais vu un Russe avec une coupe afro – et il dit que tu peux encore sauver ton poste. Tu m’écoutes ?
Des informations qu'il écoute, ouais. Sans piger. Ses paroles balancées non loin de son visage en brouillard. Son visage qu'il ne sent pas. Un visage-masque en cire ou en marbre. Lourd et froid sur ses traits, à lui, qu'il imagine disparus, gommés, à la manière dont les artistes du dimanche crayonnent quelques portraits abominables. Et les fourrent, ensuite, dans un tiroir, d'une commode placée dans un coin de salon. Les feuilles prennent la poussière durant des semaines ou des mois ou des années et il est là, Shiloh. Bouffé par la moisissure du bois de ce tiroir. Ou du sol. De cet endroit qu'il ne reconnaît même pas. Il est là et il est sûr, maintenant, qu'elle est revenue. Et il ne sait pas si cette révélation a une quelconque importance, pour lui. Pour sa survivance. Pour sa psyché perforée par la dope et la faim, par la soif et la mort – amoureuse inavouable, qui depuis deux jours le baise sauvagement.
Elle balance un truc qui lui rebondit dessus. Un bruit de ferraille contre le béton. Et il ne bat pas des cils, et il n'esquisse pas un mouvement. Tout juste des tremblements. Frissonnements batailleurs qui reviennent et secouent sa charogne, avec la souffrance – une souffrance qu'aucun être humain ne saurait endurer. Qu'il découvre et redécouvre, lui, l'erreur à la Nature. Spasmes provoquant grondements lugubres, au tréfonds du poitrail. La bête tousse, sans s’émouvoir. La bête tremble, convulsivement, les muscles atrophiés, contractés. Sans pourtant tordre un doigt, déplier une patte, lever le menton sur cette réalité introuvable, pour lui. Lui et eux. Les spectres dansant et chuchotant, se penchant et embrassant son front gelé, luisant de crasse et de sueur.
Et une bouche, grise, une bouche sans forme, une bouche sans texture, sans souffle, murmure à son tympan, tendrement. La parole, le mot, le prénom. Le prénom qu'il articule, dans un soupir. Un filet de notes éteintes.
Cassie.
La trogne enfoncée dans les frusques puantes, dans les poils, Shiloh apprend, décortique le prénom qui lui a glissé sur la langue. Cassie. Ce prénom dont il ne se souvenait plus. Ce prénom dont il se foutait, un peu. Dont il voulait se rappeler, souvent. Ce prénom qu'il n'a daigné prononcer qu'une fois. Une seule fois. La première nuit, la première fois.
Sans s'en rendre compte, les larmes lui maculent le museau. Parce que l'algie ne désenfle pas, parce que l'épuisement le terrasse. Parce qu'il n'en peut plus, malgré l'indifférence chronique, malgré les sensations tant désirées qu'il a sans cesser. Et c'est trop, à présent. C'est trop. Alors Shiloh pleure, pathétique, et paralysé. Les canaux lacrymaux dégueulant leur jus salé, ce fluide qu'il ne comprend pas.
J'veux- il s'écorche. Je-je veux plus.
Il ne veut plus, tout ça. Il ne veut plus les odeurs et il ne veut plus la tyrannie, il ne veut plus la peur et il ne veut plus le vertige. Il ne veut plus rien. Ce rien qu'il connait, qu'elle connait. Ce rien familier, rassurant, ce rien qui fait taire les voix et efface les pensées.


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MessageSujet: Re: Hold your breath, don't let go. [Cassie]   Jeu 24 Aoû 2017 - 22:42


— Hold your breath, don't let go —


Ça la ferait marrer, qu’il ne la croie pas, qu’il ne croie pas à sa présence. Qu’il la croie fantôme, vision, illusion d’avant l’agonie qui ne semblait pas si loin. Pendant un temps, ça l’amuserait. Ce serait comme un jeu à nouveau, un jeu un peu mortel, parce qu’elle le savait, il n’était pas loin de passer du monde des vivants au monde de ceux qui ne l’étaient pas, ou plus tout à fait. Elle en avait vus des dizaines comme lui dans la rue. C’était comme ça qu’eux, les petits, les transparents, les laissés pour compte, disparaissaient dans cette ville comme dans toutes les villes du monde. En crevant dans un coin. En silence. À l’écart. Hors du regard de ceux pour qui la roulette russe sociale avait été favorable, ceux qui connaissaient vaguement leur existence mais s’en foutaient, ou simplement, par le seul fait du quotidien, oubliaient. Eux, ils n’avaient pas à se soucier de chercher une raison à leur existence. Leur vie prenait du sens par la force des choses, parce qu’ils voyaient le temps passer, remplissaient leurs journées de travail, d’amis, d’histoires à raconter, d’argent, de plaisirs, d’amour, de vacances, une ligne droite qui allait toujours de l’avant. Eux, ils avaient le luxe de voir la mort comme la fin de quelque chose. Les clodos, les sales, les pauvres, les crève-la-faim, étaient là, statiques, immobile dans le temps et dans l’espace, attendant quelque chose qui ne viendrait jamais, incapable de trouver un sens à leur vie sans rien, leur vie sans personne, leurs journées sans but autre que peut-être, trouver un bout de pain à bouffer, et traîner, errer, silencieusement, invisibles. Alors oui, la mort elle-même ne suffisait pas à les effrayer. Et quand ils le décidaient, ils se laissaient crever, juste comme ça, parce que pourquoi pas, après tout ? En quoi c’était mieux de vivre que de mourir ? Pas qu’ils en avaient envie, de mourir, mais est-ce qu’ils avaient envie de vivre, aussi ? Et c’était comme ça qu’ils crevaient, comme Shiloh : tas de chiffons, d’os et de chair blême, râles à peine audibles, un bruit qui se fondaient dans la jungle urbaine comme la brise dans la nature, et la mort ne changeait rien, ne faisait pas trembler la surface de la Terre, une mort transparente pour une existence inutile.

