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 Deep end [Cassie]

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Can you save, can you save my,
can you save my heavydirtysoul.

→ NUISANCE DEPUIS : 37 années.
→ SOUS L'EMPRISE DE : Dagda.
→ ERRANCE : à travers Bernard Terrace, la plupart du temps.
→ TROMPE L'ENNUI : Larbin au Cocodrie's Whisky.
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Une espèce de gros con.

→ AVATAR : Travis Fimmel
→ MENSONGES : 2132

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MessageSujet: Deep end [Cassie]   Sam 30 Sep 2017 - 20:22




∞ I'm lost in the deep end ∞

La carcasse depuis des heures en possibles éons prend la poussière, suspendue au-dessus de l'abîme. Un pied au-dehors, un pied au-dedans. Shiloh, il n'est qu'un enfant de Dame la Mort. Il n'est qu'un mioche qu'elle prend et recrache, capricieuse, envieuse, furieuse. Shiloh, il n'est qu'un homme sans humanité ; un trou noir, la galaxie en intime et le vide autour.
Shiloh, cette fois, ne s'en sortira pas.
Shiloh ouais Shiloh, Shiloh le prénom qui ne veut rien dire.
Le don de rien du tout. Shiloh abandonné de Dieu.

L'échec de trop, l'organisme lutte et trébuche. La viande ne se reforme ni ne se referme. Éclat d'os à travers la cervelle éclatée et la chair, trouée, d'où le sang pourtant ne s'écoule plus. Épiderme grisâtre et néantisation de l'être.
Depuis des aurores et des crépuscules, cette pute de Mort le baise. Dagda endormi au profond de cette béance humanoïde. Shiloh qui n'est plus vraiment Shiloh. Shiloh qui n'a jamais su qui était Shiloh. Étranger à lui-même. L'inconnu dort et dort, l'inconnu se perd, l'inconnu bercé dans son chaos existentiel. L'inconnu qui après six jours et sept nuits d'inertie et de silence, soudain, s'éveille.

Shiloh qui n'est plus vraiment Shiloh, qui n'a jamais su qui était Shiloh, ouvre d'abord une paupière quand l'autre collée par le sang l'empêche de voir clair. Shiloh qui n'est plus vraiment Shiloh écarte davantage les mâchoires et la douleur lui irradie dans tout le corps. Les veines en feu et ce froid, ce froid impossible, ce froid immense qui le dévore d'un bout à l'autre de ses membres le laisse suffoqué, et précipitamment tremblant.
Il n'y a plus de manque, il n'y a plus d'hallucination, il n'y a plus que ce Rien en grand Tout, qui trop violemment le percute. Nouvelle naissance dans l'obscurité qui néanmoins lui apparaît avec une atroce clarté. La nuit ou le jour, il ne saurait discerner la différence. Ne demeure que la vie, qui revient, purulente et affreuse, le griffer de l'intérieur et de l'extérieur. L'air qu'il avale, le sol qui le supporte, les fringues et le parfum du trépas, de l'hémoglobine, de la pourriture, de la pisse et de la merde, de la sueur ; un vortex indescriptible qui l'absorbe et l'assomme.
Alors, trois secondes suffisent. Première inspiration et l'évanouissement qui soulage, qui apaise. Le presque coma tandis que la migraine perce les tempes plus que la balle qui y a fait son tunnel, une semaine auparavant. Un tunnel rebouché par la grâce d'une entité macabre et démente. Une bouche rosâtre au-dessus de l'oreille, une autre au flanc droit et des lambeaux en souvenances de doigts. Shiloh qui n'est plus vraiment Shiloh, sans doute possible, n'ambitionne que disparaître quand le Destin, lui, s'acharne à l'attirer entre ses bras afin de le dégueuler au lointain de ce taudis qu'il ne reconnaît pas.
La paupière rouverte et le battoir intact s'écrasant sur la face. Il se frotte les yeux, la bouille tordue par l'algie qui le tenaille et se confronte à ce vacuum étrange qui immanquablement le calme. Pas de cri, pas de pleurs ; désert émotionnel pendant que les sensations, elles, en lui, se font la guerre. Les os en souffrance, les artères en souffrance, la matière grise en souffrance et la mémoire qui n'aide pas. Mémoire évidée par le métal. Il bat des cils, inapte à la parole. Et après trois heures à redécouvrir l'univers dans lequel ses muscles frémissent, son buste penche, et contre le mur derrière, le dos se cale et il y a l'attente. L'attente de quoi ou l'attente de qui, Shiloh ne sait pas. Shiloh n'y pense pas. Il n'y a que l'attente d'une vague idée, d'une vague impression qui ne vient pas.

L'attente dure une mâtiné entière et une moitié d'après-midi.
L'attente dure jusqu'à ce que les jambes soient aptes à supporter son poids. Et il n'y a que sa mutité en écho à l'horreur. Le mort dorénavant vivant. Le vivant tout à fait mort. Shiloh qui ne sait plus qui est Shiloh, s'appuie aux parois, et après une labyrinthique errance, trouve la sortie de ce purgatoire sans flammes et sans diables ; il n'y avait là que des résidus de démons, et des ombres en infortunée compagnie.
Le cadavre débouche sur une artère fantômatique, des cartons sur les trottoirs, des débris, des ruines de civilisation. Quartier désaffecté, abandonné. Abandonné. Et c'est l'abandon qui brutalement le cogne. L'abandon qui le piétine et le fait chavirer, sans qu'il ne s'en explique la provenance, ni le malaise. Et l'attente recommence. Sur un coin de carton, sous un ciel bistre, Shiloh qui ignore l'existence même de Shiloh, respire l'oxygène vicié, les effluves de vieilles urines et de déchets en décomposition dans les bennes à sa droite. Et sans plus s'agiter, les prunelles-océan mirent le bitume, les taches, les herbes sauvages poussées entre les immeubles, sous les roues des bagnoles rouillées, démantibulées, cramées. Des brins d'herbes agités par le vent qui souffle d'un côté et ramène quelques papiers et feuilles de journaux de l'autre.
La masse se soulève une énième fois, et le vertige ralentit inexorablement le pas. Démarche branlante, la main atrophiée fouille dans la poche avant puis arrière, de ce jean-loque. Un geste mécanique, qui lui fait sortir un porte-feuille quasiment vide. Une carte d'identité, des pièces de monnaie, des cartes diverses et variées, de bons d'achats, de fidélité. Il s'arrête, Shiloh. Et s'observe à travers ce visage imprimé sur la carte, sans reconnaître les traits, en se supposant reflet sans pouvoir le vérifier. Battements de paupières convulsifs. La capuche de son sweat miasmatique, Shiloh pense à la foutre sur son crâne à la tignasse hirsute et dégueulasse de sang coagulé et de crasse immémoriale. Un réflexe, encore. Un conditionnement porté par l'habitude de ses dépérissements.

