AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Bienvenue sur DMTH Invité envoi coeur
Adopte un scenario et gagne des amis pour la vie ! :caddy:
Trouve un partenaire de jeu rapidement ! :bouya:
Découvrez l' intrigue en cours ! :olala:

Partagez | .
 

 Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
→ ORDRE CLANIQUE : La Guilde
→ NUISANCE DEPUIS : 34 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Regard pénitent, maîtrise des armes blanches, occlumancie, lecture des auras et, plus rarement, conversations avec les esprits et compétences restantes de voleur.
→ TROMPE L'ENNUI : Détective privé
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Solitaire ▫ Malin, certains le disent calculateur ▫ Méthodique, voire maniaque ▫ Discret ▫ Courageux ▫ Droit ▫ Impulsif ▫ Méfiant ▫ Sans pitié


→ AVATAR : Max Riemelt
→ MENSONGES : 483

†


MessageSujet: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Lun 16 Juil 2018 - 1:25

Ombres des rues, murmures des secrets
Amadeo & Maximilian


Mon enquête en était au point mort. Mauvais jeu de mots vu les cadavres qui n’avaient cessé de s’amonceler au fil de ma progression. Plus je me sentais approcher de la vérité, plus elle m’échappait. La piste était si mince qu’elle ne donnait rien depuis plusieurs jours maintenant, si bien que j’en venais presque à pester de n’avoir pas eu l’occasion d’améliorer mes connaissances de traque. Dans la chasse, ce n’était pas de suivre les traces de l’animal qui m’intéressait. La finition était ce qui me procurait le plaisir du travail accompli, ce couperet justicier qui venait mettre fin à la tourmente et replaçait le Secret dans sa boîte de Pandore.

Les rues de certains quartiers de Bâton Rouge étaient suffisamment dangereuses pour qu’un meurtrier puisse se fondre dans la masse sombre, celle-là même qui comptait en son sein plus d’un criminel. Combien dealaient leur came entre deux immeubles à l’heure actuelle ? Combien faisaient bien pire ? Meurtrier… Si le terme ne m’avait jamais causé le moindre frisson, l’idée qu’il puisse s’associer au nom d’un Schimmel, à celui de Wolfgang, voyait ma mâchoire se raidir. Bien sûr, nous n’étions pas des enfants de chœur dans la famille, nous ne l’aurions jamais prétendu, mais nous ne tuions pas sans raison : nos gestes étaient précis, millimétrés. La frappe, chirurgicale. Pourtant, qu’allai-je en faire si mes hypothèses venaient à se confirmer ?

Secouant la tête, laissant s’évanouir les conclusions inavouables qui me venaient à l’esprit, je continuai à divaguer dans les allées toujours plus obscures. Cette zone de la ville n’était pas ce qu’elle semblait être. Son apparence banlieusarde dissimulait en réalité une criminalité à fleur de peau. En vérité, mes pas ne m’avaient pas conduit ici par hasard. J’avais besoin de trouver des informations… Et quand les preuves n’étaient pas légion, restaient les paroles : les voix des gens de la rue, ceux dont les silhouettes se détachaient à peine du bitume et des murs de brique tant ils avaient pour habitude de s’y adosser. Parfois même y vivaient-ils…

J’évitai consciemment les groupes. Rien ne servait de créer le moindre esclandre en me frottant à des voyous qui auraient les yeux plus gros que le ventre dès que je les aborderai, du moins s’ils ne me prenaient pas pour un flic en civil cherchant des informations avant. Dans les deux cas, je n’en obtiendrai rien de fiable et cela pourrait même se terminer par quelques ecchymoses… Non, ce qu’il me fallait, c’était trouver des solitaires… Des types paumés qui accepteraient de discuter parce que personne ne les abordait jamais. L’odeur de la pauvreté poussait les gens à les fuir, pour moi ils avaient toujours représenté une mine d’or. Être détective privé, c’était aussi cela : respecter une éthique où on ne passait pas par la violence pour obtenir quelque chose, tout du moins tant que cela n’était pas obligatoire. Les indics étaient là pour remplir ce rôle.

Cependant, nous n’étions pas sur mon terrain. En Allemagne, près de Berlin et alentours, nombreux étaient ces anonymes qui étaient mes yeux et mes oreilles. J’en avais même fidélisé certains dans des villes plus lointaines, là où de fréquents voyages de travail m’avaient amené à développer un réseau. Les affaires qui m’entraînaient à l’étranger étaient mes favorites : elles m’obligeaient à sortir de ma zone de confort. Alors pourquoi cette enquête n’avait-elle pas la même saveur ?

Autour de moi, les immeubles défilaient. Les minutes aussi. Je ne les comptai plus depuis que j’avais quitté l’hôtel un peu plus tôt dans la soirée. Je n’avais pas pris de taxi pour me rendre ici, mieux valait faire le repérage à pieds, s’imprégner de l’ambiance pour mieux s’y fondre et inspirer confiance. Après tout, je n’étais qu’un étranger pour tous ces gens et cela jouait clairement en ma défaveur, surtout dans une région si ancrée dans sa culture et ses anciennes traditions.

Trois nuits, quatre si j’ajoutai au compte celle-ci. Trois nuits que j’errai ainsi. Les visages commençaient à me devenir familier, les accents à sonner moins faux à mes oreilles. Mais je ne voyais rien, je n’entendais rien. Tout m’indiquait pourtant que c’est dans ce quartier que mon homme avait le plus de chance de se trouver, de se terrer, là qu’il commettrait son prochain forfait même. Si c’était Wolfgang, c’est exactement là qu’il se cacherait, songeai-je en sentant un frisson remonter le long de ma colonne. C’est à cet instant que je l’entendis : à une intersection, un bruissement. Dans la ruelle adjacente, une aura bleutée flirtant avec le vert-eau était avachie. Mes dents se serrèrent, j’avais les hérésies en horreur. Rien que leur vue me rendait parfois nauséeux et, même si j’en supportais certaines pour les avoir côtoyées à l’adolescence, toutes les autres provoquaient cet écœurement étrange de savoir qu’elles n’étaient pas tout fait…entières. J’aurais passé mon chemin si son visage ne m’était pas apparu de loin dans la pénombre.

J’avais déjà croisé ce mec plusieurs fois lors de mes dernières sorties. Il devait à peine frôler la vingtaine et tout laissait à penser que la rue était son chez lui… Pas étonnant quand on savait ce qu’il était. Peut-être un coup à tenter. Je bifurquai, m’approchai sans me presser jusqu’à ralentir une fois que nous ne fûmes séparés que de quelques mètres. Il avait à peine bougé.

▬ Belle nuit, n’est-ce pas ?

Ma voix s’était voulue calme, posée. Le ton grave était d'un paternaliste qui se voulait rassurant. Maintenant, restait à voir si ce jeune serait plus réceptif à mon abord que les autres types que j’avais hélé jusqu’à présent et dont seuls les regards égaux, voire dédaigneux, m’avaient accueilli.






_________________
Einigkeit, Recht und Freiheit
“Le bourreau porte généralement un masque : celui de la justice.” - Stanislaw Jerzy Lec -
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t3283-maximilian-l-schimmel-bourreau-pour-la-guilde http://dmthbegins.http://dmthbegins.forumactif.org/t3300-maximilian-l-schimmel-inventaire http://dmthbegins.forumactif.org/t3287-maximilian-l-schimmel-le-bourreau-porte-generalement-un-masque-celui-de-la-justice http://dmthbegins.forumactif.org/f38-carnet-de-bord
avatar
WEIRDO.

Mr Cat eyed


→ ORDRE CLANIQUE : Solitaire
→ NUISANCE DEPUIS : 24 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Ligné de Circé. Son œil se transforme en œil de félin lui offrant les capacités visuelles d'un chat (vision nocturne, vision fine jusqu'à vingt mètres, mesure précise des distances et champ visuel à 280°), cela lui donne un visage effrayant. Perception des auras. Communication avec les esprits. Résistance physique.
→ ERRANCE : SDF de Brightside, chez Jeanne, chez Amalia,, à droite et gauche...
→ TROMPE L'ENNUI : Cambrioleur de frigo, pickpocket, mendiant
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Particulièrement perturbé, souffre de symptomes de troubles autistiques


→ AVATAR : Andy Biersack
→ CREDITS : LEV (merci grand père !)
→ MENSONGES : 453

†


MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Ven 20 Juil 2018 - 9:28



Le souffle du vent est chaud. L’heure tardive ne parvint pas à le rafraichir. L’air est lourd. Embué d’humidité à faire suffoquer. Chaleur de Louisiane. Emanations des bayous encouragées par le long fleuve. Le Mississipi s’écoule cependant. Rien ne le perturbe, pas même ce vent. Il se glisse entre les rues de la ville. Il se faufile dans les maisons. Il imprègne les vêtements de ses habitants qui halètent devant leur ventilateur. Et il y a Amadeo. Constitué lui-même de vide. Le vent peut bien venir l’attaquer. Le vent passera au travers. L’hérésie n’en réagit même pas. Il efface les perles de sueur sur son front et poursuit sa marche hasardeuse. Il a soif. Il a faim. Il est incomplet. Il cherchait un remède contre ses maux. A boire et à manger. Une âme à laquelle se compléter. Ses yeux bleus se voilent sous ses paupières. Son corps s’est effondré. Pas très à l’écoute de lui-même. Il n’a pas dormi depuis des lustres. Comment survivre quand on ne sait considérer l’ensemble de ses besoins primaires. Par chance, respirer se fait seul. Le jeune homme resta plusieurs heures sur les vieux pavés. Personne ne s’est retourné. Personne n’a appelé la police. Pas même une ambulance. Secourir quoi ? Il n’y a que du vide dans cette carcasse. Ce serait une telle perte de temps. Un gaspillage d’énergie. Une mauvaise utilisation des infrastructures publiques. Il avait disparu dans le décor. Réduit au même grade que les poubelles patientant sur les trottoirs.