Cassie le savait, elle l’avait vu, l’avait vécu : il y avait peu de chose qu’on pouvait faire pour ceux-là, dans ces cas-là. Mais Shiloh n’était tout de même pas tout à fait de ceux-là. Il était même très différent par certains aspects, et pour commencer, il lui avait bien dit qu’il ne pouvait pas mourir, non ? Du moins il pouvait mourir, mais c’était comme sortir d’une pièce pour y revenir, pour lui. Et puis il n’était pas un clodo. Il avait une vie, du moins un semblant de vie, et elle savait à quel point il y tenait, à ce château de cartes qu’il s’était bâti. Son identité. Son travail. Son appartement. Elle avait eu tout le loisir de s’incruster dans tous ces aspects de son existence et elle avait vu qu’il y était attaché, à sa vie en carton, peut-être parce que c’était lui, tout seul comme un grand, qui se l’était offerte. De là où elle était, elle le voyait, le gâchis. Plein jusqu’aux yeux de drogue de sale qualité, puant, sale, malade – façon Hérésie, quoi –, émettant des râles à peine audible, le tas de fringues se soulevait à peine. Quand il se prit son bout de métal, le tas fut agité d’un léger tremblotement. Cassie sentit la colère l’envahir doucement. Ce sac à puces. Cette bête immonde. Cet infâme trou du cul, qui se permettait de crever là comme une merde. Elle aurait pu y voir le résultat de sa propre existence, de sa présence toxique à ses côtés. Empoisonné, de corps et d’esprit, et en si peu de temps, voilà qu’il remuait un peu, ouvrait un œil mort, la reconnaissait, prononçait son nom, mais à ses yeux à elle, il était comme un cadavre, et pour les morts, elle n’avait que dégoût et mépris.

Il prononça son nom et elle sentit un frisson glacial remonter le long de son dos. Il aurait aussi bien pu la désigner du doigt à la Faucheuse. Pourquoi est-ce qu’elle était venue ? Pourquoi est-ce qu’elle l’avait cherché ? Pourquoi est-ce qu’elle se faisait avoir à chaque fois, pourquoi est-ce qu’elle pensait toujours que le résultat serait différent alors que tout finissait toujours pareil ? Il voulait plus. Il en voulait plus, évidemment. Comme les autres. Il en voulait plus jusqu’à ne plus en pouvoir. C’était toujours eux qui crevaient avec un air béat sur la gueule, et elle qui restait là, seule, un cadavre raidi et souriant à ses pieds. Un jour, elle crèverait devant eux, pour changer, qu’ils voient ce que ça fait, qu’ils intègrent l’idée qu’elle ne marchait plus sur cette terre, qu’elle n’était plus dans le même monde qu’eux et qu’elle ne le serait jamais plus. En guise de désintox, ça le ferait. Elle se releva, folle de rage, ne pensait plus qu’à elle, ne voyant plus une bête ni même un homme à ses pieds.

— T’en veux plus. T’en veux toujours plus. Y a que ça qui compte pour toi, pour vous.

Quelques spectres relevèrent vaguement le visage vers elle, leur regard glissant sur la scène sans la voir avant de se replonger dans leur enfer personnel. Sans autre introduction, Cassie planta son pied dans le tas informe, une fois, deux fois, trois fois. Les coups de pied, ça la défoulait.

— Je ne suis pas mieux qu’une pute, ou même une vache que tu peux traire, et si je ne veux pas, alors quoi, tu te laisses crever ? Tu sais quoi, tu peux crever. Tu seras pas le premier ni le dernier, et ça me fait plus rien.

Oui, qu’il crève, et elle le regardera faire, qui plus est. Ou pas, elle n’avait aucune patience et ça pouvait durer encore un moment. Mais d’abord, elle voulait lui faire mal, pour de vrai, physiquement, pas juste lui faire la totale Mama Coca avec la folie et l’addiction mortelle à la clé. Non, elle voulait vraiment lui péter un truc, qu’il sente la douleur, même s’il était une Hérésie et que putain, à moins de lui couper la tête, et encore, est-ce qu’elle aurait sa vengeance ? Elle se baissa, agrippa les tissus, tira dessus, dégagea quelque peu l’animal de sous sa protection durcie par la saleté, puis se redressa et lui planta son talon dans le bide, là où il y avait déjà plein de cicatrice.

—Tu survis à tout, tu reviens même d’entre les morts, mais t’es pas foutu de me survivre à moi ? Tu n’es qu’un connard, Shiloh Buchanan d’Irlande !

Dans une autre vie, ils étaient normaux, ils étaient amis, et il l’aurait emmenée en Irlande, et elle aurait trouvé ça comme à la télé dans les films romantiques, beau et excitant. Et dans cette vie-là, il n’avait même pas la décence de pas crever. Elle recula de nouveau, puis tourna les talons, s’éloigna.

— Amuse-toi bien en enfer.

Non, finalement, elle n’avait pas envie de voir ça.

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MessageSujet: Re: Hold your breath, don't let go. [Cassie]   Sam 26 Aoû 2017 - 22:15