Sans lâcher cette carte qui devient son unique lien avec la réalité, le fauve amputé de ses réminiscences, de sa propre existence, lit et relit, les lettres qui lentement forment des mots, puis des noms. Les chiffres s'ajoutent à la compréhension. Et l'adresse – son logement – il s'y rend en marchant pendant quatre heures. Les rues et les erreurs, les fausses directions. Bâton Rouge en énigme, l'instinct de survie poussant de trop nombreuses fois à la fuite, vers le Sud, vers l'Ouest. Vers les voies sans issues et les avenues bondées. La frayeur des auras qu'il perçoit, par-delà son brouillard aux discernements éclatés. Vampires et lycans, sorciers ou nécromants ; croisés et sitôt esquivés, avec la peur agrippée à la ventraille.

- - - - - - - -

Les clefs au fond de la poche arrière de son futal, il les essaye une à une, en les entrant dans la serrure de cette porte qui ne lui est plus d'aucune façon familière. Une voix derrière le tire hors de sa léthargie, contracte ses épaules. Mandibule avancée sous la barbe sale et folle ; et figure vissée au sol, Shiloh ne se retourne pas, quand la vieille dit :
— De retour hein ? J'veux le loyer, vous avez une semaine.
Un grondement en réponse.
— J'aurai dû louer à un étudiant, j'le savais, que j'aurai dû louer à un étudiant. Vous apportez les ennuis, toujours les ennuis ! Plus d'un mois, qu'c'est vide. Plus d'un mois, et vous n'pouvez pas vous retourner quand j'vous parle ?!
Nouveau grondement.
— Allez au Diable !
Et la porte qui claque lorsque, enfin, la bonne clef entre et tourne et ouvre l'appartement. Légère odeur de renfermé, luminosité absente et le sentiment d'être au bon endroit, d'être en sécurité, l’emmitoufle immédiatement.
Il s'avance, ferme la lourde qu'il verrouille. Les clefs carillonnent un moment. Il écoute les notes, émerveillé. Figé sur les scintillements du fer dans la pénombre. Puis il les retire, les emporte. Shiloh disparaît en direction de la cuisine où il dépose sur le plan de travail le trousseau. Il explore le salon et s'enferme finalement dans la salle de bains. Il s'y déshabille, entasse ses frusques dans un coin, par une gestuelle préprogrammée. Rituels et automatismes. Pantin sans âme.
Sous la douche, Shiloh qui réapprend à être Shiloh s'assoit et laisse le jet d'eau lui décrasser et roussir la peau.


_________________

    Il voyait le ciel nocturne se prolonger vers l’espace, et l’espace se prolonger jusqu’à l’infini, avec des myriades d’étoiles partout, disséminées dans le noir comme autant de diamants sur de la feutrine – et au sein de ce néant glacé, sans limites, il n’était qu’une mite. — Dennis Lehane


Dernière édition par Shiloh Buchanan le Ven 13 Oct 2017 - 20:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Deep end [Cassie]   Mar 3 Oct 2017 - 22:59


 
— Deep End —


 
Elle dormait bien. Elle dormait toujours bien, quand elle était ici. Plus vivante endormie qu’éveillée, Cassie rêvait de millions de façons différentes, toutes en même temps. C’était l’effet que ça lui faisait. Quand elle s’arrachait au sommeil, elle ne se souvenait que vaguement de ses rêves, de l’impression que ça faisait, d’être en vie, comme une simple humaine à l’esprit étriqué. Et à l’âme en entier. Dans ses rêves, il y avait des couleurs, de la chaleur, de la musique, des odeurs, un goût de fleur sur sa langue et du sable brillants sur les paumes de ses mains. Et il faisait chaud ! Elle n’avait jamais chaud. Techniquement, elle n’avait jamais froid non plus, mais elle était sûre de savoir ce que ça faisait, d’avoir froid. Le jour, elle était frigorifiée, et tout était en tons de gris, et puis ça sentait la pisse et la bière, partout où elle allait, et le parfum des hommes qui la voulaient. Et puis dans ses rêves, aussi, elle dansait sans jamais s’arrêter, inlassablement et rien que pour elle. Elle aurait pu rêver pour l’éternité. Même s’il y avait les cauchemars, aussi. Mais ça, elle ne voulait pas y penser. Tout à ses songes, elle ne pensait pas au reste de sa vie, tout simplement.

Les Vampires qui lui tournaient autour, lui offraient argent et bijoux – oh, quel malheur que sa vie !

Les Sorciers qui tentaient de la convaincre du bienfondé de leur intérêt pour elle, et elle qui se laissait convaincre par le plus pervers de tous. Mais il était tellement choupinet…

Les banques braquées, les objets magiques surpuissants volés et perdus, les disputes à arbitrer, tout ce qu’elle détestait.

Les amies qui se prenaient des grosses baffes de la vie et qui ne savaient pas comment lui demander de l’aide, et elle qui ne savait pas comment proposer la sienne.

Les Shiloh morts mais pas enterrés, parce qu’elle avait eu la flemme. Et d’abord, enterrer un corps quand on vit en ville, c’est pas si facile ! Et puis, il lui avait dit qu’il reviendrait. Peut-être bien qu’il ne lui avait pas promis, genre, rien qu’à elle, mais peu importait. Elle était retournée le voir plus d’une fois, juste pour vérifier qu’aucun clodo ne lui avait baissé son froc pour se taper un petit sandwich irlandais – mort ou pas mort, ça changeait pas grand-chose pour certains –, que les chiens sauvages ne l’avaient pas bouffé, ni les rats, ni les enfants des rues affamés, que les éboueurs ne l’avaient pas trouvé et jeté à la benne. Elle ne pouvait pas le ramener chez elle et le laisser pourrir sur son balcon, après tout ! Elle était même venue l’asperger de déodorant régulièrement à partir sur troisième jour, parce qu’il puait grave et qu’elle avait peur qu’il attire du monde. Elle l’avait aussi aspergé d’antimite – elle voulait surtout faire fuir les rongeurs mais elle n’avait que de l’antimite dans son placard à produits ménagers.

Mais tout ça, elle n’y pensait pas. C’était à peine si inconsciemment elle se disait que ça faisait quand même plusieurs jours qu’elle n’était pas allée voir où le cadavre en était. Il faut dire que c’était plutôt ennuyeux, comme visite. Il ne bougeait pas, ne parlait pas, puait un peu plus chaque jours et pourrissait un peu, aussi, elle n’avait pas trop osé investiguer sur ce sujet précis parce qu’elle avait peur de lui vomir dessus. Non pas que ça aurait ajouté à sa peine, au point où il en était… Elle avait trouvé un bâton pour l’enfoncer doucement dans sa joue et son bras et il lui avait semblé que la chair n’avait pas la même consistance que d’habitude. Puis elle avait trépigné, tapé du pied, hurlé, mais non, il ne revenait pas, et c’était chiant, à force ! Pas du tout aussi passionnant que ce qu’elle aurait cru. La mort, définitivement, c’était pourri, comme une bamba triste.