Lorsqu’il s’éveilla, de nombreuses heures s’étaient volatilisées. Il se releva. Contusionné. C’est bien vers ces poubelles qu’il trouva de quoi se sustenter. Cette vie n’avait aucun sens. L’hérésie y songeait souvent. Il pensait à ce revolver dans la poche de sa veste esquintée. Celui-ci lui avait été donné pour se défendre. Pourtant, il avait découvert récemment le concept du suicide. Cela lui avait parut si étrange. Ne comprenant pas pourquoi certaines personnes pouvaient mettre fin à leur vie. Il n’y avait rien d’enviable à aller de l’autre côté du voile. Cependant, cette idée le pesait. Il savait que pour lui il n’y aura pas de paradis, pas d’enfer, pas de voile… Non, lui allait connaitre dans la mort, une chose qui lui était si étrangère de son vivant. La douleur. Son âme sera dévorée par les démons. Il n’y aura plus aucunes traces de lui. C’était le destin de toute hérésie. Disparaitre à jamais après ne pas avoir existé. Parfois il était en colère. Animé par un sentiment d’injustice. Fureur du hasard. Lui, le maudit. L’aberration… Il continuait de vivre, sans être là. Ne donnant aucun sens à sa présence sur terre. Il était seulement ici, comme un témoignage. Le témoignage de l’inégalité. De l’injustice. Le témoignage du mal qui habite chacun. Ce mal que tous fuient. Tous évitent les hérésies.

Il transpire toujours. Ses pas sont boiteux. Le jeune homme finit par choir dans une ruelle. Avachi lamentablement. Il se demande si la mort est forcément aussi fatigante. Il sorti de sa poche ce fameux revolver. Sa vision n’est plus aussi claire. Il profite de sa solitude pour réajuster sa vision grâce à son œil d’hérésie. La pupille féline voyait parfaitement dans le noir. C’est un vieux revolver à barillet. Toutes les balles y étaient. Il n’en avait encore jamais fait l’usage. Tuer est un lourd choix. Il était encore innocent.  Le gamin eut un faible sourire. Rien ne sert le suicide. Ce n’était pas cela qui allait le tuer. L’arme dans une main. L’autre remonte son t-shirt. Dévoilant à ses yeux l’état de sa plaie. Agression à l’arme blanche, trois jours plus tôt. Le prix à payer d’être à ce point repoussant. Sa présence attise la haine. Coup de couteau au niveau du foie, par chance épargné. Pourtant pas sauvé. Ses sutures réalisées par un charlatan de Brightside suintaient de pus. Sa peau était gonflé, rouge, ardente. Infection plus qu’engagée. Combien de temps avant le septicémie ? Avant la mort… Sans antibiotiques, il était fichu. Pourtant, il n’avait pas les moyens de se payer des médicaments et encore moins en état de voler une pharmacie. Il posa un doigt sur un fil de suture purulent, du sang perlait sous la pression. Pas de douleur pour un être insensible. Pourtant, le ralentissement de son corps il le ressentait bel et bien. A tel point qu’il se laissa surprendre par une voix à quelques mètres.

Belle nuit… La beauté est une telle affaire de point de vue. Amadeo leva les yeux vers le ciel pour la première fois depuis longtemps. Il remarqua les étoiles brouillées par les nuages. Il lâcha son arme sur le bitume. Figé, comme les étoiles dans ce ciel inanimé. Pourtant, il y avait tant de mouvement dans cet univers. Imperceptibles, même pour un œil aussi aiguisé que le sien. La voix ne lui a pas fait peur, elle ne semble pas menaçante. Cependant il ne voulait se fer à son impression. Ses troubles de la perception lui avaient causé de nombreux ennuis. Il posa lentement l’arrière de son crane contre le mur derrière lui. Fixant toujours les étoiles, le fragment qu’il pouvait en voir entre deux immeubles. « La plus belle. » Et si c’était la dernière ? La douce nuit. La présence d’un médium n’arrangeait en rien la présence d’esprits autour de lui. Ceux-ci avaient beau tournoyer autour de l’hérésie, celui-ci ne les voyait pas. Il avait encore l’énergie suffisante pour les repousser. Les esprits semblaient comme repoussé par un bouclier qu’ils ne pouvaient pas traverser. Mais ce bouclier était de plus en plus resserré autour de lui. Ce qui était des mètres hier n’étaient que quelques dizaines de centimètres aujourd’hui. Bientôt ils arriveront à lui. Comme s’il n’avait pas assez à faire avec cette plaie infectée. Il allait peut-être enfin savoir ce que ça fait que de souffrir. Et cela par une belle nuit d’été. Une bien douce nuit pour s’endormir. C’était cependant  encore beaucoup trop tôt.
Tout se passera à petit feu.

Il détacha son regard. Il tourna la tête vers le médium. Un œil de félin, l’autre humain. Visage bâtard. « Il n’y a plus rien à voler… » Non, il était déjà dépouillé. Ses doigts effleurent son revolver. C’était froid. Il posa sa paume sur celle-ci, puis la fit glisser sur le bitume jusqu’aux pieds de l’inconnu. Il n’était pas certain de pouvoir supporter un autre passage à tabac. Il préférait regarder les étoiles encore un peu avant de s’évanouir. Son vêtement s’est rabattu sur son torse, tout comme ses paupières. Sous celles-ci se trouvaient des étoiles encore plus belles. Elles sont faites d’émotion. Il voit la peur, la joie, la colère… Mais elles sont bien trop lointaines.

_________________
Crise existentielle❞
Je rêve que je peux sourire à nouveau, je me réveille en larmes.
Tu sais, quand quelqu’un sort un truc vraiment drôle, un truc qui arrive à me fait rire, je me retourne pour voir si ça te fait rire aussi, même si tu n'es plus là, à chaque fois...
(icon sunkiss./code northern lights.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t621-the-resurrectionist-or-an-existential-crisis http://dmthbegins.forumactif.org/t1424-contenu-d-une-coquille-vide-amadeo-gallen-kallela http://dmthbegins.forumactif.org/t639-stomachaches
avatar
→ ORDRE CLANIQUE : La Guilde
→ NUISANCE DEPUIS : 34 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Regard pénitent, maîtrise des armes blanches, occlumancie, lecture des auras et, plus rarement, conversations avec les esprits et compétences restantes de voleur.
→ TROMPE L'ENNUI : Détective privé
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Solitaire ▫ Malin, certains le disent calculateur ▫ Méthodique, voire maniaque ▫ Discret ▫ Courageux ▫ Droit ▫ Impulsif ▫ Méfiant ▫ Sans pitié


→ AVATAR : Max Riemelt
→ MENSONGES : 483

†


MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Ven 3 Aoû 2018 - 3:53

Ombres des rues, murmures des secrets
Amadeo & Maximilian


La brise nocturne filtrait entre les immeubles. Elle s’insinuait dans chaque interstice dans les façades, caressait chaque brique saillante et réussit même à faire frissonner ma silhouette malgré la lourde pesanteur de l’atmosphère de cette chaude nuit d’été en Louisiane. Le vent était un prétexte. Lui seul n’aurait jamais suffi à provoquer en moi cette sueur froide qui dévala ma colonne, remonta jusque dans mon cou pour finir par me vriller le crâne quand je fus près d’elle… Près de cette chose inconcevable. Près de cette aberration qui s’étalait sur le bitume dont émanant sans doute encore les relents de l’ardente journée sous les feux d’un soleil de plomb. Sa carcasse paraissait aussi pitoyable que dans mes souvenirs, toujours aussi avachie que lorsque je l’avais aperçu les jours précédents. Peut-être était-elle-même plus flasque encore, moins consistante comme si l’univers entier s’acharnait à le faire disparaitre, lui qui n’aurait jamais dû exister.

Mes pensées auraient semblé inhumaines à bon nombre, mais ce manque terrible qui dévorait mon ressenti à chaque fois que j’osais laisser traîner mon regard dans sa direction était écœurant. Souvent, je m’étais demandé ce qu’il pouvait bien percevoir et ressentir dans leur coquille vide… Jamais je ne m’étais permis de le formuler à voix haute. On ne demande pas à un objet animé s’il sait qu’il n’a pas d’âme.

Sa réponse sonna dans le silence de la ruelle. « La plus belle ». Etait-il réellement capable de percevoir toute la beauté de la nature ? Les paroles d’une femme d’une tolérance infinie me revinrent en mémoire, elle qui pensait que chaque être méritait sa place ici-bas quel que soit son fardeau. A son contact, j’avais appris beaucoup mais le destin nous avait séparés avant qu’elle ne fasse de moi quelqu’un de bien. Je nous avais séparés pour être exact. Visage tourné vers la voûte céleste, je finis par laisser les souvenirs dériver au loin dans le cosmos, dans les étoiles au-dessus de nos têtes : certaines s’étaient éteintes depuis bien longtemps tout comme mon empathie envers ces créatures. Irrémédiablement. Tout a une fin.

Mes iris clairs dérivèrent vers son corps. C’est seulement à cet instant que la situation me creva les yeux. J’avais été trop naïf. Si les plus altruistes auraient noté la blessure suintante que la clarté lunaire faisait briller d’une lueur argentée sur laquelle perlaient quelques gouttes d’un sang frais, mon esprit se focalisa sur un reflet métallique émanant de sa main. Une seconde plus tard, le calcul était fait : un revolver s’ajustait parfaitement aux reliefs de sa paume dans l’ombre de sa silhouette déchue. Muscles tendus, j’évaluai mes possibilités en songeant que le poignard glissé dans ma veste ne serait pas la meilleure des options si cette hérésie choisissait la voie des hostilités. La glacer d’un regard lui infligeant en juste retour tout le mal qu’il avait pu semer dans son sillage monstrueux me laisserait plus de chance, après seulement la lame pourrait jaillir si nécessaire.