— Hold your breath, don't let go —

— T’en veux plus. T’en veux toujours plus. Y a que ça qui compte pour toi, pour vous, enrage-t-elle.
Shiloh présuppose halluciner. De la voir devenir lui. De la sentir devenir lui. La sentir, la sentir encore, la sentir si précisément qu'il en perd sa mince notion de réalité.
La colère dont elle transpire lui grignote le derme ; le Père éveillé par sa haine, par cette fureur qui lui remonte à travers les veines, les lui vrille dans les muscles, sous la viande. Shiloh se crispe. Violemment. Nerfs tendus et membres durs. Nuque détraquée par le souffle qui manque, par cette crampe aux relents de mythe ; qu'elle inflige à son être défoncé, son être mou et presque-mort, son être décomposé. Shiloh, il voulait y échapper. Il voulait oublier. Il voulait se défaire de la furie qui lui calcine le ventre et ressentir, simplement ressentir ce que le commun désespère de trouver. Et tout dégénère, maintenant. Dagda, derrière les pupilles dilatées, irradie dans le cortex et perfore les entrailles et le cœur. Le Père exige le retour du fils prodige qui retient sa voix, son gémissement ou son cri, dans la gorge.
Le coup de pied qui s'en suit, Shiloh ne le ressent pas. Elle aurait pu lui enfoncer une lame dans le bide que la différence aurait été infime : Le chaud et visqueux du sang ajouté à ses fringues en seule altérité qui sache attiser son intérêt, récupérer son attention qui chavire.
Son horizon se fragmente. Derrière le front, c'est un déluge.
Et les coups de pied se multiplient. Les heurts gangrenant sous le derme la nature même de l'être, qui se recroqueville pour ne pas vomir son feulement – son feulement de bête qui déchire la charogne en forme d'homme afin de bondir au-dehors et bouffer tout ce qu'elle trouvera. Claquant des mâchoires et bavant sa démence, les yeux vidés de la moindre conscience.
— Je ne suis pas mieux qu’une pute, ou même une vache que tu peux traire, et si je ne veux pas, alors quoi, tu te laisses crever ? Tu sais quoi, tu peux crever. Tu seras pas le premier ni le dernier, et ça me fait plus rien.
Il n'entend pas, ce qu'elle crache. Il ne perçoit que les douleurs répandues à l'organisme. Dans chaque artère tout palpite et brûle, le cerveau prêt à exploser au-dedans du crâne. Le palpitant capricant sous les côtes tant de fois brisées. Shiloh halète, et repousse, et réclame et puis s'évade. En son sein, la guerre.
Le talon de la fille dans son abdomen en cor retentissant pour annoncer la fin, ou le commencement. Pour déclarer le carnage sous leur empyrée de béton.
— Tu survis à tout, tu reviens même d’entre les morts, mais t’es pas foutu de me survivre à moi ? Tu n’es qu’un connard, Shiloh Buchanan d’Irlande !
Shiloh Buchanan.
Shiloh Buchanan. Et l'Irlande.
Ça raisonne et résonne entre les tempes, ça hante la matière grise. La mémoire bousillée agrippe la psyché qui se perd. Le tangible revient, malgré le brasier sous la coquille de chair, malgré l'aliénation sinuant en travers lui-même. Shiloh. Shiloh Buchanan. Et sa mère qui ne l'est pas vraiment, et sa mère, sa mère, sa mère qu'il aime. De ça, il est sûr. Unique certitude dans son panorama flingué. Sa mère qu'il aime et dont pourtant il ignore tout à fait la figure. Sa mère qui ne l'est pas vraiment, sa mère dont il ne garde que les notes de musique dans la voix et la présence familière, et la présence rassurante. Quand la génitrice, qui s'y superpose par instinct primaire, par désordre élémentaire : elle, donc, n'apporte qu'une nouvelle vague de haine.
— Amuse-toi bien en enfer.
Et elle disparaît, celle qui parle, celle qui frappe, celle qui ose secouer, celle qui ose proférer l'impensable, celle qui le voit, le crame et le rejette. Celle qui allume. Celle qui anime. Elle disparaît, les talons claquant sur le ciment nu de l'immeuble désaffecté et pourtant infecté des saloperies ordinaires – des camés et des putes, des sans-domiciles, des paumés. Autour, il remarque la faune avec laquelle il habite, depuis il ne sait combien de temps. Autour, il remarque le manque et l'échec, surtout. Et sa disparition qui revient, qui le percute et qui le fait gémir. Gémir et chialer un peu plus sans qu'il ne contrôle rien. Il se redresse, Shiloh. Automate. Golem de colère. Et précipité par ses mouvances fauves, il lui attrape d'abord la jambe, pour finalement lui empoigner les hanches, lui enserrer le ventre jusqu'à trouver son équilibre, se redresser en se servant d'elle comme de béquilles et il expire :
Ferme ta gueule.
Et il braille enfin, postillonnant de haine :
Ferme ta gueule connasse.
La dextre s'éprend immédiatement de sa gorge blanche, fragile, cette gorge dont il imagine sous son poing les cervicales fracturées, démises.
Il récidive, fou.
Ferme ta gueule.
Et les regards peuvent bien lorgner la scène, les corps peuvent bien tenter et venir en aide que ça ne changerait rien. Qu'il tuerait, probablement. Pour ne pas qu'ils touchent, touchent, touchent, qu'ils touchent. Qu'ils la touchent elle.
Il l'étrangle, prunelles injectées de sang, fiévreux, la trogne sale, suintante, barbouillée des larmes qui ne finissent plus de couler sans qu'il n'en ait un brin conscience. Y a juste ce voile, désagréable, qui embue la vue et l'oblige à battre des paupières. Et c'est épuisant.
Ta-ta faute ta putain de faute, jappe-t-il contre sa bouche. Ta faute.
Les incisives claquant non loin de sa lippe. Il est comme prêt à lui arracher le minois, avec les dents. Avec les crocs. Car la bête lui a ouvert le ventre, la bête lui a tailladé la trachée. La bête menace sous la peau du visage qui se tend, qui possiblement se fendille comme une coquille d’œuf, hallucine-t-il.
Je-je voulais pas je voulais pas mais-mais t'étais pas là t'étais pas là et je-je sais pas où je sais pas où-où on doit chercher je sais pas.
Il bute sur les mots, la langue natale trucidant l'anglais.
Il gerbe ses insanités, les pensées entrechoquées, pulvérisées par l'instinct qui lui démonte l'intime. Cet intime en fosse.
Je veux plus je-je veux plus pas ça-ça et tu dis je-
Shiloh ahane, se paume en lui-même, se paume avec son rejet, avec sa faim, avec sa poussière d'âme qui virevolte à l'abysse de ses songes. Ainsi, la pression autour de son cou s'intensifie et la colère se démultiplie.
Je-je voulais juste-juste que tu sois là. Juste toi-toi là. Sans-sans rien sans rien sans rien toi-toi pour repousser ça tout ça tout-tout ça.
Dagda ravage tout sur son passage. Tsunami de fureur. Magma sensoriel vicié par la dope qui ruine le système. Il enserre pour ne pas chuter, lui. Pour ne pas lâcher prise, pour ne pas s'effondrer. Les genoux tremblant et les muscles abîmés.
C'est à ce moment précis, qu'un clodo se décide à agir. C'est à ce moment précis, cet entre-deux où l'hésitation joint les corps, qu'il frappe. D'un coup sec, et net. Dans le dos, avec une barre à mine trouvée dans les décombres. Assez fort pour que Shiloh trébuche, chavire. Les phalanges se décrispant de cette gorge lactescente, dès à présent striée de la marque de ses doigts.
Il fait un pas puis deux, de côté. Tente de garder son équilibre quand l'autre déjà se recule, lève la tige de métal au-dessus de ses épaules et menace. Il n'a toutefois pas le temps d'abattre une second fois l'arme car le poing de Shiloh lui percute le nez, le front, le lui brise ou le lui enfonce dans la cervelle. Il ne sait pas, il s'en fout. L'autre tombe comme une pierre au sol et l'attention revient à la fille et ses cheveux incendie et ses flaques de ciel à la place des yeux.
Mandibule crispée, l'allure plus animale que jamais, il observe, détaille. Et gronde, accuse, blâme :
J'suis quoi moi j'suis quoi.
Shiloh n'est plus là. Plus vraiment.
Shiloh pourrait la tuer au moindre sourire, moqueur ou tendre, méchant ou rassurant, qu'elle saurait lui offrir.