Arrête putain arrête de vouloir crever parc'que ça, ouais ça, tu vas l'regretter parc'que y'a rien, t'entends, y'a rien après et tu veux pas savoir non tu veux pas savoir c'que ça fait.

Elle n’avait pas vraiment arrêté. Mais elle avait l’impression depuis qu’elle l’avait rencontré qu’elle n’avait le droit de penser à la mort qu’en sa présence, comme ça, il pouvait lui dire d’arrêter. Dans son rêve de danse, soudain, la musique qui venait directement de l’air qui l’entourait fut hachée par un bruit métallique incongru. Elle fronça les sourcils, grogna doucement. Des coups, des pas, une présence. Il ne lui en fallait pas plus, à Cassie, pour se réveiller doucement. Le monde perdit ses couleurs et fut recouvert d’un voile cotonneux et sans saveur. Elle ouvrit les yeux, inspira doucement, le temps de reprendre ses esprits. Ah, oui. Elle s’était endormie à son endroit préféré de tout l’appartement de Shiloh : sous la table de sa cuisine, couchée sur un tas de ses vêtements, enroulée dans la couette de son lit, qu’elle avait préalablement lavé à haute température évidemment. Parce que oui, puisqu’il était mort, elle avait plus ou moins emménagé chez lui, du moins était-elle revenue régulièrement se nourrir de ses céréales – il n’en avait plus, d’ailleurs – et piquer un somme quand elle n’avait pas envie de rentrer dormir chez elle. Elle passait aisément pour un tas de linge fourré sous la table. Sans un bruit, elle écouta la présence se déplacer, aller jusqu’à la cuisine, et sut que c’était Shiloh. À l’odeur.

Il avait ressuscité ! Comme promis, quoi. Encore mieux que le petit Jésus !

Elle attendit qu’il aille dans la salle de bain pour sortir de sous la table. Elle n’avait pas pris la peine de se changer avant de venir, trop fatiguée, mauvaise soirée. Elle avait enfilé, comme à son habitude, le gros sweat à capuche de Shiloh, butin du premier jour, qui tombait sur ses jarretelles accrochées à ses bas résilles déchirés. Elle avait juste fait voltiger ses talons dans la pièce. D’un pas totalement silencieux, elle alla pousser la porte de la salle de bains envahie de vapeur. C’était lui ! Forcément… Il sentait pareil et avait les clés de l’appartement, c’était trop pour une coïncidence, mais n’empêche, il fallait qu’elle le voit de ses yeux. Le miracle. Le rêve inaccessible, qu’elle avait cru inaccessible du moins, et qui s’avérait en fait possible, simplement pas pour elle. Mais c’était quelque chose. Elle vit sa silhouette sous la douche. Il avait toujours l’air d’une bête. Et ça n’avait aucune importance, depuis le temps.

Tu dois pas disparaître avant moi.
Disparais pas avant moi.


Ben oui mais bon. Promesse tenue. Pour lui comme pour elle. La vie et le vivant. Voilà ce qu’il représentait.

— SHILOH !

Elle se planta devant l’entrée de la douche pour mieux le voir, sans aucune manière ni sens de la pudeur – autant dire que ça lui passait loin au-dessus.

— T’aurais pu me dire que ça prenait autant de temps, c’était tellement CHIANT de te regarder pourrir !

L’humidité imprégnait le sweat et mouillait ses cheveux qui se collaient à son visage et faisait baver son maquillage outrancier de la veille.

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MessageSujet: Re: Deep end [Cassie]   Sam 7 Oct 2017 - 16:32