Avant cette arme, le doute était permis. L’incertitude qu’il puisse ne pas être qu’une bévue errante, mais le simple fait qu’il soit armé laissant à penser que ce jeune homme était loin d’être une victime. Toujours immobile, je m’apprêtai à faire un pas en arrière pour mettre de la distance entre nous, m’éloigner en oubliant toute volonté de me servir de lui comme cela avait pu m’effleurer l’esprit plus tôt, quand sa mine dans laquelle un détail sauvage brisait le masque. Un œil félin d’un jaune perçant. Même pas foutu de paraître un peu moins bestial. Un peu moins inhumain.

Pourtant, la vulnérabilité qui transparaissait dans ses traits avait quelque chose de beau, s’y nichait une pureté presque irréelle qui me fit ciller. La méfiance me gagna devant ce spectacle inattendu et s’évanouit en un instant quand les mots franchirent ses lèvres.

▬ Voler ? lâchai-je, surpris.

La logique mit quelques secondes à s’insinuer dans mon esprit, autant de temps qu’il lui fallut pour envoyer le revolver jusqu’à mes pieds. Le raclement métallique de l’arme sur le sol citadin m’avait raidi avant que je ne comprenne les rôles de chacun des acteurs de cette scène en face à face : dans son esprit torturé, j’étais l’agresseur et, lui, la victime.

▬ Je ne te veux aucun mal, ok ? dis-je d’une voix grave aux accents calmes dans lesquels on pouvait deviner des consonances germaniques.

Méthodique, je m’accroupis lentement sans le quitter du regard, laissant ma main tâter l’obscurité des pavés pour m’emparer de l’arme que je soulevai doucement avant de venir la glisser dans mon dos. Malgré les apparences, mieux valait rester prudent et sur ces gardes. Progressivement, je relevai les mains en orientant mes paumes vers la silhouette à l’aura d’un vert-eau, tel un criminel pris en flagrant délit par les forces de l’ordre. Quels que fussent mes sentiments à son égard, il m’était impossible de le laisser crever tel un chien dans une ruelle crasseuse. Encore moins après cet élan de bonne volonté remplie de douleur, aussi étrange m’eut-il paru. A pas feutrés j’approchai. Son tee-shirt s’évanouit bientôt, de même que ses paupières qui se fermèrent au monde, le privant des étoiles qui un moment auparavant illuminaient encore ses pupilles hybrides. Infâmes.

D’un seul mouvement, je me précipitai pourtant en envoyant paître mon opinion personnelle, repoussant aussi cette sensation désagréable qui emplissait mon être par notre simple proximité. Je n’avais jamais laissé quelqu’un me claquer entre les doigts ainsi, du moins jamais quelqu’un dont aucun corbeau ne m’avait confié l’exécution.

▬ Hé ! râlai-je en m’agenouillant à ses côtés, sans être capable de m’empêcher d’être toujours légèrement sur mes gardes tandis que je lui tapotai la joue pour le faire revenir à une meilleure conscience et le forcer à me gratifier à nouveau ce regard métissé. Reste avec moi !

Avec prudence, j’entrepris parallèlement de relever son tee-shirt.

▬ Laisse-moi regarder, ça va aller… lui ordonnai-je sans attendre la permission pour examiner de plus près la blessure. Je n’étais pas médecin, mais la formation à la Guilde nous enseignait un minimum de connaissances sur les blessures qui pouvaient résulter d’un combat. Bien utile pour ne pas mourir connement d’une infection par exemple, ce qui était visiblement en train d’arriver à ce gamin. Un de mes doigts s’approcha de la plaie, j’en constatai la forme caractéristique et la profondeur perceptible sous les fils mal posés : ce type de plaies, je ne le connaissais que trop bien. Plaie pénétrante… Arme blanche n’est-ce pas ? Tu as eu de la chance que celui qui t’a fait ça ne sache pas se servir correctement d’une lame.

J’avais prononcé ce commentaire alors même que résonnait en moi cette certitude qu’à la place de son agresseur je ne l’aurais pas manqué, il girait désormais sous un monceau de terre impropre, du moins s’il avait eu le droit à une sépulture décente, à moins que son corps dont aucun esprit ne se serait évadé n’ait rejoint les flammes d’un crématoire. Néanmoins, ce n’était pas moi qui lui avais infligé cela et je ne comptais pas lui faire quoi que ce soit. Ne pas apprécier ses anomalies était une chose, le laisser crever sans rien faire alors qu’il ne m’avait encore causé aucun tort en était une autre. De plus, je n’étais pas assez idiot pour laisser passer une occasion pareille.

▬ Il va te falloir un médecin… Un vrai, pas un « Quacksalber » comme  celui qui t’a fait ça, fis-je en désignant d’un signe du menton les points de suture trop lâches, sans me rendre compte de mon passage par ma langue maternelle. Va falloir aller à l’hôpital… Tu t’en sens capable ?

La suite de la conversation, je la connaissais ou, du moins, je pensais la connaître. Après tout, s’il avait eu les moyens de se rendre dans un centre de soins digne de ce nom, jamais il ne serait resté à croupir sur le béton sale, plaie purulente, sueur au front et attente de l'amie faucheuse pour seule perspective d'avenir… Il ne pouvait pas se faire soigner parce que cela demandait bien plus d’argent ici qu’en Europe. Ce fait sordide pouvait bien être ma chance de me lier à lui tout en faisant ma B.A. de la soirée… Elle serait presque fière de moi, me pris-je à songer tandis que le sourire de la femme me revint en mémoire avant d’être remplacé par la vision de cette hérésie que la vie quittait petit à petit, emportée par la brise de la plus belle nuit d’été.






_________________
Einigkeit, Recht und Freiheit
“Le bourreau porte généralement un masque : celui de la justice.” - Stanislaw Jerzy Lec -
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t3283-maximilian-l-schimmel-bourreau-pour-la-guilde http://dmthbegins.http://dmthbegins.forumactif.org/t3300-maximilian-l-schimmel-inventaire http://dmthbegins.forumactif.org/t3287-maximilian-l-schimmel-le-bourreau-porte-generalement-un-masque-celui-de-la-justice http://dmthbegins.forumactif.org/f38-carnet-de-bord
avatar
WEIRDO.

Mr Cat eyed


→ ORDRE CLANIQUE : Solitaire
→ NUISANCE DEPUIS : 24 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Ligné de Circé. Son œil se transforme en œil de félin lui offrant les capacités visuelles d'un chat (vision nocturne, vision fine jusqu'à vingt mètres, mesure précise des distances et champ visuel à 280°), cela lui donne un visage effrayant. Perception des auras. Communication avec les esprits. Résistance physique.
→ ERRANCE : SDF de Brightside, chez Jeanne, chez Amalia,, à droite et gauche...
→ TROMPE L'ENNUI : Cambrioleur de frigo, pickpocket, mendiant
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Particulièrement perturbé, souffre de symptomes de troubles autistiques


→ AVATAR : Andy Biersack
→ CREDITS : LEV (merci grand père !)
→ MENSONGES : 453

†


MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Lun 13 Aoû 2018 - 0:24

Les gens ne venaient pas à son contact sans raison. Ils venaient à lui pour lui prendre quelque chose. Dans le meilleur des cas, on lui demandait un service. Le monde fonctionnait ainsi. Son monde. Hérésie, rejeté de toutes parts. Errant depuis bien trop longtemps. Perdu. Loin de la Nouvelle-Orléans. Jamais il ne retrouvera le chemin vers la maison. Il n’y a plus de maison. Plus de foyer. Cela est le passé. Le foyer s’est écroulé, après des années de fissures. Il s’y était pourtant cru à l’abri. Il y aurait terminé ses jours. Ses tristes jours. Dans sa prison dorée. Il y fut bien. Désormais il était ici. Mourant sur ce trottoir infâme alors qu’il aurait pu mourir bien plus tôt. Il aurait pu disparaitre de la main de l’être aimé. De sa grand-mère adoptive. Après toutes ces années à s’occuper de la créature, elle se sentait faiblir. Elle avait voulut l’emporter avec lui. Il ne s’était point laissé faire. Pourquoi ? Il n’avait rien gagné à fuir. Il avait rencontré la misère. Découvert la cruauté de l’humanité. Apprit à quel point il était repoussant. Comprit les raisons pour lesquelles il ne méritait pas de vivre. Il avait connu la douleur. Torturé par des sorciers maléfiques, puis la souffrance de la famine qui le tenaille sans cesse. Pourtant, il avait continué son bonhomme de chemin sur cette vie insensée. Il n’était pas effrayé à l’idée de mourir, il laissait venir, comme il avait laissé venir chaque jour.

Il fit cependant glisser l’arme sur le sol. Non pas qu’il pensait gagner du temps de vie, mais plutôt de conscience. Il pensait bien qu’au moment où il fermera les yeux, ce sera pour de bon. Quelque chose d’étrange s’installait dans ses pensées. Comme la curiosité de voir si la dernière seconde aura un effet différent. Allait-il sentir quelque chose ? Au moins le souffle de la mort sur sa nuque ? L’espoir de la dernière minute. C’était agréable d’espérer. Amadeo profitait de cette minime sensation. Celle d’avoir un but : sentir la mort.