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    Il voyait le ciel nocturne se prolonger vers l’espace, et l’espace se prolonger jusqu’à l’infini, avec des myriades d’étoiles partout, disséminées dans le noir comme autant de diamants sur de la feutrine – et au sein de ce néant glacé, sans limites, il n’était qu’une mite. — Dennis Lehane
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MessageSujet: Re: Hold your breath, don't let go. [Cassie]   Jeu 31 Aoû 2017 - 23:31


— Hold your breath, don't let go —


Quelle conne elle avait été. De croire qu’en quelques semaines seulement, en quelques semaines d’absence, de leurs deux absences, il aurait changé. En bien. Pourtant c’était loin d’être la première fois, pour elle. Tous, ils sombraient, tous, ils devenaient de plus en plus assoiffés, de plus en plus possessifs, de plus en plus abjects. Pourquoi est-ce qu’elle avait cru qu’il serait différent, parce qu’il était « comme elle » ? Comme si ça avait pu le protéger de l’addiction. Comme si les Hérésies n’étaient pas les plus accros, les plus malades de tous. Elle le savait, du moins ne s’en souvenait que dans ces moments-là : elle était naïve, elle croyait toujours que les choses se passeraient différemment. Mais ça n’arrivait jamais, et son amnésie sélective finissait toujours par s’évaporer, lui rappelant pourquoi elle aurait mieux fait de cesser ses petits jeux. Sauf qu’elle ne pouvait pas. Elle pouvait laisser Shiloh crever là, l’abandonner, l’oublier, et dans quelques mois, elle recommencerait, se trouverait une autre victime, tout simplement parce qu’elle ne pouvait pas rester toute seule, et elle ne pouvait pas se passer de l’attention et de l’admiration des autres. Pour le moment, ça la mettait en rage, mais bientôt, elle retomberait dans ses bons vieux travers, cet aveuglement dans lequel elle se vautrait parce que sinon, sinon eh bien c’était trop dur, tout était trop dur, la vie, la nuit, la solitude, la réalité intangible de ce qui l’attendait au bout du chemin et qui ôtait d’avance, sans même un combat, la valeur même de son existence. Parce que, sérieusement, à quoi bon ?

Son pas était décidé, plus violent et bruyant que jamais. Ses talons n’y survivraient probablement pas. Un autre motif de colère contre le clodo agonisant sous son tas d’ordures. Pourquoi est-ce qu’elle avait perdu son temps avec lui ? Elle avait vraiment des goûts de chiotte. Et des standards au ras du cul. Elle aurait pu s’arrêter, choper le premier fantôme qui traînait dans ce trou à rats et en faire son nouveau bouffon, son nouvel ami, qu’est-ce que ça pouvait lui faire après tout ? Au final elle cherchait toujours la même chose, obtenait toujours la même chose, et n’était jamais satisfaite. Et que, dans tout ça, ses relations finissent toujours par baver, saigner et crever dans d’atroces souffrances liées au manque, elle le savait sans vraiment en mesurer la portée. Ils étaient tous damnés, de toute façon. Tous condamnés. Peut-être qu’elle ferait mieux de cesser de lutter contre sa fascination des vampires. Eux au moins la jetaient, et pas l’inverse. Eux restaient maîtres d’eux-mêmes. Eux pouvaient s’enfoncer dans les ténèbres avec elle et en remonter aussitôt. Ils étaient immortels. Elle pouvait leur faire tout le mal dont elle rêvait, ils s’en remettaient toujours. Et ils la jetaient. Voilà une dynamique qui lui manquait, finalement. Mémoire sélective, encore une fois, qui choisissait d’ignorer à quel point l’abandon la rendait folle, brisait son cœur et sa petite moitié d’âme, lui faisait presque aussi peur que la mort elle-même. Peu importait. Ils se bousculaient au portillon, non ? Elle avait ce nouveau client au club, plein aux as, le mal dans les yeux et les intentions douteuses, mais qu’est-ce que ça pouvait faire ? Il la payait bien, lui faisait croire qu’elle valait mieux que ce qu’elle était et même si c’était un mensonge, peu importait, ils faisaient tous deux semblant d’y croire. Oui, voilà, elle allait rentrer au club et espérer que Cinead s’y trouve. Il était solide, lui. Tangible. Il était…

La bête était sur elle et elle n’y avait même pas fait attention, tout à sa colère et à ses gémissements. Elle se retourna quand il lui agrippa la jambe, baissa les yeux avec l’impression d’être un personnage secondaire d’Alien, chopée dans le noir par la créature immonde, incapable de se défaire de son emprise. Elle leva le bras, sa main rebondit sur le crâne, puis le visage, mais rien n’y faisait, il ne la lâchait pas, s’attachait à sa taille, puis soudain il était là, tel qu’elle aurait voulu le trouver deux minutes plus tôt, debout sur ses deux jambes, mais c’était trop tard, et puis elle n’avait certainement pas imaginé qu’il lui enserrerait le cou de sa main épaisse. Oh, elle savait bien de quoi il était capable avec cette main, quand il la refermait, quand elle se faisait poing. Le sang coulait. La vie aussi. L’air été arraché des poumons. Tout comme maintenant. L’instinct la fit ruer dans les brancards, ses mains se plaquèrent sur le torse de l’animal, poussèrent de toutes la force de ses bras, mais il était comme un mur, il l’avait toujours été, elle le savait, elle s’était seulement amusée à ne pas le voir. Eh bien elle y était. Ses coups de griffes, ses ongles manucurés qui se cassaient sur le visage tordu et sale, ses coup microscopiques. Elle y était de nouveau. Combien de fois, combien d’hommes, combien d’enfers traversés et de promesses à elle-même de s’en foutre et de continuer ? Mais pour continuer, il fallait survivre. La tuer pour qu’elle n’appartienne à personne, oh oui, elle connaissait, elle lisait ce regard comme un vieux roman maintes fois parcouru. Elle avait de lui dire, elle n’appartenait déjà à personne, elle n’avait jamais été la fille de ses parents, jamais l’amie des uns, la petites copines des autres, encore moins la femme de qui que ce soit, elle n’appartiendrait à personne, c’était sa profession de foi, une foi en elle-même qui la portait et la maintenant debout malgré les coups, les coups bas et ceux qui avaient voulu la garder et ceux qui avaient voulu la séduire, ceux qui avaient voulu l’emprisonner, ceux qui l’avaient emprisonnée, gardée et même séduite, ceux qui l’avait attachée, à une chaise, à une table, à un lit, les seringues dans les bras, les lames dans la peau, la curiosité mortifère dans les yeux ; tout cela repassait devant ses yeux, comme à chaque fois. Comme à chaque fois. Quelle conne tu es, Cassie Clarke. Mais c’était lui le con. C’était lui le coupable. Elle espérait que ce serait gravée sur sa tombe, que personne n’irait visiter, mais quand même. « C’était Shiloh le coupable. »