∞ I'm lost in the deep end ∞

La flotte lui martèle la carne et son immobilité pousse à l'imagination – cette imagination insane qui sitôt exprimée le désincarne. Il se prédestine à devenir pierre, à devenir gargouille dérobée à une église en décombres. Et le temps défile sans qu'il ne sache en compter les minutes ou les heures ou les simples et tristes secondes.
Sous ses cuisses, la crasse tourbillonne jusqu'au siphon et Shiloh se fascine. Flaque maronnasse et rubis. Cyclone sans forme. Les couleurs et les odeurs, désespéramment, s'accrochent à sa viande rosie, à peine sortie de son gris sale et laid des semaines écoulées au tréfonds de la maudite cité.
Il était mort.
C'est ce qui résonne, clapote, craque dans sa boîte crânienne. Une pensée qui vient et revient et revient encore à le rendre fou.
J'étais mort.
Mort comment et mort pour quoi, il n'en est pas encore là. Il n'y a que la constatation en terrifique horizon et lui, seul sous son jet ardent. Sa peau, fumante et irritée – cette peau insensible sur laquelle ses battoirs s'attardent, explorent quand son visage demeure inerte. Son regard comme aveuglé, vitreux. Le trépas en virus. Ce trépas d'il ne sait quand et d'il ne sait où.
Respiration sifflante, il réapprend à composer. Avec le calme et la sérénité qu'il reconquiert par l'implacabilité des choses. Par le glaive au-dessus de son front qu'on a abattu des nuits plus tôt. Inspiration. Expiration. Inspiration et expiration. La vapeur emmitoufle dorénavant toute la salle de bains et dégage, graduellement, les naseaux, les bronches, la gorge enrouée, déchirée par la balle foreuse ayant préalablement charcuté sa cervelle. Réminiscences estompées dans leur horreur, il ne reste que la froidure enroulée à son intérieur désertique.
Sans bruit, sans mot, il y a d'abord la senestre qui se plaque au ventre, la pulpe des doigts tâtonnant avec hésitation. Shiloh s'attarde sur les bouffissures ordinaires lui barrant le torse. Lacis cicatriciels, sinuosités lénifiantes. Gestes d'enfant redécouvrant son corps. Et puis il y a la dextre, qui elle, s'élève, enfin, jusqu'à frôler son nase. Mouvance saccadée. Le problème, quelque part. Un problème pressenti, un problème qui lui fait claquer les mâchoires, qui va au-delà de l'encéphale évidé dont il se fout. Qui va au-delà de cette extinction qui l'écrase dans sa cabine de douche. Et le problème, il n'en capte pas les contours, le résultat. Absorbé par ses perceptions déglinguées de nouveau-né silencieux.
Séquelles et pertes. Shiloh n'a pas l'occasion d'en savoir davantage qu'un vacarme éclate dans la petite pièce emplie de brouillard. La pénombre percée par une luminosité fadasse. Les tympans brusqués et le cœur aux bords des lèvres. Le fauve se recroqueville sur lui-même, poings serrés, dans l'angle le plus proche. Et menton baissé vers les clavicules, paupières plissées et vision rivée à son intime, il entend, le prénom que l'énergumène débarquée miaule à lui broyer la conscience.
Shiloh.
Ce Shiloh perdu au néant des existences qui s'entrecroisent et se fracassent sous l'os de sa caboche.
Sur la carte d'identité qu'il avait – cette carte égarée sous le tas de fringues immondes –   il n'était pas question d'un Shiloh mais d'un Samuel. Samuel White et ses trente-cinq ans. Originaire de Virginie. Sur les papiers qui traînaient dans le portefeuille, il était annoté une adresse – celle-ci. Et qui de Shiloh ou de Samuel y vit. L'interrogation voltige et la chose en forme de maigre fille s'approche tandis qu'il tente d'en apercevoir les vagues du visage.
Mais le mirage se désagrège et Shiloh déjà s'agite, tressaille. Il ne déniche nul moyen de s'évader loin du tourment qu'elle représente. L'instinct en feu, et la carcasse atrocement lourde. Shiloh ou Samuel, il demeure là, statique, sous cette flotte, enrobé de vapeur et de peur. Cette peur qui mange les tripes, mord sous les côtes. La fille en reflet de lui-même ajoutant au maelström cauchemardesque sa touche macabre, elle dit :
— T’aurais pu me dire que ça prenait autant de temps, c’était tellement CHIANT de te regarder pourrir !
Elle lâche cette vérité et parole avec un naturel qui le stupéfie. Elle le connaît. Elle le connait quand lui ignore tout d'elle. Fille ou sœur ou femme ou mère ou amie ou ennemie ou génie sorti d'une ampoule à défaut d'une lampe, hantant son existence à la façon d'un cancer. Il ne sait pas il ne sait plus et il n'a ni assez de courage ni assez de hargne, pour que la question soit posée. L'ignorance lovée entre les tempes. Le museau redressé et la bouche s'entrouvrant ; rien n'en sort. Rien qu'un grondement, sourd. Un grommellement guttural. Les mots corrompus par les lésions du fer à sa chair.
Bras tendu, c'est sans réfléchir, se désentravant du réel, que Shiloh ou Samuel happe un bidon de gel douche resté sur le côté et appuie et se badigeonne les paumes et frotte scrupuleusement ses membres. Annihilant la présence de la fille devant lui, annihilant cette salle de bains, annihilant sa propre frayeur. Tant que la femelle à sa race ne dépasse pas la limite, cette limite invisible qu'il a édictée la seconde achevée, rien ne sera jamais grave. Rien ne pourra jamais plus le blesser. Le rebord de céramique du receveur en frontière à son royaume.
Déglutition pénible et mains allant et venant sur les tatouages et les cicatrices et les chairs encore à vif, le mâle est concentré. Il est guidé par les rituels incrustés à son subconscient. Et ses orbes, parfois, vagabondent irraisonnablement jusqu'à redécouvre et arpenter les pourtours de son génie de l'ampoule qui ne bouge pas et qui le fixe. Qui le juge ou l'épie ou le surveille, il ne parvient pas à solidifier ses ressentis qui valdinguent en tous sens. La colère qui d'ordinaire le rassure et le pilote, absente, liquéfiée et disparue dans le siphon – comme tout le reste. Résidus de pourriture, de terre, de merde, de sang et de pisse. D'antimites, aussi. De déodorant, évidemment. D'alcool et de poudre.
Dans l'habitacle de verre puis rapidement dans toute la petite pièce, il y a le parfum d'agrumes qui s'installe et ne décolle plus. Qui enveloppe les fantômes de ses délires et l'enveloppe surtout lui. Lui qui continue, frénétique, à frotter sa viande sans plus pouvoir arrêter. Le crin blondin, la face, les muscles. Jusqu'à rouvrir la plaie par balle au torse tout juste refermée, puis celle au crâne, juste au-dessus de l'oreille. Puis celle à la trachée. Il ré-ouvre tout. Il blesse sans même s'en rendre compte. Car Shiloh ne frotte plus mais gratte. Il gratte et fait suinter et saigner les blessures, autant que les moignons autrefois doigts. Il gratte pour enlever la maladie qu'il croit porter, qu'il croit le nécroser. Cette maladie sinuant dans les veines ou à l'âme – cette âme partie en cendre. Cette maladie immémoriale, qui se prénomme Dagda.

Il se redresse enfin, pissant négligemment de son rouge par ses multiples trous et déchirures. Il passe devant l'intruse et la dépasse ; sans lui parler, sans l'effleurer, sans que rien ne prouve à l'un que l'autre est réel. Sans que rien ne prouve à quiconque la corporalité de chacun. S'abaissant, l'automate aux câbles ébréchés happe une serviette et s'essuie, avec soin. La trogne et la tignasse en épis comme si un chien lui avait mâchouillé la tête. Le torse, la nuque, les hanches et les jambes s'en suivent. Les pieds et les orteils.
Et là, debout devant le miroir au-dessus du lavabo – ce miroir flouté par la buée qu'il enlève, de sa paluche aux phalanges amputées, Shiloh se suppose spectre. Et Shiloh la suppose spectre. Et Shiloh ne sait plus exactement à quelle paroi s'écorcher pour retrouver le chemin du tangible. Il se mire ainsi, dans le miroir, longuement. Approche le museau au plus près, sans que tout ne redevienne imprécis, sans que sa gueule ne soit vaporeuse. Et tirant sur le tiroir devant son sexe, d'où il extrait une paire de ciseaux et, immuablement porté par ses rituels, il tente de glisser les ronds d'acier à ses doigts et rien ne va, non rien ne va. Parce qu'il manque des bouts, parce que tout glisse, tout fout le camp et tout fait mal. Alors, sans que la panique ne le dévore, avant que la rage ne remonte, la main gauche prend le relais. Et la bête entame ainsi le rite : feindre devenir un homme.
La barbe est taillée, méticuleusement. Les poils tombant dans le lavabo, allégeant la gorge et la tronche, sans en dévoiler tout à fait – jamais – les commissures. Parce qu'il ne peut pas, parce qu'il ne veut pas, parce que son masque, Shiloh ne parvient à s'en défaire. Inapte à laisser remonter le môme à moitié mort, ce môme qui ne pourrait affronter le regard des autres, qui ne pourrait plus rien affronter du tout, en réalité. Le rasoir sur le rebord de l'évier, ensuite, dans la patte. Il s'attarde sur les joues, le cou, il observe, analyse, et puis avant qu'une espèce de satisfaction n'éclabousse brutalement le bleu polaire de ses iris, avant que les automatismes ne laissent place à la démence et aux pulsions animales, qu'elles ne le poussent à saccager son crâne, à râper plus que raser son cuir chevelu, à virer le trou noir et le poison sous l'ovale ; Shiloh balance le rasoir jetable changé en arme blanche dans le fond du lavabo et s'éloigne.
Nu et suppurant toujours de son vermeil, il évite de justesse un choc frontal avec celle qu'il avait oubliée, celle qui continuait, tout ce temps, à juger ou épier ou surveiller. Une contorsion et la caresse est évitée ; ce frôlement qui aurait brisé les doutes, qui aurait rendu tout trop dur et violent et réel.
Shiloh se dirige, amorphe, jusqu'à sa chambre. Ouvre la penderie. Et ne cherche pas les fringues nécessaires à l'achèvement de son mensonge. Shiloh, il n'est pas encore prêt, à mimer l'humanité et s'y couler. Il n'est plus tout à fait sûr, d'en avoir la force ; l'envie en chimère.
De fait, Shiloh abandonne l'étalage de tissus et de teintes. Il se penche, s'accroupit, et finalement se glisse en-dessous de son lit. Il s'y allonge, s'y cache. Le regard porté sur la porte de la chambre, béante, et sur le reste de l'appartement par-delà.
Tel un mioche au réveil d'un cauchemar, il attend, sans un mot et sans un bruit, que les hantises s'en aillent ou que Morphée le reprenne. Comptant de sa voix en souffle éraillé, pognes devant les pupilles. Shiloh décrypte les désordres qui font monter la nausée, qui font revenir les malaises. De dix, il n'y a plus que sept. Et des miettes. Et c'est impossible. Alors il recommence, s'aliène. De un à sept, toujours, et les miettes de phalanges qu'il ne parvient à considérer pleinement comme siennes. La main d'un autre attachée à son bras à lui. La voix-soupir se densifie et il réclame son génie de l'ampoule, par un gémissement. Un gémissement qui demande un vœu – son premier ou son dernier, qu'importe. Shiloh adjure qu'on lui rende sa main, rien que sa main, et tant pis ou tant mieux pour la mémoire défunte.