Cette voix promet ne vouloir aucun mal. Combien de fois lui avait-on dit une telle chose ? Il savait que c’était ce qu’il méritait, il n’était bon qu’à ça… A ce que l’on lui fasse du mal. Un mal qu’il ne peut ressentir. La voix de l’homme avait un accent étranger. L’esprit embué d’Amadeo l’empêchait de reconnaitre exactement lequel. Mais ce médium n’était pas d’ici. Cette ville était maudite. Probablement ferait-il mieux de fuir. L’hérésie entendit le métal bouger du sol, il sait que son arme est dans la main de son interlocuteur. Peut-être bien même pointée vers lui. Il lève les yeux vers les étoiles, luttant quelques secondes, pour sentir la caresse de la mort. Mais il ne fit que perdre connaissance. La mort jouait avec lui. Lorsqu’il souleva les paupières il constata que le médium était tout proche de lui. Perdre connaissance lui avait fait perdre sa transformation et ses yeux étaient à nouveau de parfaits jumeaux azurés. Amadeo ne réagissait pas, la voix de l’homme lui semblait complètement déformée, comme un bourdonnement lointain. Il se laissait faire, le t-shirt de nouveau soulevé. Il n’avait pas le temps même, de penser au mal être qui le gagnait, d’être ainsi touché par quelqu’un. Le contact physique lui était si étranger, agressif la plupart du temps…

Ça va aller…
Nul autre choix que de le croire. Le gamin papillonnait des yeux pour lutter contre l’inconscience. C’était loin d’être la caresse de la mort… Il semblait que le médium l’examinait. Le diagnostic était celui de voir un médecin. L’hérésie perdit son regard dans celui de l’homme. La noirceur des pupilles l’avait toujours effrayé, c’était pour cette raison qu’il regardait droit dans les yeux qu’à d’extrêmes rares occasions. C’est en fixant ce médium qu’il semblait voir l’une des raisons pour lesquelles cela lui faisait si peur. Il pouvait y voir quelque chose qu’il ne voyait que très rarement : sa propre réflexion. Ce démon qu’il voyait, c’était lui. Il le voyait, souffrir de mal en pis. Puis cette voix le tira de son miroir d’âme, ce clignement des paupières entraina le sien. Le jeune homme ouvrit de nouveau les yeux dans un effort spectaculaire. S’il pouvait marcher ? Qu’est-ce qui l’en empêchait au final si ce n’était sa conscience et son énergie qui le quittait ? Pas la douleur.

« Il ne sait pas si son corps peut encore marcher… » Sa voix rauque est faible. Le jeune homme tente cependant de mobiliser son énergie pour redresser sa colonne vertébrale et ce qu’elle porte. Des bruissements de craquement osseux se firent entendre durant ce pénible mouvement. Amadeo était de très grande taille, la hauteur de son propre buste lui donnait déjà le vertige. Pourquoi le médium lui venait-il en aide ? Voila bien une chose à laquelle il n’aura pas de réponses immédiatement, il savait que s’il s’en sortait grâce à lui, cela ne serait aucunement gratuit. Différent mais pas idiot.

Il applique sa paume droite sur sa tempe, comme s’il voulait stabiliser ses pensées, ses idées, ses sens… L’hérésie retourna sa paume pour l’appuyer contre le mur. Avec probablement beaucoup d’aie, il se trouva sur ses jambes. Quelque chose d’étrange, comme si l’acide de son estomac remontait, il était prit d’un haut le cœur qui ne donna fort heureusement rien. La concentration qu’il mettait à rester conscient l’empêcha de maintenir plus longtemps ses barrières avec les esprits qui devinrent alors visibles à ses yeux. Se sachant en présence d’un médium, il ne mâcha pas ses mots. « Les esprits veulent le hanter, il attendent depuis des heures… » Il les avait senti sans accepter de les voir. Amadeo qui avait pourtant cette faculté, faisait tout pour l’occulter afin de ne pas se faire justement posséder. Les murmures incompréhensibles occupaient tout l’espace. Amadeo tenta de les repousser, mais dès qu’il y songeait, il manquait de défaillir.

_________________
Crise existentielle❞
Je rêve que je peux sourire à nouveau, je me réveille en larmes.
Tu sais, quand quelqu’un sort un truc vraiment drôle, un truc qui arrive à me fait rire, je me retourne pour voir si ça te fait rire aussi, même si tu n'es plus là, à chaque fois...
(icon sunkiss./code northern lights.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t621-the-resurrectionist-or-an-existential-crisis http://dmthbegins.forumactif.org/t1424-contenu-d-une-coquille-vide-amadeo-gallen-kallela http://dmthbegins.forumactif.org/t639-stomachaches
avatar
→ ORDRE CLANIQUE : La Guilde
→ NUISANCE DEPUIS : 34 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Regard pénitent, maîtrise des armes blanches, occlumancie, lecture des auras et, plus rarement, conversations avec les esprits et compétences restantes de voleur.
→ TROMPE L'ENNUI : Détective privé
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Solitaire ▫ Malin, certains le disent calculateur ▫ Méthodique, voire maniaque ▫ Discret ▫ Courageux ▫ Droit ▫ Impulsif ▫ Méfiant ▫ Sans pitié


→ AVATAR : Max Riemelt
→ MENSONGES : 483

†


MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Mer 12 Sep 2018 - 1:15

Ombres des rues, murmures des secrets
Amadeo & Maximilian


Cela n’avait jamais été mon truc. La gentillesse débordante d’humanité et de compassion. J’imaginais qu’il ne pouvait qu’en être ainsi quand nos yeux voyaient derrière le masque ; lorsqu’on se perdait dans l’obscurité des pires atrocités commises par nos semblables, on finissait par ne plus s’apercevoir qu’il restait une lueur de bonté au fond du précipice. On l’occultait peu à peu et elle finissait par disparaître, comme la buée d’un souffle sur une fenêtre laisse une trace éphémère pour ensuite s’effacer et qu’apparaissent toutes les imperfections du verre qu’elle dissimulait. Des raclures. La majorité de cette foule d’anonymes qui peuplaient ce bas monde pouvait se vanter de s’attribuer ce titre, je pouvais l’affirmer sans pâlir. Moi-même je n’étais pas exempt de péchés, j’étais juste assez lucide pour ne pas m’imaginer être quelqu’un de bien.

Et pourtant j’étais là, accroupi dans les souillures d’une ruelle à côté d’une hérésie exsangue. Un soupir amusé m’échappa à cette pensée irréaliste tandis que je secouai légèrement la tête : j’étais un imbécile. Devant cette silhouette déchue, impossible de faire autre chose que d’éprouver un semblant de compassion, ou était-ce de la pitié. Dans tous les cas, je ne pouvais nier que mon intervention n’était pas tout à fait désintéressée, certes. Cependant, même au-delà de mes raisons, cette mascarade à m’occuper des animaux percutés et laissés pour morts dans un fossé ne me ressemblait pas. Cette ville allait finir par me rendre dingue à force de me laisser jeter aux orties les prudences réglementaires. Correction. Cette quête familiale allait finir par me coûter plus que je n’étais prêt à donner. Une image traversa vaguement mon esprit. Un homme, un cousin, un adversaire, un ami… Voilà pourquoi je me salissais les mains, pourquoi je me risquai à m’approcher de cette brindille déjà brisée, ce nid à saloperies en espérant ne pas choper un des virus mortels qu’il devait prendre plaisir à véhiculer. Plaisir… Même ça, ces créatures ne pouvaient le ressentir.  

Me calmer, ne pas réfléchir, agir sous l’impulsion du moment. J’allai devoir me cantonner à cette ligne de conduite si je ne désirais pas ressentir constamment ce manque en lui, ce vide inacceptable qui remplissait son corps et me faisait frissonner instinctivement dès que mes doigts l’effleuraient. Sans compter qu’ils commençaient à être bruyants, tous ces esprits qui se massaient autour de son être mourant. Telles des hyènes charognardes, ils guettaient le moment où ne resterait de ce jeune que la carcasse. Leur attente ne serait plus longue si j’en croyais les paupières du jeune hérésie, leurs mouvements lents dans lesquels on percevait la lutte étaient captivants, aussi profonds que l’océan dont ils revêtaient tous deux la couleur maintenant que leur dissemblance bigarrée s’était envolée. Toutefois, ce n’était qu’un artifice. Rien qui ne le rende moins aberrant dans ce monde.  

Question bête, réponse idiote. Sa manière d’évoquer sa personne ne m’étonna pas, tant les hérésies étaient des êtres singuliers. Il ne savait pas mais, en vérité, il n’avait pas le choix. C’était tenir sur ses jambes avec mon aide ou crever ici entre deux murs crasseux où reluisaient les reflets clairs de la lune d’été.

▬ Il va bien falloir ! lâchai-je un peu sèchement en lui laissant encore quelques secondes de plus pour se ressaisir après ses flirts avec l’univers doux et cotonneux de l’inconscience.

La douleur ne le freinerait pas, pas plus que la peur. Après tout, ces créatures ne pouvaient pas ressentir la moindre émotion, non ? Etait-ce plus simple de savoir qu’on allait mourir tout en étant incapable de craindre la fin ? Curieuse interrogation qui me traversa l’esprit alors que son ombre se redressa, vacilla pendant un instant, paume contre le mur pour s’agripper. Prise trop légère ou force inexistante, je pris une grande inspiration en me penchant pour passer un bras sous le sien et le soutenir. Hors de question qu’il me tourne de l’œil maintenant, même si je devais finir décoré de sa bile. Ses haut-le-cœur me firent pincer les lèvres en silence, le brusquer ne rendrait cette situation que pire encore.  Elle le devint pourtant à ses yeux.

Son annonce sonna comme le glas qu’il refusait d’affronter, à moins que ce ne soit mon intervention qui ne le prive du jugement dernier en défiant ce que la nature rappelait à elle… Foutaise, la nature n’avait rien à voir avec « ça », avec cette chose qui se vidait du peu de forces qui lui restait et qui ne luttait même plus contre le néant qui menaçait de l’engloutir. Une simple constatation fut tout ce qui lui échappa à propos de la masse d’esprits avides d’une enveloppe corporelle d’occasion… Agacé aussi bien par ma proximité avec cet homme que par la présence de ses rapaces, je ne pus retenir mes paroles.