Elle ne respirait plus depuis des heures déjà. Cela faisait même des siècles qu’ils étaient là, deux créatures en tout point différentes, elle aux contours nets et précis, souples et minces, et lui, amas de chairs, de sang, d’os, de fringues, de saleté et de rage aveugle. Sa faute, sa faute, encore et toujours le même refrain. Heureusement, elle ne l’entendait plus, n’entendait plus vraiment grand-chose. Cela aussi, elle connaissait. Une fois le moment de colère, de rébellion passé, ne restait que la vérité à nue, décapée par l’imminence de la mort. Elle se sentit cesser de lutter, sentit ses lèvres se retrousser. Pauvre conne, Cassie Clarke. Qui avait peur de la mort et l’appelait de ses mots. Probablement qu’en vérité, elle avait peur de mourir, pas peur de la mort. Peur de se laisser mourir. Peur de se tuer. Venait toujours un moment, un cap franchi, où soudain, elle n’en avait plus rien à foutre. Satisfaction de savoir qu’il crèverait lui aussi, après ça, il crèverait de l’avoir crevée, sauf qu’il reviendrait, peut-être, Shiloh l’Immortel, et qu’il serait condamné à vieillir en se souvenant de ce qu’il lui avait fait, ce qui était pire que la mort. Elle espéra qu’il croise un jour un vampire, et que ce vampire le transforme, pour qu’il devienne vraiment immortel, qu’il vive cent ans, mille ans avec ce poids sur sa conscience et son visage dans la tête et sa main autour de sa nuque. Elle en connaissait un qui peut-être ferait ça pour elle. Vengeance pour Cassie. Ses lèvres formèrent un nom, des mots silencieux. Venge-moi.

Les mots que Shiloh prononçaient, elle ne les entendait plus, mais si elle avait été en état d’y réfléchir plus avant, elle aurait pu les deviner. Il devait encore parler de lui, de son besoin d’elle, du fait que c’était sa faute à elle, il voulait, il désirait, il avait besoin, c’était bien compréhensible tout ça après tout, normal qu’elle crève pour tout ça. Dans sa tête, Mama Coca hurlait, elle hurlait de rage, pleurait de rage, pas pour son enfant presque-assassinée, mais pour ce que ça représentait pour elle. La défaite contre un pair, la défaite contre un homme, la répétition atavique de l’histoire entière de l’humanité et consorts, un homme tuait une femme, un dieu tuait une déesse, et ainsi rien ne changeait. Un outil, Cassie. Pour tout le monde.

Puis, l’air passa à nouveau. Et avec lui, la douleur. Chaque inspiration était une aspiration de souffrance, mais peu importait. Elle se laissa tomber là, à genoux, comme une poupée dont on aurait coupé les fils, à se dire, maintenant qu’elle n’allait apparemment pas mourir tout de suite, que finalement, non, merde, elle ne voulait pas mourir du tout. Sous le voire de ses cheveux, elle distingua une brève empoignade, crut reconnaître les traits du visage qui heurta le béton et ne bougea plus. Un de ses pairs de la rue, probablement. Qui l’avait toujours regardée de loin sans jamais osée l’approcher. Gentil, un peu malade, mais gentil, et pas envahissant, lui. Même si désormais, son corps – son cadavre ? – envahissait tout l’espace. Elle leva doucement les yeux sur la bête, qui la toisait comme s’il avait raison. Raison sur quoi, elle ne savait pas, lui non plus sûrement. Puis, encore, toujours, les mêmes mots.

— Toi…

Sa voix était rêche, encore outrée du traitement que sa gorge avait subi. Cassie porta la main à son coup, l’autre plaquée sur le sol devant elle, lui servant à se maintenir à genoux.

— Tu sais ce que t’es. T’as pas besoin de moi pour te le dire.

Un connard. Une raclure, un animal, une grosse merde. D’un point de vue personnel. Et plus généralement, une erreur de la nature, comme elle, une abomination, comme elle. Mais pour une fois, elle était d’accord avec l’opinion publique. Elle voulait se lever et partir. Ne plus le voir, pendant au moins un million d’années. Ce n’était pas non plus l’éternité. Elle fourra la main dans les entrailles de ses vêtements, referma les doigts sur son talisman fétiche.

— T’auras plus rien du tout. Je t’avais prévenu, dès le début. Barre-toi.

Ou bien c’était elle qui se barrerait. Elle amorça un mouvement, se releva, sans lâcher sa gorge et sans sortir la main de ses habits. C’était comme ça qu’elle crèverait, si elle crevait. Mais lui d’abord, de toute façon.

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MessageSujet: Re: Hold your breath, don't let go. [Cassie]   Jeu 7 Sep 2017 - 19:57