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Dernière édition par Shiloh Buchanan le Ven 13 Oct 2017 - 20:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Deep end [Cassie]   Jeu 12 Oct 2017 - 22:20


 
— Deep End —


 
La scène était drôle, non ? Pour Cassie, Shiloh n’avait jamais été plus bête qu’en cette seconde. Bête, animal. Plus que d’habitude, il grognait. Son regard était fuyant. En fait, mis à part un premier lancer d’yeux écarquillés, il ne lui accordait pas son attention. Elle esquissa une moue déçue. Puis elle s’appuya contre le mur humide de la petite salle de bain pour l’observer comme un chat observe un oiseau. C’était la mort, dont elle témoignait aujourd’hui, cette chose laide et brutale et annihilante, qui lui faisait si peur. C’était la mort déçue, la mort déjouée, la mort avec un gros fuck sur le front. Et l’animal avait bien le droit d’être secoué. Elle ne saurait jamais, elle. Du moins jusqu’au jour de sa mort, mais en attendant, elle ne saurait pas ce que ça faisait. Et tout ce qu’elle imaginait était de l’ordre du cauchemar. L’animal revenait d’un cauchemar et ne pensait qu’à se doucher. Se doucher jusqu’à se faire saigner. Elle fronça le nez, mais resta immobile. Il réglait ses comptes, encore. Pas avec elle. Avec l’autre, son Autre femme, la Mort elle-même. Cassie en aurait presque été jalouse. Jalouse de sa non-mort, évidemment, jalouse de son manque d’attention, jalouse de ce qu’il voyait, entendait et ressentait en cette seconde, même si lui semblait sur le point d’imploser. C’était si sale que ça, la mort, pour qu’il semble vouloir se l’arracher du corps avec sa peau, ses muscles et peut-être même ses os ? Elle qui était restée de ce côté du miroir, elle aurait pu le lui dire, à quel point il était bien plus beau maintenant que quelques jours auparavant. À quel point la vie changeait tout, un visage, un corps, un teint, une allure, une lumière, une aura. Il était vivant. Plus du tout poupée de cire dure et froide et puante et atrocement immobile, une immobilité surréaliste, impossible à appréhender pour son esprit à elle, à tel point qu’elle avait fini par renoncer à aller le regarder, sur la fin. Parce qu’elle n’en pouvait plus, de son immobilité. Et à présent, elle ne pouvait plus détourner les yeux de toute cette vie qui le faisait s’agiter, trembler, sursauter. Comme si ça le grattait, comme si ça le remplissait trop, mais pour elle, pour ses yeux à elle, c’était l’eldorado.

Quand il sortit de la douche, toujours sans plus lui accorder un regard et encore moins une parole, elle fit quelques pas elle aussi, comme pour le suivre, s’appuya de nouveau contre son mur et l’observa encore. Il se dépouillait de sa fourrure et elle faillit hurler. Mais ce droit, il l’avait gagné, en crevant dans une allée une nuit froide. Elle avait déjà oublié pourquoi il était mort et ce qu’il lui avait fait. Du moins y pensait-elle encore, mais cela avait perdu tout importance pour elle, c’était une scène en noir et blanc, en 2D, sans saveur ni musique. Elle le regarda lutta et lutta pour ne pas intervenir, lui arracher la paire de ciseau des mains, l’écarter du miroir, piétiner son rasoir. Quand il se retourna, enfin, il y eut une seconde où ils furent tous les deux dans la même pièce. Mais il ne la regarda pas, l’évita soigneusement, disparut dans sa chambre. Pas un mot, pas une supplique. Aucun besoin d’elle. Rien. Elle serra les poings, les ongles enfoncés dans la paume de ses mains. Pas par colère, mais par la peur familière. Elle avait raison, peut-être. Depuis le début. La mort, ce n’était pas la perte d’un corps auquel elle-même n’avait jamais attaché d’importance, au point de pas s’en préoccuper, au point de ne pas le protéger, au point de laisser n’importe qui faire n’importe quoi avec, au point souvent de ne même pas le ressentir, se ressentir. Non, la mort, c’était encore pire, bien plus dégoûtant, bien plus infâme. C’était la perte de l’esprit, la perte de ce qu’on était, pour soi et dans l’œil des autres. Dans ses yeux, soudain, elle ne reconnaissait plus Shiloh, ce n’était plus Shiloh mais une goule, une tabula rasa à visage de bête, un esprit blanc, vierge, vide de tout. Voilà ce que c’était, la mort : le néant. La mort prenait les gens, et ensuite, elle prenait les gens qui existaient dans la vie des gens, elle effaçait sa victime, mais aussi tous ceux qui avaient connu la victime et que la victime avait connus.

Elle sortit de sa la salle de bains en titubant, terrifiée, déçue, dégoûtée, la nausée plein le ventre et l’envie quasi irrépressible de s’en aller en courant. Ou de le tuer encore, pour qu’il revienne comme avant. Peut-être que ça marcherait. Mais dans la chambre, plus de Shiloh. Elle resta un moment à tituber, puis porta les mains à sa bouche pour étouffer un hurlement dans les manches du sweat de Celui-qui-fut-Shiloh. Si elle avait eu la Mort personnifiée devant elle en cette seconde, elle lui aurait enfoncé ses ongles dans les yeux. Puis la crise de panique passa aussi rapidement qu’elle était venue et Cassie ferma les yeux, se balançant doucement sur la pointe des pieds au son d’une musique qu’elle seule entendait, rythmait, en sourdine, par un bruit de métronome qui se mêlait à sa symphonie – un… deux… trois… quatre… cinq… six… sept… Elle rouvrit les yeux, tomba à genoux à côté du lit et posa la joue sur la moquette. La bête était là-dessous, évidemment. Elle le regarda un moment, tapotant du doigt au même rythme que lui comptait, se souvenant, enfin, qu’il avait perdu des bouts, et que les bouts n’avaient pas repoussé, il y avait des limites, tout de même. Lui, ça semblait l’hypnotiser. Il semblait anéanti, même. Cassie ne pouvait pas comprendre. Ils vivaient avec une moitié d’âme manquante. Le vide, ils avaient l’habitude, un vide dont la nature n’avait pas tant horreur, puisqu’elle avait oublié de les doter d’autre chose à la place. Mais la Chose-qui-était-Shiloh semblait toute retournée. Et soudain, Cassie eut pitié de lui. Chose-Shiloh était misérable. Même pas une ombre de lui-même. S’il avait été là, il aurait détesté voir ça. Il se serait baffé, même. Une image amusante, pour Cassie. Pauvre petite Chose-Shiloh. Pauvre petite chose qui avait traversé la porte dans les deux sens, tout ça pour arriver là, roulé en boule sous un lit à compter son absence de doigts, encore et encore.