▬ Les esprits vont gentiment aller se faire foutre et voir ailleurs si j’y suis… pestai-je, tout à fait conscient que j’aurais le droit au retour de flammes de certains d’entre eux plus tard. Je m’en fichais, ce ne serait pas la première fois que l’un d’eux viendrait au bureau des réclamations. Puis, fixant alternativement deux d’entre eux dont la posture fantomatique trahissait la détermination, j’ajoutai à l’adresse des spectres : ▬ Ce n’est pas ce soir que vous aurez ce que vous êtes venus chercher…

Véhémence et brutalité, j’étais en forme pour ma première causerie avec des esprits depuis belle-lurette ! Je levai la tête vers eux, leurs formes éthérées avaient l’art et la manière de se doter d’une telle consistance que n’importe quel médium non averti aurait pu  penser être en présence d’une véritable foule. Putain de vautours ! La colère se faisait sourde, tendait mes muscles et crispait ma mâchoire alors que leurs regards se faisaient plus furieux. Seulement, ils ne pourraient jamais autant que me détester que je les haïssais… Nombreux disparurent néanmoins, les autres s’éloignèrent juste suffisamment pour saisir leur chance si une brèche créait une fissure suffisamment large pour qu’ils puissent s’y engouffrer. Nous ne devions plus traîner.

▬ On va y aller doucement, tu t’accroches à moi sinon ton corps ne tiendra pas… Il y a un centre de soins à deux rues d’ici je crois, expliquai-je, fort d’un bon sens de l’orientation acquis suite à des heures de filature. ▬ Ils pourront toujours te faire conduire à l’hôpital si c’est trop grave.

Un pas, puis un autre. J’avançai peu à peu dans la chaleur étouffante de l’été, squelette de l’hérésie écrasé contre mon flanc dans un soutien que je voulais fort sans être trop raide. Le centre de soins… Ou peut-être un taxi pour filer directement aux urgences… Malgré ce que j’avais prétendu, je n’étais pas décidé.

Doucement, nous sortîmes de l’obscurité de la ruelle. Les lampadaires encore en état de fonctionnement projetaient des ombres chinoises malsaines sur le trottoir. Les nôtres s’y joignaient, paire non assortie au milieu d’une valse étrange où quelques esprits se terraient dans la pénombre en nous observant progresser sur le béton terne des trottoirs. Je jetai un regard noir à l’un d’entre eux, dommage que mon don ne puisse lui renvoyer toute la rancœur que j’éprouvais à cet instant. Ma prise se resserra autour de mon protégé d’un soir, me recentrer sur lui ne pouvait que me permettre de me concentrer à nouveau sur mon objectif.

▬ Moi c’est Max. Et toi, tu t’appelles ?

Simplifier les présentations et aller à l’essentiel était la clef des rencontres réussies, surtout lorsqu’il s’agissait d’une personne qu’on souhaitait se mettre dans la poche. Restait à savoir s’il serait sensible à cet effort que je faisais à chaque minute en le traînant ainsi dans mon sillage…






_________________
Einigkeit, Recht und Freiheit
“Le bourreau porte généralement un masque : celui de la justice.” - Stanislaw Jerzy Lec -
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t3283-maximilian-l-schimmel-bourreau-pour-la-guilde http://dmthbegins.http://dmthbegins.forumactif.org/t3300-maximilian-l-schimmel-inventaire http://dmthbegins.forumactif.org/t3287-maximilian-l-schimmel-le-bourreau-porte-generalement-un-masque-celui-de-la-justice http://dmthbegins.forumactif.org/f38-carnet-de-bord
avatar
WEIRDO.

Mr Cat eyed


→ ORDRE CLANIQUE : Solitaire
→ NUISANCE DEPUIS : 24 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Ligné de Circé. Son œil se transforme en œil de félin lui offrant les capacités visuelles d'un chat (vision nocturne, vision fine jusqu'à vingt mètres, mesure précise des distances et champ visuel à 280°), cela lui donne un visage effrayant. Perception des auras. Communication avec les esprits. Résistance physique.
→ ERRANCE : SDF de Brightside, chez Jeanne, chez Amalia,, à droite et gauche...
→ TROMPE L'ENNUI : Cambrioleur de frigo, pickpocket, mendiant
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Particulièrement perturbé, souffre de symptomes de troubles autistiques


→ AVATAR : Andy Biersack
→ CREDITS : LEV (merci grand père !)
→ MENSONGES : 453

†


MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Mer 19 Sep 2018 - 17:40

Contrairement aux apparences, l’hérésie entendait plus que quiconque les signaux envoyés par son propre corps. Il entendait les battements irréguliers de son cœur, le craquellement de sa plèvre à chaque mouvement respiratoire. C’était toute une symphonie intérieure. Quand le médium lui demande de marcher, il ne pense pas que son corps puisse y arriver. Les tremblements de celui-ci, la sueur qui perle à travers ses pores. Tant de signaux de détresses qu’il avait appris à prendre au sérieux. Pourtant, il devait se lever, à défaut de mieux. Il était si vide, à l’intérieur de lui tout ne pouvait que faire écho dans le creux. Le jeune homme ne pouvait qu’entendre le moindre bruit dans le désert de ses pensées, émotions, volontés… Il se laissa donc verticalisé, la hauteur donne la nausée. Son regard se perd un instant, loin de toute lumière et des étoiles. Le médium à ses côté était particulièrement en bonne forme physique, nul doute qu’il pourrait le transporter s’il le voulait. Mais Amadeo ne serait qu’une chose encombrante sur son épaule. Demeurait une question en suspend : pourquoi ? Il n’est pas dupe. Le manque d’émotions, de sensibilité, de convention sociale, ne lui ôtait cependant pas toute intelligence. Son estomac vide de contenu ne rendit rien. Le gamin leva les yeux vers ce ciel. Encore une fois, il ne sait où elle se trouve toute cette beauté. Elle pourrait pleuvoir sur lui, il y gagnerait. Il sent le corps de l’étranger le soutenir, il se sent même contre lui, de tout son flanc. Il se crispe un instant. Le contact avec les autres lui avaient toujours procuré mauvaise sensation. Vulnérable, il se sentait toujours envahis par ce qui ne lui appartenait pas.

Le corps du médium, chaud et trop présent, ce n’était pas la seule chose qu’il ressentait. Il y avait également ses esprits qui autour d’eux tournoyaient. Amadeo finit par dénoncer leur intention. Ne doutant pas de la nature de l’autre et de sa capacité à constater. La réponse du médium étonna l’hérésie. Cet homme était une brute, il commençait à bien les reconnaitre. Pourtant, cette réflexion arracha un fin sourire à celui qui ne ressentait que si peu de chose. La proximité avec la mort le rendait-il plus sensible à ses semblants d’émotions ? Quoi qu’il en soit, cet amusement passager lui donna la force de marcher. Ce médium devait ignorer qu’il n’était pas bon de défier les esprits. A moins que celui-ci soit assez puissant pour se le permettre. Le sans abri ressentait un certain pouvoir se dégager de l’être magique à ses côtés. Ses yeux bleus fixant le ciel flouté par cette masse ectoplasmique, en vit une certaine quantité se dissiper. Les étoiles… « Elles sont toujours plus présentes l’été… » Simple constatation. Lui, n’y connaissait rien en astronomie, il ne savait pas même lire. Pourtant, il avait cette capacité d’observation, et rien n’est plus brut et évident que la science concrète. Les étoiles brillent d’avantage l’été. C’est un fait.

Il obéit, s’accroche, refermant ses doigts squelettiques autour de l’épaule de l’homme. Quelque chose le met mal à l’aise dans son propre geste. Le centre de soins, il y avait déjà mis les pieds plusieurs fois, la plupart ne veulent plus l’accueillir. Peut-être que la présence du médium changera la donne. Il n’est porté par aucun espoir, seule parle la volonté de son corps, celle de vivre. L’hérésie ne répondit pas, se concentrant pour faire un pas après l’autre. Il n’y avait pour ainsi dire personne d’autre dans la rue. Amadeo, entendit un miaulement provenir des poubelles. Chat de gouttières, mais contrairement à son ami à quatre pattes ; il ne disposait pas de neuf vies. Non, il n’avait d’ailleurs que la moitié d’une… Les lampadaires éclairaient leur chemin lugubre. Il senti le bras du médium se resserrer sur sa taille, de quoi l’aider à retrouver la volonté de se maintenir. Tout ce contact allait finir par le déstabiliser. L’homme à l’accent étranger se présenta. Amadeo n’aimait pas les questions. Alors il tendit sa main libre, elle est faible mais désigne une direction « C’est par là. » Il connaissait ce quartier comme sa poche après tout, il n’y avait pas grand-chose qui lui échappait, si ce n’était le nom des rues bien qu’il les connaisse. Il pourrait dresser des cartes à sa seule mémoire, à la brique près. Sa mémoire, un talent inexploité.

Alors qu’ils s’engageaient sur les pavés, sa voix ténébreuse et épuisée répondit enfin alors que les portes du centre sont à leur portée « Il s’appelle Amadeo. » Un nom qui n’a plus de sens à ses yeux. « Son nom n’a pas d’importance, comme cette vie que tu essaie de sauver. » Fataliste ? Non, il n’en était pas capable. Il n’était à son sujet que réaliste. Sa vie n’avait pas la moindre importance. Personne ne viendra le regretter. Personne à qui manquer. Il ne sera qu’une aberration de moins à ce monde déjà fou. Il n’y avait pas de tristesse dans sa voix, il ne demandait ni pitié, ni charité. Le jeune homme ne faisait qu’exposer des faits. C’était presque devenu sa spécialité. Mettre des mots, les plus froids, sur ce qui devrait faire trembler l’humanité. La mort. Fléau de tout temps. Il ne l’avait jamais vu comme une ennemie, mais comme l’issue inévitable de sa non vie. « Tu es médium. » Encore un constat. « Tu peux voir ce qu’il est, tu peux voir pourquoi personne ne peut le tolérer. Tu dois ressentir les raisons qui les poussent à le fuir, mais il doit y avoir une raison pour ne pas le laisser mourir. » Mais laquelle ? Il le saura bien assez tôt.