— Hold your breath, don't let go —

Petit corps de poupée affalé à ses pieds ; sac de fringues et de chair pâle qu'il observe sans plus voir, qu'il détaille sans plus comprendre. La psyché calcinée, ne reste que les instincts – cette glorieuse, cette anarchique, cette terrible bestialité.
L'enfant devenu homme devenu bête, disparaît. Et ne reste de Shiloh Buchanan, que les miettes d'un passé, que la violence d'un présent que ses mains ne retiennent pas, que ses grandes mains contusionnées et crasseuses vont réduire en miettes. Sa langue tentant de former une esquisse de fantasme, afin de rattacher les lambeaux de l'être quelque part au tangible qui se délite à ses prunelles – un échec.
Car il y a sa voix. La fille, la sirène à l'âme-ruine. Cette voix qui rallume l'incendie au poitrail.
La voix délicate, la voix brisée par la poigne d'un dément.
— Toi…
Et peut-être entend-il, là, perdu dans son cauchemar éveillé, dans l'abandon de son organisme pourri de haine et de furie. Oui, peut-être entend-il ce « toi » qui n'est que lui. Ce « toi » qui lui échappe, dans sa construction, dans son invention, ce « toi » qui n'a plus aucune espèce de sens ou d'importance pour lui. Malgré la question, malgré la supplique – la supplique gerbée par un agonisant qui à cette minute coule et coule et coule dans les abîmes de son absurde et terrifiante aliénation.
Menotte au cou, doigts entourant cette gorge qu'il aurait pu fracturer à force de serrer, la fille reprend :
— Tu sais ce que t’es. T’as pas besoin de moi pour te le dire.
Parole balancée sans que la réponse ne se forme sous le front ravagé. Non, il ne sait plus tellement, Shiloh. Il ne sait plus bien ce qu'il est – il ne sait plus, en vérité, qui il est. Shiloh s'est évadé hors de lui-même. Il a fui le Père et il a fui l'horreur. Il a fui car la douleur était partout, car la douleur et la colère l'ont terrorisé. Et sans doute, n'a-t-il jamais été certain d'avoir existé. Enveloppe décharnée, de trop nombreuses identités et l'héroïne ou le jus de vampire pour tout effacer, recouvrir, et recommencer dans l'infini des villes qui se croisent, se superposent à sa mémoire ordinairement trouée.
— T’auras plus rien du tout. Je t’avais prévenu, dès le début. Barre-toi.
L’injonction proférée et la bête qui ne cille pas. La bête qui lorgne le faon qu'il lui faut bouffer. Pas par méchanceté, pas par envie, ni par besoin. C'est ici l'ordre des choses. La nature qui reprend ses droits. Les faibles se font toujours bouffer par les plus forts – qui n'ont, eux, pas besoin d'intelligence, de pragmatisme, de gentillesse, de quoi que ce soit à la vérité, pour accomplir leur sombre dessein. Il ne suffit que d'avoir des poings assez gros et assez grands, des phalanges que l'entité n'a plus peur d'exploser, il suffit d'avoir assez de hargne dans les veines et la soif de sang dans le cortex.
Alors, sans plus de cérémonie, sans plus de son ne s'extirpant de son gosier, la bête revient. Elle revient vers la fille – elle elle elle et seulement elle. L'obsession que le Père a regardé grandir, dont il s'est amusé, puis s'est gavé jusqu'à tout reprendre ; afin de détenir les commandes de ce corps gigantesque et dur, de ce corps chancelant et pourtant, maintenant, d'une sûreté et d'une agilité défiant la gravité.

Melody, qui ne s'appelle pas Melody ; Melody qui rêvait de devenir chanteuse, qui n'est finalement qu'une prostituée, dérivant sur le trottoir quand tombe le soir, mini-jupe en simili-cuir, jambières bas prix, résille et débardeur, a regardé la scène. Elle a tout estimé, du début jusqu'à sa fin. Cette fin à laquelle, elle décide de mettre un terme.
Ainsi, Melody qui ne s'appelle pas vraiment Melody, un Glock entre les mains, vise ce camé qui gueule depuis des minutes, qui a assommé et pété le nez de Tricky, Tricky qui commence à grogner et se redresser avec une lenteur de zombie. Autour d'eux, ça s'agite. Les junkies fuient comme des rats, les mendiants s'approchent ou se planquent dans les ombres et le silence sur le tableau tombe. Kenni lui s'amène à côté d'elle et souffle : fais pas ça.
Mais c'est déjà trop tard, le doigt appuyé sur la détente, Melody, dans la frayeur, dans l'empressement, dans ce fourbi qu'est devenu le squatte, vient de tirer. Elle a tiré sur ce camé qui dans la seconde trébuche. Melody n'a pas bien visé – en toute honnêteté, Melody n'a jamais eu à se servir de son arme, et elle n'a jamais appris à tirer avec non plus. Au mieux, elle a appris à enlever et mettre le cran de sureté. Elle ne sait même pas combien il y a de balles exactement dans le chargeur. Toujours est-il que le camé est tombé, à genoux, arrêté net dans son mouvement. Et il se met à vomir un flot de haine contenu dans un hurlement de bête sauvage. Pas de phrases cohérentes, pas même un mot. Juste un feulement de fauve prêt à déchiqueter tout ce qui lui passerait sous les naseaux. À deux pas de la rouquine, encore accroupie, il s'agite. Essaye de se mettre debout mais la balle logée à son flanc l'en empêche. Ce camé, il a manqué tuer cette fille qu'elle ne connaît pas. Oui, il a manqué la tuer déjà une fois. Cette fille, qui, puisqu'elle a regardé la scène avec attention, ne venait pas ici avec de très mauvaises intentions, présume-t-elle pour se défendre. Pour se prouver que son acte est légitime. Car en définitive : Les hommes sont tous de gros cons.
Et la bête se redresse contre toute attente, et Kenni lui retire le flingue des mains et se précipite. Kenni qui croit jouer au saveur, Kenni qui suppose pouvoir devenir un homme, un vrai, en faisant la pire des conneries possibles.
Le camé se relève et par derrière, Kenni lui agrippe la nuque avec le bras. Un crochet qui le maintient en équilibre précaire, ce foutu camé qui gigote et gémit. Et ça se débat et ça râle. La capuche vissée au crâne du camé tombe et son visage mangé par les poils et son crin blondin enfin découverts, Kenni lui appuie le canon sur la tempe et dit, d'un ton solennel, d'un ton qu'il veut autoritaire et surtout très impressionnant :
— Arrête de faire le con.
Mais le camé n'arrête pas. Et tandis que Melody débarque en quelques pas précipités de moineau affolé, décidant de récupérer son arme, ça criaille entre elle et Kenni qui ne veut pas lâcher. Il hausse le ton, explique qu'il maîtrise la situation. Et soudain le coup part. Une déflagration qui bousille la quiétude une fraction de seconde revenue ; puisque le camé fermait sa gueule, le camé ne bougeait plus, ayant eu, possiblement, un éclat de lucidité, et ayant accroché le bout de l'arme avec ses doigts. Pour la repousser, pour dévier la trajectoire loin de son crâne que Kenni menaçait de  percer. Alors, à défaut du crâne, ce sont les phalanges du camé, qui explosent. Le majeur et l'annulaire et l'extrémité de l'auriculaire de sa main droite, ne volent pas, ne s'abîment pas – non, le majeur et l'annulaire et l'extrémité de l'auriculaire de sa main droite explosent purement et simplement tel un feu d'artifices rouge et blanc : sang et os et cartilage pulvérisés.
À présent, Melody s'époumone quand Kenni ne sait plus quoi faire et regarde Cassie et regarde Melody et regarde Tricky et regarde tout autre errant resté sur les lieux, trop amorphe ou trop terrifié pour bouger. Pour sortir. Et le camé ne bouge plus, regarde sa main déchiquetée d'un air hébété, d'un air qui ne saisit pas ce qu'il fout là, ce qui lui arrive, ce qui se passe ; c'est ainsi que Tricky prend l'arme et tire, par vengeance, par colère – colère colère colère, Dagda partout, Dagda émergeant à travers l'atmosphère, crachant poudre, sang et peur. Souverain des carnages.