Elle se glissa sous le lit à son tour, ce tour qu’elle connaissait bien, et lui saisit la main pour arrêter le cycle infini du recommencement, pas besoin de recommencer encore et encore, il était là, il n’était plus mort, on verrait pour sa prochaine mort et sa prochaine résurrection, là oui, il y aurait un nouveau recommencement. Elle emmêla ses doigts aux siens – ouais, il n’en avait plus assez pour que l’œuvre d’art soit symétrique, et alors ? Au toucher, ça ne changeait rien. À la vue non plus, pas pour elle. Elle n’avait jamais compté le nombre de doigts, d’yeux ou même de moitié d’âme sous un crâne. Elle lâcha sa main, passa ses bras autour de ses épaules, comme pour l’empêcher de compter à nouveau, pour empêcher ses bras et ses mains de se rejoindre, et ses yeux de regarder ses mains ou quel que soit le cauchemar qu’ils se passaient et se repassaient comme deux projecteurs abyssaux et terrifiés. Inhabités, surtout. C’était ça le pire. Du moins habité par quelqu’un qui n’était pas Shiloh. Elle enserra sa tête hirsute contre sa poitrine, lui bouchant la vue et les oreilles. Dans ses rêves d’enfant, c’était comme ça que sa mère l’aurait bercée les nuits où il faisait trop froid, où il faisait trop faim, s’il y avait eu une mère. Sa voix se fit murmure, à peine un souffle.

— Ce n’est pas grave si tu n’es plus toi-même. Ça arrive, ces choses-là.

Il fallait bien qu’elle mente. Pour elle, c’était grave, c’était même la fin du monde. Mais elle pouvait faire semblant que ça ne l’était pas, là, sous ce lit, dans le noir et la poussière et le silence, pendant quelques secondes. Ensuite, elle sortirait de la pièce, et de l’appartement, et elle rentrerait chez elle, et elle casserait les deux assiettes qui lui restaient, et pousserait des hurlements de bête, et détesterait sa vie pour lui avoir encore fait croire qu’elle pouvait avoir quelque chose avant de se le voir arracher des mains, et elle pleurerait comme une gamine, et une fois ce trop-plein d’émotions enfin déversé, elle irait travailler. Ou elle disparaîtrait. Tu dois pas disparaître avant moi. Eh bien voilà, promesse tenue. Et pour que dalle. Et si elle mourait, il ne viendrait pas la rejoindre, et il ne viendrait pas la chercher. Ce gros menteur. Elle resserra sa prise sur lui. Menteur. Menteur.

— Tu n’as qu’à dormir. C’est génial, le sommeil, c’est comme la mort, mais en mieux. Tu peux dormir sans crainte. Tu n’es plus mort du tout.

Elle relâcha l’animal, roula de sous le lit, se releva dans un même mouvement. Chose-Shiloh avait droit à un nouveau départ. La chance. S’il en avait seulement conscience. S’oublier, ne plus se constater tous les matins, ne plus affronter l’échec. Bien pour lui. Pour elle, c’était maintenant, tout de suite, aujourd’hui, qu’il était mort. Il venait de mourir sous ses yeux, pas comme la dernière fois, mais comme une vraie mort, un vrai néant, une vraie disparition. Elle pouvait commencer à faire son deuil, à présent qu’il était revenu.

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MessageSujet: Re: Deep end [Cassie]   Mar 17 Oct 2017 - 11:57




∞ I'm lost in the deep end ∞

Les chiffres récités sans que plus rien ne puisse compter. Le regard accroché à la chair encore rouge et laide, où l'os, discrètement, se fraye un passage vers la lumière. Schéma formé et transformé dans le moelleux de la cervelle ; Shiloh se perd. Car de plus atroce, suppute-t-il, il ne peut y avoir dans tout l'univers. Les manques trop nombreux en son sein, dorénavant visibles au dehors. Sur la surface plus ou moins lisse – absolument hideuse, à la vérité – de son corps en lambeaux, la révélation est faite au monde de l'anormalité qu'il est. Alors, les chiffres. Les chiffres et encore les chiffres récités, soufflés par ses lèvres à peine entrouvertes ; et l'attente que le nombre finisse par tomber juste en misérable chimère.  
Jusqu'à ce que le génie de l'ampoule ne s'amène, comme répondant à l'imploration faite des secondes ou des heures plus tôt. Ce génie de l'ampoule dont il évite soigneusement de croiser les prunelles. Il y a plus important. Il y a plus terrible. Et plonger dans la lagune de ses iris, c'est risquer de s'y perdre ; après l'abîme et le vide, la noyade. Cette noyade à laquelle il se refuse corps à défaut d'âme.

De petits doigts lactescents emmêlés subitement à la vision de catastrophe, superposés à sa peau ; des phalanges couvrant l'absence de phalanges, couvrant cette main qui n'est pas sienne et déréglant la vision. Les neurones crépitent sous le front et le bégaiement revient ; il ne sait plus compter, Shiloh. Il ne sait plus voir ce qui lui appartient, ce qui ne l'est pas, ce qui devrait l'être et ce qui n'est plus. La respiration dégringolant, se bloquant et repartant ; il se pourrait qu'il chiale. Qu'il morve sa frayeur comme un môme qu'on secoue et qu'on balance dans un placard rempli de balais et de seaux ; que le noir métamorphose en monstres de toutes formes, serpents et cafards grimpant sur les petons, enroulant les bras, serrant la gorge.
Elle l'enlace, la fille. Elle l'enlace, empêche les mouvements, empêche les pupilles dilatées de s'amouracher des creux et des croûtes et des lacérations. Le museau fiché contre son buste, les oreilles obstruées et les paupières baissées ; Shiloh perçoit le tambourinement du cœur contraire sous la peau tendue au-dessus de la cage thoracique, sous la poitrine. Des pulsations régulières sur lesquelles sa calquent instinctivement les siennes.