Quand la porte s’ouvrit. Une odeur de sang, de crasse, de pourriture les assaillit. Les regards de l’hérésie plongea sur le sol, incapable de supporter tous ces mouvements, ces regards qui se dirigent vers lui. Il se sentait touché par leur yeux, vu, exposé en pleine lumière, lui la créature de l’ombre. L’infirmière d’orientation dans son bocal soupire, ouvre avec flegme la petite trappe qui leur permettra de communiquer. « Bonsoir, qu’est-ce qu’on a là ? Est-ce que l’on a une assurance santé ? » Grognait-elle, c’était beau de rêver d’avoir enfin quelqu’un en règle dans cette baraque. C’est là qu’Amadeo prit l’étrange initiative de prendre la parole. « C’est chaud… » Quelque chose de chaud lui imprégnait le torse… Avec cette petite balade, ses points de suture avaient fini par lâché, relâchant un flux de sang purulent qui imbibait son vêtement et entachait désormais le sol. Il eut ce sourire magnifique bien qu’un peu fou, comme purement heureux de sentir quelque chose… Cette chaleur, c’était si agréable. C’était la douce chaleur de la vie…

_________________
Crise existentielle❞
Je rêve que je peux sourire à nouveau, je me réveille en larmes.
Tu sais, quand quelqu’un sort un truc vraiment drôle, un truc qui arrive à me fait rire, je me retourne pour voir si ça te fait rire aussi, même si tu n'es plus là, à chaque fois...
(icon sunkiss./code northern lights.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t621-the-resurrectionist-or-an-existential-crisis http://dmthbegins.forumactif.org/t1424-contenu-d-une-coquille-vide-amadeo-gallen-kallela http://dmthbegins.forumactif.org/t639-stomachaches
avatar
→ ORDRE CLANIQUE : La Guilde
→ NUISANCE DEPUIS : 34 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Regard pénitent, maîtrise des armes blanches, occlumancie, lecture des auras et, plus rarement, conversations avec les esprits et compétences restantes de voleur.
→ TROMPE L'ENNUI : Détective privé
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Solitaire ▫ Malin, certains le disent calculateur ▫ Méthodique, voire maniaque ▫ Discret ▫ Courageux ▫ Droit ▫ Impulsif ▫ Méfiant ▫ Sans pitié


→ AVATAR : Max Riemelt
→ MENSONGES : 483

†


MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Lun 1 Oct 2018 - 23:01

Ombres des rues, murmures des secrets
Amadeo & Maximilian


Une inspiration. Une expiration. Le rythme était régulier et lent. Trop lent à mon goût à vrai dire. Dans les rues désertes du quartier de Brightside, seuls quelques esprits s’attardaient encore sur nos silhouettes voûtées. L’agonie de l’hérésie les captivait, rongeait leur avidité et dévorait leurs âmes qui rêvaient de pouvoir s’offrir le tourment de cette coquille si vide que je me trimballais. Cependant, ils se tapissaient maintenant dans l’obscurité de sombres impasses, à l’abri d’une benne ou sous un porche mal éclairé. Plus que leurs expressions carnassières, l’énergie malsaine qu’il en émanait me prouvait que les cauchemars risquaient de tapisser mes nuits d’insomnie pendant quelques temps pour avoir osé l’insolence. Je m’en foutais, je ne les craignais pas. Ils m’avaient déjà pris tout ce qui avait vraiment importé. Sournoise, la sensation de perte revînt, encore plus criante que lorsque je leur avais fait face dans la ruelle, les avais interpelés et envoyés paître… Le deuil était une connerie de psychanalyste à deux balles. Des étapes à franchir selon eux, comme on en collait aux camés et aux alcooliques, et pourquoi ? Pour faire croire aux imbéciles qu’on pouvait accepter alors que, la vérité était que le deuil ne finissait jamais. Pas plus que la rage qui bouillonnait lorsqu’on ne pouvait même pas faire justice. Faire payer.

Ma mâchoire se serra à cette conclusion révoltante et je sus que je devais me contenter de laisser le fil de mes pensées reprendre, sans plus m’attarder sur ses images passées qui venaient me hanter telles le spectre de souvenirs douloureux. Le béton au sol faisait légèrement retentir nos pas, je me concentrai sur leur cadence discrète mais lourde. En y réfléchissant bien, c’était une chance que cette abomination ne ressente que dalle... Ainsi, elle pouvait au moins faire sa part d’efforts, même si je sentais peser à travers son étreinte cette blessure profonde qui l’envoyait chaque seconde un peu plus dans les bras de la Faucheuse. Fichue amie commune. La simple sensation de ses doigts fins plantés dans mon épaule me soulevait le cœur mais je n’en fis rien. Ses griffes pouvaient bien m’agripper, c’est ce que je souhaitais au final, qu’il s’accroche suffisamment à la vie pour avoir quelque chose à m’offrir.

Bientôt, un miaulement nous parvint et je sentis le regard du jeune homme se vriller vers l’animal. En voilà un avec qui il devait bien s’entendre vu la bâtardise que ses yeux avaient trahie plus tôt ! La boule de poils dut sentir la tension entre nous : un feulement plus tard elle donnait un élan pour sauter de son observatoire et se faufilait entre les poubelles avant de disparaître dans l’obscurité. Les réverbères n’éclairaient que notre route, pas les chemins de traverse.

Et dire que j’avais été assez con pour tenter une approche classique... Pour seule réponse, une main qui se leva faiblement, presque tremblante, pour me désigner l’endroit vers lequel conduire son enveloppe en voie d’extinction. Je savais être dur en songeant ainsi à cet être que je soutenais sans peine vu sa pauvre carcasse, mais cette réflexion n’en restait pas moins terriblement vraie. Je suivis son indication sans un mot de plus, parcourant les pavés d’une foulée que j’essayais de maintenir régulière malgré le poids toujours plus lourd qui scindait mon flanc. Remarquait-il que sa chair tailladée criait à l’outrage et ne demandait plus qu’une chose, l’abdication ? Mon visage se ferma. Je refusais que tout ce cinéma ne serve à rien, que supporter cette proximité dérangeante n’ait été qu’une putain de tentative vouée au fiasco. Je ne tolérais pas l’échec. Alors quand il avoua enfin un prénom avant d’afficher un pragmatisme qui me surprit, je pestai intérieurement. Il avait beau afficher un réalisme qui me plaisait, émanant d’une créature telle que lui, cela me laissait un goût amer. Les hérésies pouvaient bien être des anomalies, leur condition n’en demeurait pas moins un fait irrévocable : quoiqu’on pense de leur existence.

▬ Toute vie a une importance, grinçai-je sans desserrer la mâchoire.  ▬ Même pour ceux comme toi.

L’affirmation m’écorcha la langue, elle fut dite avec tant de rudesse qu’elle parut être crachée à la face du monde. Elle avait beau être sincère, l’entendre résonner tout haut à travers les sonorités graves de ma voix avait quelque chose de dérangeant, d’inacceptable. Les créatures avaient ce don particulier, propre à leurs espèces hybrides, de réveiller cette animosité qui me bouffait de l’intérieur. C’était viscéral, inexplicable et cela remontait à aussi loin que je m’en souvienne. Si ma mère avait eu cette tolérance passive, elle nous avait quittés trop tôt pour que sa morale se fasse mienne : ce vide avait fini par être comblé par la méfiance, puis la défiance. Désormais, c’était à travers ce prisme que je contemplais l’univers du Secret : les humains d’un côté, les créatures de l’autre. Une binarité qui me convenait, même si je la savais réductrice. Peut-être était-ce pour cette raison que ma vie se résumait à des exceptions qui confirmaient la règle… Tout était bien plus simple ainsi.

Simple comme cette nouvelle constatation qu’il posa comme un cheveu sur la soupe. Décidément, avec de telles banalités, ce gamin n’avait clairement pas inventé le fil à couper le beurre. Et pourtant, ce qui suivit sonna avec une telle justesse que c’en était presque aussi douloureux dans sa bouche qu’une craie crissant sur un tableau noir. Il était cette étendue sombre et marquée par l’absence et faisait courir dans son esprit imparfait ce qui devait être l’histoire de sa vie si j’en croyais l’endroit où je l’avais trouvé, si j’en croyais ses vêtements sales et sa mine dépouillée de tout stigmate de bonheur. Pas une ridule au coin des yeux, pas une non plus au coin des lèvres. C’était leur fardeau. Mia paraissait tellement vivante à côté de lui… Je rejetai l’image de la jeune femme que je connaissais depuis l’enfance et pour laquelle la Guilde avait tant fait, elle était mon exception.

▬ Il y a une raison à tout dans ce monde, tu dois le savoir encore mieux que moi.

Une observation. Une déduction tout au plus. Le moment n’était pas encore venu d’abattre mes cartes même s’il aurait été bien aisé de lui tirer les vers du nez là avant de l’abandonner entre deux piles de déchets stockés dans une impasse infréquentable. Seulement, je pouvais être bien des choses, mais ce code d’honneur tacite que nous respections m’empêchait de tomber dans de telles bassesses. Peut-être était-ce aussi un brin de moral… D’un petit soupir amusé dont je ne me rendis pas compte, je balayai toutes ces pensées qui se bousculaient au portillon. Non. Vraiment. Rien ne servait de s’appesantir sur les raisons, seul le résultat importait.