Dagda enjoignant Shiloh à se redresser et mimer la révolte, Dagda enjoignant Tricky à s'avancer et mimer la justice. Dagda enjoignant Kenni à riposter, tirer sur le bras de Tricky quand Melody beugle ça suffit ça suffit par pitié ça suffit, ne se souvenant plus du début, ne sachant plus les comment, horrifiée par cette conclusion qui brutalement surgit : Kenni et Tricky se chamaillant et le troisième coup de feu, le dernier, le dernier dernier dernier tandis que la tête de Shiloh reçoit la prune. Trou au-dessus de l'oreille droite. Balle ressortant au-dessous de la mandibule, à gauche. Shiloh qui avait tourné la figure, pour regarder quelque chose. Pour regarder quelqu'un. Shiloh qui regardait Cassie en battant des paupières, la bouche close et ses iris-océans écarquillés comme ceux d'un enfant paniqué au réveil, encore hanté par un mauvais rêve.
Son regard à présent vidé de tout. De mauvais rêve et de colère, de Dagda et de lui-même. Le rien déployé dans le noir des pupilles-gouffres. Sa tempe heurte violemment le béton, son buste chavirant sous l'impact et la mort.
Son corps tout entier s'étale sur le froid du sol. Ce sol où, lentement, s'étend en flaque, en esquisse de rose fleurissant, le sang, le sang, énormément de sang dans lequel, inerte, repose Shiloh. Shiloh et son visage sans plus d'expression, Shiloh et son teint blafard et ses cernes grises et démesurées sous ses cils clairs, sous ses orbes éteints.

— Il est mort oh mon Dieu il est mort, braille et chiale Melody qui ne s'appelle pas vraiment Melody.
Ses petites pattes plaquées devant sa bouche.
Et Tricky et Kenni qui ne finissent pas de s'engueuler, le flingue dangereusement pendu entre leurs mains entremêlées.
— Qu'est-ce qu'on doit faire, qu'est-ce que... qu'est-ce que.
Et Melody sort son vieux portable d'entre ses seins, et s'empresse d'appeler le 911, quand derrière, Kenni, qui a foutu son poing dans le nez sanglant de Tricky, pointe du doigt Cassie et aboie :
— C'est rien qu'sa faute à elle ! Qu'est-ce qu'elle foutait là d'abord c'est rien qu'sa faute et-
— T'as tiré sur lui ! Crie Melody.
— Toi la première sale pute, rétorque Kenni qui n'est plus si bienveillant, ni plus si sûr de vouloir endosser le rôle tant déclamé durant ces dernières minutes, du défenseur de la veuve et de l'orphelin.
— Le flingue, y'est pas à moi, baragouine Tricky en décharge ; sa morve et son hémoglobine alcoolisée lui noyant la langue et lui barbouillant sa barbe grise.

_________________

    Il voyait le ciel nocturne se prolonger vers l’espace, et l’espace se prolonger jusqu’à l’infini, avec des myriades d’étoiles partout, disséminées dans le noir comme autant de diamants sur de la feutrine – et au sein de ce néant glacé, sans limites, il n’était qu’une mite. — Dennis Lehane
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MessageSujet: Re: Hold your breath, don't let go. [Cassie]   Mar 12 Sep 2017 - 21:06


— Hold your breath, don't let go —


Elle n'avait plus rien à dire. Il n'y avait plus rien à faire. Durant ce blanc de quelques secondes, vide physique de la distance qui naissait entre eux alors qu'il reculait, vide métaphorique qui annonçait sans tambours ni trompettes des adieux bien mérités, Cassie ne songea à rien et ce fut son corps qui réagit pour elle, qui éveilla en elle des instincts acquis dans la rue. Elle vit sans les voir les silhouettes fantômes qui se regroupaient dans les ombres, à l'affût d'un gain éventuel à tirer de la situation. La nuit était toujours témoin des atrocités qui s'y jouaient, par les yeux des centaines de laissés pour compte qui se taisaient toujours. Son corps se crispa instinctivement, anticipant, une fraction de seconde plus tard, le coup de tonnerre qui retentit dans l'air. Elle battit des paupières, vit le choc, le sang, la gueule ahurie de Shiloh. Puis le son explosa, reconnaissable entre tous, un son qui n'avait pas son pareil pour attirer les ennuis - et en premier lieu, les flics. Fin du film muet, le temps reprit son cours et Cassie décolla son regard de la bête blessée pour le tourner vers les deux nouveaux joueurs qui entraient dans la partie.

Cette fille, cette mioche famélique qui courrait les remparts tous les soirs dans ses habits moches, cette gamine aux yeux trop grands qui avaient déjà assisté à trop d'horreurs, Cassie l'avait déjà vue. Elle la connaissait, savait exactement ce qu'elle avait pensé en voyant la scène, ce qu'elle pensait en ce moment même. Cette fille, c'était elle quinze ans auparavant. C'était elle, enfant, adolescente, témoin tous les jours d'agressions ordinaires, banalité de la violence qui l'avait outrée plus jeune mais qui petit à petit avait eu raison du peu d'empathie que Mama Coca lui avait octroyée, bonne fée démoniaque, à la naissance. Cette gamine en avait encore sous le capot, de l'innocence. Du genre à intervenir au lieu de se percher sur une branche comme les autres vautours qui observaient la scène. Le môme à ses côtés ? Trop grand pour son âge, l'air agressif sur son visage imberbe comme une farce qui ferait rire plutôt que peur. Mais c'était lui désormais qui tenait le flingue. Lui qui tenait Shiloh. Situation incontrôlée, potentiel de destruction élevé si la bête se réveillait. Heureusement, Shiloh n'était plus rien, même plus l'ombre de lui-même, même plus un souffle dans l'air.