Sa voix, assourdie par ce cocon qu'elle forme, soudain parvient à sa conscience éclatée. La fille dit :
— Ce n’est pas grave si tu n’es plus toi-même. Ça arrive, ces choses-là.
Ça arrive ces choses-là.
Il ignore si la parole est donnée pour le rassurer ou pour l'épouvanter par un jeu malsain. La perte et la perte et toujours la perte de soi dans l'abyssal d'un quelque-chose qu'il ne comprend pas ou plus. Souvenances éparpillées dans l’inatteignable des songes disparus. Le silence en remède et l'absence de tout en baume appliqué à l'esprit. Shiloh qui n'est plus vraiment Shiloh et qui ne sait plus qui était Shiloh ferme sa gueule et patiente. Sans savoir quoi répliquer, sans savoir s'il le doit, sans savoir si le moindre choix aurait une quelconque importance. Pour elle. Ou pour lui. Ou pour n'importe quel connard d'esprit virevoltant dans l'inconsistance du moment.
L'étreinte raffermie par les bras ridiculement fins, le fauve se laisse aller. Ou faire. Le fauve ne quitte ni le giron de la fille ne quitte ni le rassurant de sa planque et de son obscurité dénichée sous le lit. La réalité trop immense et la réalité trop intense submergeant ses perceptions défoncées par le néant enduré durant il ne sait combien de temps.
— Tu n’as qu’à dormir. C’est génial, le sommeil, c’est comme la mort, mais en mieux. Tu peux dormir sans crainte. Tu n’es plus mort du tout.
La parole éteinte dans ce présent disloqué et la fille disparue de son horizon dans un mouvement à l'agilité et la rapidité qui l'a absurdement fasciné.
Il médite, décortique, les mots.
Dormir. Génial. Sommeil et mort. Le mieux de l'un, le pire de l'autre ; il ne se rappelle plus ce qu'elle a proféré. Ses affirmations comme autant de vérités qu'il incruste à sa matière grise, qu'il érige en lois, en préceptes, en grands dictons de l'existence qu'il doit reconstruire.
Et la panique, l'immémoriale panique en reflet de paranoïa l'engloutit. L'oubli. L'oubli du mieux et du pire. Le sommeil et la mort emmêlés, les synapses grillées et la trachée explosée, enrouée, tentant de vomir le trouble avant que les jambes ne disparaissent de son horizon.
… quoi.
Et il glisse, malhabile, sous le lit. Jusqu'à en effleurer la lisière. Ose un œil au-dehors de sa niche. La moitié du visage débordant de sous le matelas qu'il ne quitte pas.
Le-le sommeil et la mort t'as dit t'as-t'as le sommeil et la mort et quoi.
Battant des paupières, ses cils blonds trop blonds, affadis par dame Faucheuse pompant la vie, cette vie revenant par poussées désastreuses à travers la masse du presque-homme.
Shiloh renifle, fronce les sourcils et recommence, acharné, insupportable et bouffi de considérations puériles. Des considérations qui pourtant l'obsèdent.
J'ai oublié j'ai-j'ai mélangé je sais... t'as dit quoi t'as-t'as dit quoi et pourquoi tu t'en vas.
Le myocarde ébranlé sous les côtes, cognant le torse nu à l'en déchirer d'une saccade trop abrupte, d'un couteau planté pour ouvrir et découvrir ce qui s'y cache et pourquoi et comment quand tout ne lui paraît qu'insignifiance et gravité entrecroisées, si étroitement que le timbre de voix augmente, que le ton monte sans qu'il ne s'en rende compte. Il l'engueule, quasiment, là, de sous son plumard, à poil, parce qu'elle a parlé et qu'il a oublié et que la faute lui incombe à elle avant qu'elle ne lui incombe à lui ; car ce sont ses mots ses putain de mots qui désorganisent davantage son intime chaos.
T'as dit quoi putain t'as dit quoi et pourquoi tu t'en vas. Et comment j'fais comment... si j'dois savoir et si j'me souviens plus.
Irrépressible et viscérale colère sinuant et gonflant les veines. Elle l'étouffe. Parce qu'elle va et vient. Parce qu'elle n'est que violence quand lui n'est qu'épuisement. Parce qu'elle fait partie de lui et lui ne se sent faire plus partie de rien.
T'as dit-t'as dit Shiloh. Shiloh. Avant, avant là avant.
Il répète, s'aliène. Shiloh. Shiloh le prénom qui bouleverse et qui suppure sur la langue. Shiloh, plein de venin dans sa mélodie qu'il feule à s'en rendre sourd et insensible quand Shiloh ne provoque que la migraine et le vertige. Quand Shiloh n'est qu'une douleur indéfinie heurtant les parois du crâne.
T'as dit Shiloh mais-mais-
Et il crapahute hors de sa cachette. Les gestes saccadés, il se redresse, trébuche et dépasse la fille. Retourne dans la salle de bains, s'accroupit devant le tas de fringues immondes et puantes et fouille, battoirs enfoncés dans les tissus – mélanges de couleurs et de textures.
La carte d'identité retrouvée, il la coince contre sa paume et retrouve son génie de l'ampoule sitôt redressé. La bousculant et la rattrapant par le poignet. Ce poignet qu'il comprime, le regard précipitamment évidé. L'oubli de ce qu'il foutait ici laissant l'être déconcerté. Pantin de bois mort. Pantin de bois l'expiration suivante de nouveau agité de ses tremblements et tressaillements trop plein de nervosité. Deux doigts fourrés dans la tignasse hirsute qu'il gratte et gratte tel une bête furieuse et enfin la carte qu'il lui largue, en agrippant derechef le poignet qu'il retourne. La menotte recevant son trésor. Et sa voix grinçante, grondante, sa voix bousillée tournoyant dans leur silence :
C'est moi sur l'image c'est-c'est moi alors c'est qui et t'es quoi putain t'es quoi. Moi j'crois que t'es un génie un putain de génie mais les génies-les les génies ça existe pas et puis ça-ça sort pas des ampoules.


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MessageSujet: Re: Deep end [Cassie]   Ven 20 Oct 2017 - 20:01