Enfin, les portes du centre furent devant nous et, avec son élan, elles nous précipitèrent dans un lieu dont j’étais certain que la faucheuse devait être fière. Ici, on ne soignait pas : on réparait avec les moyens du bord. Une grimace atroce dut déchirer mon visage alors que je sentis l’hérésie se recroqueviller sur lui-même. Sans attendre le moindre accord, je l’entraînai presque à contrecœur dans ce bourbier qui puait la pauvreté et la mort. Toute cloisonnée dans sa baraque de verre, l’infirmière paraissait lasse et désabusée. Son grognement faillit me faire pester : c’était bien un truc d’amerloque de penser fric dans pareille situation. On pouvait bien connaître le fonctionnement du système de santé par ici, le voir par soi-même était toujours un moment d’anthologie pour un européen. La GKV n’était peut-être pas d’une perfection irréprochable, mais au moins on ne vous laissait pas crever la bouche ouverte en vous demandant votre carte de mutuelle.

Cette histoire allait me coûter un bras… J’allai soupirer, prévoyant d’annoncer que je l’avais trouvé comme ça et priant pour qu’ils acceptent une caution de ma part comme cela se faisait régulièrement dans les hôpitaux de ce pays, quand une voix que je n’attendais plus monta à mes côtés. L’annonce jointe à la vision du sang qui tâchait ses vêtements et s’écoulait dans un goutte à goutte morbide me crispa encore davantage. L’infirmière se leva légèrement de son siège, soupira derrière sa vitre et la colère monta d’une traite.

▬ Scheiße…  [Merde… ] lâchai-je plus pour moi-même que pour quiconque autour, avant de relever le visage pour constater avec incrédulité que rien n’avait bougé d’un iota. ▬ Vous comptez faire quelque chose ou vous allez le laisser crever ?! râlai-je à la fois désabusé et véhément du peu de jugeote du personnel.

Ils avaient des obligations. Un minimum… Comme ne pas laisser mourir un patient, du moins je l’espérais franchement. Pour les frais non payés, tous savaient que c’était monnaie courante par ici : les assurances de l’institution paieraient ou même moi s’il le fallait pour éviter qu’il ne me claque entre les doigts. L’indic’ le plus cher au monde, songeai-je dans une raillerie interne tandis qu’enfin la femme commençait à prendre la mesure de l’urgence même si elle ne bougeait pas. Furieux, je glissai ma main libre dans ma veste et claquai une carte bancaire devant sa foutue trappe.

▬ Ça vous suffit ? assénai-je dans une rage froide et contenue que mes traits ne laissaient pas filtrer.

▬ Mais... parut-elle prise au dépourvu. Vous vous occupez de celui-là ? lança finalement l’infirmière à l’attention de deux collègues dont les cernes ancrés prouvaient les heures passées dans cet succursale de l’enfer. Lamentable.

Je sens que toi et moi on va s’aimer, pestai-je en serrant les dents et en resserrant mon emprise sur la créature que je sentais faiblir au fur et à mesure que le fluide vital quittait son corps pour venir tapisser le carrelage sale devant la réception. Enfin, une des deux collègues s’approcha et me fit signe de la suivre. Je la gratifiai d’un hochement de tête. Un brancard dont on devinait la rouille aux jointures métalliques de l’armature sommaire était posté comme un ultime support où mettre les marins échoués. C’était mieux que rien.

▬ Je l’ai trouvé comme ça, quelques rues plus loin. Plaie à l’arme blanche… Je crois, m’empressai-je d’ajouter pour atténuer l’intonation catégorique de ma voix tout en poussant doucement l’hérésie contre la table d’examen de fortune. ▬ Elle va t’aider, laisse-toi faire… lui intimai-je d’un ton plus doux pour apaiser cette tension que je percevais dans ses doigts toujours agrippés à mon épaule.

Comme si elle venait à peine de remarquer mon accent, la femme en blanc me dévisagea un instant. Je soutins son regard sans faillir, que pensait-elle : encore un abruti de touriste étranger qui nous ramène les bestiaux qui auraient dû y passer dans le fossé ? Ou peut-être doutait-elle de ma version ? Quelle que soit la conclusion à laquelle elle arriva, elle me fit bientôt signe de m’éloigner.

Quelques pas en arrière, m’effacer dans un coin était tout ce à quoi je consentis tandis qu’elle s’activait pour mettre à jour la plaie purulente. Je baissai les yeux un instant et je me souvins alors du chat. Cette bestiole tigrée qui était apparue alors que nous nous dirigions vers la clinique. Les étroites fentes de ses pupilles me revinrent en mémoire, mon songe à propos des chemins de traverse également… Relevant le regard vers la silhouette de l’hérésie qu’on allongeait sans perdre de temps sur la première table de soins libre dans une salle bondée où se mêlaient les relents d’alcool médical et effluves de vomissements de viande saoule, j’imaginais un instant les détours que cette erreur de la nature avait dû emprunter pour réussir à perdurer jusqu’ici… Jusqu’à ce croisement qui aurait pu lui être fatal et qui avait vu le destin lui offrir une nouvelle chance.






_________________
Einigkeit, Recht und Freiheit
“Le bourreau porte généralement un masque : celui de la justice.” - Stanislaw Jerzy Lec -
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t3283-maximilian-l-schimmel-bourreau-pour-la-guilde http://dmthbegins.http://dmthbegins.forumactif.org/t3300-maximilian-l-schimmel-inventaire http://dmthbegins.forumactif.org/t3287-maximilian-l-schimmel-le-bourreau-porte-generalement-un-masque-celui-de-la-justice http://dmthbegins.forumactif.org/f38-carnet-de-bord
avatar
WEIRDO.

Mr Cat eyed


→ ORDRE CLANIQUE : Solitaire
→ NUISANCE DEPUIS : 24 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Ligné de Circé. Son œil se transforme en œil de félin lui offrant les capacités visuelles d'un chat (vision nocturne, vision fine jusqu'à vingt mètres, mesure précise des distances et champ visuel à 280°), cela lui donne un visage effrayant. Perception des auras. Communication avec les esprits. Résistance physique.
→ ERRANCE : SDF de Brightside, chez Jeanne, chez Amalia,, à droite et gauche...
→ TROMPE L'ENNUI : Cambrioleur de frigo, pickpocket, mendiant
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Particulièrement perturbé, souffre de symptomes de troubles autistiques


→ AVATAR : Andy Biersack
→ CREDITS : LEV (merci grand père !)
→ MENSONGES : 453

†


MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Lun 8 Oct 2018 - 17:36

La nature humaine est constituée de tant d’émotions, de sentiments et de sensations. Un réel fouillis qu’eux même ne peuvent toujours comprendre et démêler. Dans ce sac de nœuds se trouvait la compassion, le besoin de rassurer l’autre de ses peurs, de sa douleur. L‘hérésie y était étranger à ce principe. Il ne ressentait, ni ne recevait compassion. Pourtant, les mots du médium y avaient étrangement ressemblé. Chaque vie avait une importance, même la sienne. Amadeo ignorait si cela était la vérité, si cela était une pensée sincère. Il ne connaissait rien de la sincérité. Tant d’inconnu dans une vie de néant. Pourtant Amadeo avait bien quelques certitudes.
Il savait qu’il avait choisi de la vivre, alors qu’il était si simple de mourir.
Bien sur qu’il aurait pu être tenté, mais il y a ce chemin qu’il a pavé.
A sa manière, il a refusé de répondre à ses tombes qui tentent d’appeler ses os.

Son chemin semblait cependant arriver à sa fin. Ses pas ne le conduisaient plus à rien. Ce centre de soins lui semblait aussi accueillant qu’une cours de justice. Le Soutenait son avocat. Avocat du diable, qui comme il l’avait précisé : il y a une raison à tout. Il y a un prix à tout. Devoir sa vie à quelqu’un, c’était de loin ce qu’il y avait de plus cher. L’hérésie ne l’ignorera pas. Amadeo laissait l’homme se charger de converser avec l’infirmière d’accueil dont les cernes prouvaient la dureté de son métier. L’hérésie se laissait envahir par cette sensation de chaleur qui lui envahissait l’abdomen. L’agréable douceur d’une hémorragie. Au revoir la vie…

Un sourire sur ses lèvres, un de ses légers qui montre que l’on a accepté, bien comprit.
Ici, tout est bientôt fini.

Il sentait que sa tête pesait de plus en plus lourd. Il ne perdait pas cet air serein, comme s’il avait toujours été prêt pour ce lugubre jour. Son corps l’abandonnait progressivement, s’affaissant sur l’appui du médium en figure de sauveur. Amadeo n’avait plus la lucidité de dire un mot, pourtant, la compassion vint à lui… L’envie de lui dire qu’il n’avait pas peur. Une vérité si douce qu’elle réconforterait leur cœur. A celui qui l’avait trainé ici, mais aussi ceux qui désormais avaient entre leurs mains sa vie. Allongé, il regarde le néon irradier au dessus de sa tête sa lumière funeste. La simple position horizontale calma le flux de sang qui s’échappait de sa plaie infectée. Ses yeux quittèrent le néant de son étrange zenitude quand il sentit des mains étrangères se poser sur lui. Sa main toujours sur l’épaule du médium qui l’incitait au calme et la passibilité. Pourtant, il n’a jamais accepté que l’on puisse le toucher, le regarder… Et dans cette situation dans le moindre contrôle, Amadeo  se terra au fond ses yeux du germanique. Impensable refuge.