Cassie posa les yeux sur le troisième larron, le pauvre clodo auquel l'animal s'en était pris. Si elle peinait à compatir au mal de Shiloh, il en allait autrement pour celui-là, victime aléatoire, dommage collatéral d'une confrontation qu'il aurait dû fuir. Il remua. Leva les yeux sur elle, la regarda alors qu'elle le regardait. Elle vit la lueur dans son regard jusque-là mort, et ce depuis des années. Elle la connaissait, cette adoration instantanée, surréaliste, anormale, cette soif soudaine et déjà, après une seconde, inextinguible, ce désir de posséder et surtout, d'exclusivité. Le deuxième coup de feu ne le fit même pas sursauter, même pas détourner le regard. Cassie, elle, regarda Shiloh. Il était un tout petit moins Shiloh, maintenant, sans ses doigts. Elle eut presque pitié de lui en voyant sa gueule, comme s'il n'y croyait pas lui-même. Pour elle, tout semblait se dérouler loin, comme dans un film auquel elle assisterait. Et ce n'était pas fini, elle le savait. Mama Coca et l'engeance maléfique qui avait eu la bonne idée d'enfanter Shiloh s'en donnait à cœur joie.

Le temps qu'elle se lève, le temps qu'elle ouvre la bouche, on y était, la situation dérapait. Elle ne tenta pas de prévenir Shiloh, encore moins de séparer les deux ahuris. Elle tendit la main vers la gamine, voulut l'étreindre, comme pour s'étreindre elle-même à son âge, comme pour la protéger comme personne ne l'avait protégée à l'époque. Elle eut juste le temps de s'interposer entre la mioche et le reste du monde. Troisième coup de feu. La tête de la bête qui partit en arrière - pas d'explosion, pas de gerbe de sang. Ah, oui, la mort. Fascination morbide et vieille compagne. Le pire était la surprise, tout comme elle vit la surprise dans le regard que Shiloh lui lança, à elle, comme si elle pouvait empêcher ce qui allait arriver, rembobiner le fil du temps et changer les choses. La surprise, c'était l'impuissance. Incrédulité qui durait trop longtemps pour que Cassie la support. Meurs, qu'on en finisse. Le clodo avait bien fait les choses. La bête mourait, assurément. Puis mourut. Cassie fit deux pas en avant comme pour s'en assurer. Derrière elle, le tableau vivant de la misère humaine continuait de s'agiter, et elle en faisait partie - contrairement à Shiloh, désormais nature morte.

— Vos gueules…

Elle leur tournait le dos, ses épaules tremblaient. De rire. La situation était trop absurde pour ne pas en rire. Elle pivota sur ses talons, vit la gamine, le portable à la main, vit les deux autres, le flingue à la main - tous les deux. Nom de dieu ils étaient tellement jeunes et paumés. Sainte mère des petits clodos, Cassie se calma, le peu de tendresse qu'elle stockait quelque part sous la glace tout entière dédiée à ces trois avortons. Rien pour l'autre, là. De toute façon, il allait revenir d'entre les morts, non ? Elle avait bien envie de voir ça. Mais ça allait poser problème, dans l'immédiat. Elle rejoignit le clodo, s'accroupit à ses côté, sortit un autre billet de dix dollars de son soutif, comme une magicienne, comme Jésus multipliant les pains. Aussitôt, le clodo lâcha l'arme, cessa de bégayer, le pouvoir du fric dans l’œil de ceux qui crevait, au sens littéral du terme, de ne pas en avoir. Elle posa une main sur sa nuque, le laissa s'emparer du billet ; il était déjà de bout, déjà prêt à courir, il savait que les autres, les siens, guettaient, jaloux.

— Va t'en.

Avait-elle seulement besoin de le dire ? Pour lui, ce qui venait d'arriver ne comptait plus, remplacé par la perspective de tout cet argent. Il était déjà parti, avait déjà disparu. Mama Coca, défaite par le dieu Dollar.

— Tu as appelé les flics, hein ?

Elle parlait à la gamine, qui hocha la tête, sans un mot. De nouveau, Cassie eut envie de la serrer contre elle.

— C'est ta faute, putain !

Cassie tourna brièvement son regard vers le gosse. Trop jeune pour tuer quelqu'un, pour accepter d'avoir tué quelqu'un. Cassie pourrait le rassurer, lui dire que ce jour n'était pas encore venu, même s'il viendrait forcément s'il continuait à vivre dans la rue, mais à quoi bon tenter de leur expliquer, à tous les deux ?

— Jette ton portable, ma chérie. Quelque part ou aucun de ces charognards qui nous regardent ne pourra le récupérer et parler de ce qu'il a vu ici ce soir quand les flics le retrouveront.

— Fais pas ça Melody !

— Melody... Merci, Melody. Un portable, tu t'en paieras un autre un jour. Tu n'as pas envie que les flics te posent des questions sur ça.

Elle désigna le "ça" en question, tas puant et sanglant, pas vraiment différent d'avant, en somme, sauf qu'il ne bougeait plus et qu'il la fermait, enfin. De nouveau, elle eut envie de rire, comme une hystérique. Bon, la mort de cette enflure ne la laissait pas complètement indifférente, d'une façon ou d'une autre. Elle inspira doucement, se dirigea vers lui. Il allait être lourd, mais elle n'avait pas vraiment à faire attention à sa carcasse, alors elle pouvait bien le traîner par les pieds sur le béton jusqu'au coin abandonné le plus proche. Il serait à l'abri, au milieu des ordures. Sans plus accorder d'intérêt aux deux mômes, elle se mit en mouvement, marcha vers Shiloh, s'attendant à moitié à ce qu'il se redresse et se remette à éructer, exiger, crachouiller, tout ce qui faisait son charme.

Mais non. Il était là, déjà froid, déjà raide, déjà pourrissant et puant. Ou pas, peut-être que ça c'était de son vivant et qu'il allait s'arranger en se décomposant. Cassie le saisit par les poignets et le tira. Pas très loin. Un immeuble désaffecté pas loin. Elle vit que les autres la regardaient. Qu'ils la suivent ou pas, elle s'en fichait. Elle finit par fourrer Shiloh sous un vieil escalier, au milieu de cartons. S'accroupit pour le regarder encore. Le prince des poubelles endormi pour l'éternité, avec sa gueule ravagée, ses croûtes, ses bosses, ses cernes, son masque de mort et de camé. Juste au cas où, elle tenta le coup, comme dans les livres, se pencha, posa ses lèvres sur les siennes. C'était froid, dur et puant. C'était comme embrasser une bouche d’égout. Sans le dégout, parce que Cassie, elle ne connaissait pas. Mais rien à faire. Il était mort, vraiment mort. Au moins pour quelque temps, quoi. Elle haussa les épaules, se releva et partit.

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Hold your breath, don't let go. [Cassie]

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