 
— Deep End —


 
Il aurait fallu un manuel. « La mort pour les Nuls. » Ou même « La mort de Shiloh pour les Nuls », vu qu’a priori, tout ça était très spécifique. Ah, mais c’était sa faute, aussi, à lui, là. Cassie avait bien essayé de lui poser des questions sur le sujet. Dès qu’il lui avait laissé entendre que la mort, il avait déjà connu ça, elle l’avait enseveli d’interrogations, comment, pourquoi, à quel prix, dans quelles circonstances, et ça faisait quoi de mourir, et ça faisait quoi de vivre, et ça faisait quoi d’aller de l’un à l’autre, de l’autre à l’un, et ensuite, comment ça se passait ? Il avait grogné et éructé, comme d’habitude, et maintenant elle était là, à ne pas savoir que faire. Peut-être qu’il y avait un bouton sur lequel appuyer pour qu’il soit normal à nouveau. Ou peut-être qu’en fait, ça se passait comme ça à chaque fois, à chaque il revenait comme une page blanche racornie aux coins qu’il remplissait d’une personnalité et d’une vie différentes à chaque fois, faut de se souvenir qui il avait été dans sa vie d’avant. C’était pas vraiment une résurrection, alors, mais quasiment une réincarnation. C’était chouette, pour se défaire de ses regrets, de ses remords, de ses fautes, de ses factures pas payées et de ses promesses non tenues. Mais il y avait quand même le naturel, comme le disait l’adage. Il y avait bien quelque chose, en chacun des gens, qui faisait d’eux ce qu’ils étaient, une base inamovible, même chez lui. Elle avait l’impression, lors de fugaces éclairs, de le reconnaître – dans un sursaut, un grognement, dans sa fuite, aussi. Peut-être qu’il allait finir par se rappeler qui il était, avec le temps. Peut-être même qu’il se rappellerait elle. Peut-être pas. C’était trop tard pour lui demander ce qu’elle était censée faire, et c’était pas comme s’il avait plein d’amis à qui elle pouvait poser la question. Alors, le laisser. Le laisser gérer ça comme il avait probablement dû le gérer avant, il avait toujours réussi, non ? Au final, de tout ça ressortait une personne entière, puisqu’il avait été entier quand elle l’avait rencontré, son portefeuille plein d’identités différentes. Il n’avait pas besoin d’elle. Il lui faisait pitié, alors elle lui avait fait un gros câlin, puisque les câlins résolvaient plein de problèmes, mais elle ne voyait pas ce qu’elle pouvait faire de plus, et ne voulait pas en faire plus. Avant de mourir, il avait failli la tuer de peur de la voir s’en aller. Là aussi, il y avait eu reboot. C’était peut-être mieux comme ça.

Et puis, elle l’entendit bouger. Comme un gosse attiré par la perspective d’une histoire, de repousser le moment où les lumières s’éteindraient et où chaque angles et courbes de la chambres se transformerait en monstre tapi dans les ombres, il pointa le bout du nez de sous le lit. Plus de mots en une seule fois qu’il n’en avait jamais prononcé en quelques mois franchissaient ses lèvres, n’importe comment, dans le désordre, ça se bousculait dans sa tête et sur sa langue. Rien, il ne se souvenait de rien. Elle le laissa ramer tout seul, s’arracher de sous sa cachette, le suivit d’un pas léger dans la salle de bains, comme son ombre pâle, son fantôme, sa mauvaise fée. Penchée au-dessus de lui, elle garda les lèvres scellées tandis qu’il fouillait dans son tas de fripes, se demandant avec curiosité ce qu’il cherchait, jusqu’à ce qu’il se redresse et l’agrippe par le poignet, et là encore, elle le reconnut bien. C’était peut-être le corps qui parlait, à défaut de l’esprit, un genre de mémoire du corps, et elle le laissa faire, étouffant en elle le besoin impérieux de s’arracher à sa prise. Elle baissa les yeux sur la carte qu’il venait de lui fourrer dans la main, et esquissa un sourire amusé, avant d’éclater de rire.

— C’est comme tout recommencer ! La première fois qu’on s’est rencontrés, toi et moi, c’était exactement pour ça, pour ce foutu truc auquel tu étais si attaché.

Son identité. Comme si son nom et son prénom pouvaient suffire à le faire se sentir entier. Elle s’empara de la carte de sa main libre et la brandit devant le visage de l’ours. A son index, une de ses bagues, dégottée dans un vide-grenier quelques jours plus tôt pour quelques dollars seulement, luisait tout doucement d'un vert doux et pâle. Elle faisait ça, cette bague, des fois. Cassie ne savait pas pourquoi. Mais pour l'heure, un soulagement quelque peu déplacé envahissait sa poitrine. Il n'y avait pas de quoi être soulagée, pourtant. Mais elle n'y pouvait rien. L'animal évoquait là, sans même le savoir, quelque chose de familier.

— C’est toi, ça. Peut-être. C’est toi tel que je te connais en tout cas. Shiloh Buchanan, c’est ton nom. T’es un gros con qui fait des frites dans un diner pour gagner sa vie, t’es un drogué, aussi. Tu viens d’Irlande, et tu m’as promis de m’en parler un jour, de l’Irlande. J’imagine que c’est fichu, maintenant. Et aussi, ton ex habite l’appartement d’en face.

Oui bon, elle n’avait pas pu s’en empêcher. C’était drôle, non, de faire une blague à l’amnésique de service ? De toute façon, il n’y avait personne pour la juger. Elle dégagea son poignet de sa prise et le fit pivoter face à son miroir. Eh ben, il avait vraiment une sale gueule.

— Regarde-toi. C’est toi. Et sur la carte d’identité, c’est toi aussi. Et moi, je te dis que je te connais. Ça fait trois raisons de me croire quand je te dis que t’es bien réel. Et pour la suite, peut-être que tu devrais être patient. Tu as déjà vécu ce genre de moment, et tu t’en es toujours bien remis.

Bon, à part le coup des doigts. Mais elle pourrait toujours lui dire qu’il avait toujours eu des bouts en moins, s’il lui posait la question. De toute façon, il ne pouvait que la croire, n’est-ce pas ? Il n’avait pas le choix. Elle lui rendit sa carte, se souvenant d’à quel point il y tenait. Il imaginait pourquoi, à présent. Et s’il s’était réveillé sans aucun papier sur lui ? Putain, la prochaine fois, elle lui offrirait un carnet pour qu’il écrive tous les détails de sa vie, qui commencerait par : « Cher gros connard, t’es encore mort comme un gros plouc, voilà tout ce que tu dois savoir sur toi, et fais gaffe à pas effacer les épisodes de Keep up with the Kardashians qui sont sur ton disque dur. Aussi, tu dois deux cents dollars à Cassie. » Aussi, il fallait qu'elle mette la main sur son téléphone portable, s'il en avait un. Il y avait forcément des gens à appeler. Même si c'étaient des bâtards, Cassie s'en fichait, elle appellerait des gens de son historique d'appel au pif.

— Allez, calme-toi. Tu sais quoi, je vais nous faire à manger, installe-toi confortablement.

Elle le planta là pour aller jusqu’à la cuisine. Elle sortit deux verres disparates, les remplit des dernières céréales – les moins bonnes qu’il avait, qu’elle avait délaissées –, y ajouta de l’eau du robinet pour humidifier un peu tout ça, y glissa deux petites cuillers et retourna le voir, en espérant qu’il ne s’était pas enfui par la fenêtre. Elle avait pas mal de trucs à lui raconter, s’il en avait la force. Keep up with Shiloh Buchanan, en quelque sorte.

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queen of the bored
I fuck with the fates because it's
so much fun. And I don't feel a
thing cause I got so numb. I lean
in but then I check right out, I
don't flinch because it doesn't
hurt. And what is god if there's
no one there. And there's no proof
that he ever cared about me.
b.reitzell. code: @drag me to hell


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Deep end [Cassie]

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