C’est à peine s’il sentit la pression du garrot autour de son bras, ni l’aiguille qui cherche une veine. La perfusion branchée, on envoyait dans son sang une solution salée. Antibiotiques à haute dose dans la foulée. Une main sur son plaie pour la comprimer. Doucement, il voit le médium reculer, s’effacer. L’hérésie se laissa faire dans la plus grande docilité. Il n’écoutait pas ses inconnus qui décidèrent de le transfuser pendant qu’une infirmière apostrophe le médecin pour contenir cette hémorragie. Transféré sur une table, le médecin prit un air grave. Cet état était trop alarmant pour le transférer dans un véritable hôpital. Tout allait se jouer ici. Ils affairaient autour de cette vie qu’aucun n’avait véritablement envie de secourir. Il était si tentant de le laisser mourir. Son aura faiblissant les aidait à se concentrer sur leur travail et non pas sur ce que cette créature leur faisait naturellement ressentir. Soigner dans l’égalité. Criminel, innocent, homme, femme, enfant, riche, pauvre, fou ou génie.

Cela dura une éternité. Pour celui qui patientait. Pour ceux qui soignaient. Puis enfin, l’électrocardiogramme s’est stabilisé. Les prochaines heures allaient cependant tout déterminer. L’hérésie les yeux entrouverts ne voyait que des tâches blanches et jaunes remuer inlassablement. Une éponge humide, un compliment chuchoté. Courageux ? Pourquoi ? Probablement parce qu’il n’avait pas bronché une seule seconde, pas d’anesthésie, pas le temps pour la morphine et risquer une mauvaise réaction. Tout avait été fait à vif et pourtant, il n’avait pas froncé un sourcil.

Puis ce fut le retour à la solitude. N’ayant pour berceuse qu’un son d’automate au rythme de ses pulsations cardiaques. Son sourire s’était dissipé depuis bien longtemps. Désormais, ne restait que le froid. Dans son environnement flou, il distingue cette aura orangée. Le médium a gagné.

Après s’être assoupi, son esprit avait profité de ce long répit. Il n’avait aucune idée de savoir le temps qui lui avait échappé pendant qu’il dormait. Les bruits autour de lui ne lui plaisaient, cette odeur de médecine et de maladie le dérangeait. Insensible à la douleur, ce maigre repos semblait dans son idée lui avoir suffit. D’abord en position assise, sa conscience vacille. Il s’accrocha cependant, un premier pied rencontre le sol. Quelque chose le dérangeait plus que tout dans cette situation, mais son corps étrangement alourdi peine à lui envoyer le message. Il se leva. Quelques pas plus tard, la perfusion arrachée laissé sur le pied. Les appareils se mirent à sonner quand les électrodes se sont décollées. Il accède le hall, sans savoir ce qu’il va y trouver. Malheureusement cette blouse hospitalière ne cache pas ses arrières. Aux yeux des infirmières, c’était loin de leur déplaire… L’une d’elle fini malgré tout par réagir et l’interpeller, réveillant la vigilance de la salle d’attente qui croirait voir passer un fantôme au joli fessier. Lui était à la recherche d’une aura orangée, et lorsqu’il l’eut trouvé, ses pensées se sont éclaircies. « Il a faim. » La notion d’être à jeun pour des raisons médicales lui échappait complètement, d’autant plus que le fait de ne pas manger s’apparentait à de la torture. Les fils de suture flambant neuf sur son thorax avaient au moins le mérite d’être solides bien qu’ils laisseront une immonde cicatrice. Il ignorait qu’il était là depuis presque un jour, formant un trou dans le portefeuille de l’enquêteur. Son sang maudit le suivait à la trace, gouttant cette fois de son bras, une veine béante qui se colmatait péniblement en raison des anticoagulants qu’on lui avait généreusement administré. Il resta près du médium, il n’a pas oublié ce qu’il lui devait.

HRP : désolé cette réponse est moisie :gni:

_________________
Crise existentielle❞
Je rêve que je peux sourire à nouveau, je me réveille en larmes.
Tu sais, quand quelqu’un sort un truc vraiment drôle, un truc qui arrive à me fait rire, je me retourne pour voir si ça te fait rire aussi, même si tu n'es plus là, à chaque fois...
(icon sunkiss./code northern lights.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t621-the-resurrectionist-or-an-existential-crisis http://dmthbegins.forumactif.org/t1424-contenu-d-une-coquille-vide-amadeo-gallen-kallela http://dmthbegins.forumactif.org/t639-stomachaches
avatar
→ ORDRE CLANIQUE : La Guilde
→ NUISANCE DEPUIS : 34 ans
→ SOUS L'EMPRISE DE : Regard pénitent, maîtrise des armes blanches, occlumancie, lecture des auras et, plus rarement, conversations avec les esprits et compétences restantes de voleur.
→ TROMPE L'ENNUI : Détective privé
→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Solitaire ▫ Malin, certains le disent calculateur ▫ Méthodique, voire maniaque ▫ Discret ▫ Courageux ▫ Droit ▫ Impulsif ▫ Méfiant ▫ Sans pitié


→ AVATAR : Max Riemelt
→ MENSONGES : 483

†


MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Mer 17 Oct 2018 - 3:15

Ombres des rues, murmures des secrets
Amadeo & Maximilian


Je détestais les hôpitaux. C’était une vérité, simple et nette. Qui appréciait de s’y trouver de toute manière ? Ceux qui y entraient n’étaient jamais sûrs d’en ressortir autrement que les pieds devant. Ceux qui y travaillaient pouvaient bien aimer leur boulot que cela n’empêchait pas l’atmosphère lourde du lieu d’emplir leurs âmes d’une douleur empathique. Elle finissait par les ronger intérieurement, ne laissant que ces coquilles vides qui déambulaient dans les couloirs en répétant des gestes mécaniques, quand des paroles froides ne s’y mêlaient pas. Pourtant, les soignants poursuivaient leurs rondes. Ritournelles incessantes dans cette pseudo salle d’attente dans laquelle je m’étais installé. Les blouses blanches défilaient, un masque d’indifférence sur leurs visages.

Les heures avaient passé depuis mon arrivée ici. La carcasse de l’hérésie avait fini sur une table d’examen digne de ce nom, où les médecins et infirmières s’étaient affairés comme mille fourmis autour d’une construction défaillante. S’ils savaient à quel point cet être l’était… Défaillant. Au lieu de quoi, ils gaspillaient leur énergie pour sauver une vie non seulement imparfaite mais incomplète. Un fragment d’âme : rien de plus, rien de moins. Alors pourquoi m’avait-il laissé cette foutue impression de se raccrocher à quelque chose lorsque des mains inconnues étaient venues torturer son corps indolent ? Son regard auparavant si inhumain avait reflété un court instant une douceur étrange. On disait les pupilles être le miroir de l’âme et je ne pouvais qu’admettre que l’espace d’une seconde j’avais cru déceler l’éclat qui constituait la sienne.

Un simple effet de lumière, les néons trop forts me gratifiaient d’une persistance rétinienne à la con… Ça ne pouvait qu’être cela. Du moins, c’est ce que je me plaisais à croire. Il était plus facile de s’accrocher à un manque d’humanité que de l’y apercevoir alors même qu’il était peut-être en train de quitter définitivement ce corps et ce monde pour s’abandonner au néant. A quoi cela ressemblait d’ailleurs ? Ce vide immense, cet abîme assassin. Ces demi-esprits brisés trouvaient-ils une moitié à rejoindre ou disparaissaient-ils à l’instant même où l’univers les rejetait dans l’oubli ? Tant de questions, si peu de réponses.

Sans doute m’avaient-ils oublié autant que j’avais omis toute la scène, détourné les yeux et laissé mes réflexions divaguer tel l’écume flottant à la surface de la houle. Je survolais le spectacle, non pas par gêne ou dégoût mais dans une sorte de respect solennel que n’importe qui aurait jugé suranné. Ma place était ici, dans ce coin froid et esseulé où je pouvais percevoir les mouvements secs et précis de l’équipe qui s’acharnait à garder ce gosse dans le monde des vivants. J’entendis tout, les instructions nerveuses du médecin, le claquement métallique du plateau qu’une infirmière cogna dans le chariot en attrapant rapidement une seringue, un compliment, un juron aussi… Tout s’enchaînait dans un bordel méthodique qui contrastait avec le calme qui caractérisait ma silhouette solitaire. Statue dans l’ombre, mon immobilité prit place à l’écart : simple observateur qui attendait de savoir si sa B.A. allait se révéler fructueuse ou si je devrais accepter l’échec cuisant d’un sauvetage intéressé. Dans un tic nerveux que je ne parvenais à corriger, mes bras s’étaient croisés pendant qu’une main passée dans un repli de ma veste détaillait du bout des doigts les reliefs des gravures d’un poignard. Aucune envie de meurtre là-dedans, pas même un regret de n’avoir pas abrégé cette sottise plus tôt, il demeurait néanmoins le besoin impérieux de m’évader de cette succursale de l’au-delà où voletaient des esprits troubles en me raccrochant à la seule chose qui me rappelait mes racines et ravivait le goût amer du doute qui planerait tant que ma mission ne serait pas remplie.

Bientôt, le bruit anarchique d’un monitoring au tracé désordonné me sortit de ma transe. Nul besoin d’être toubib pour comprendre que cela n’était pas bon, pas bon du tout. Mes traits se crispèrent : je n’aurais rien dû en avoir à paître. La vie, la mort… Ça venait, ça partait dans une danse macabre qui se terminait toujours invariablement par des noces funèbres avec la Faucheuse. Pourtant, aussi brutalement que les battements saccadés m’avaient sorti de mes pensées je me retrouvai à nouveau à le fixer ce corps désormais trop abîmé pour bouger. Les paupières closes, il semblait presque paisible. Comme une réponse, les sonorités criardes de l’appareil se firent plus lentes et régulières. Un sourire vînt naître au coin de mes lèvres. Visiblement, je lui avais obtenu une prolongation de ce sursis sur le compte duquel nous vivions tous.  

C’était à ce moment que l’infirmière qui m’avait dévisagé plus tôt avait paru se souvenir de ma présence. Elle m’éloigna en m’expliquant les détails, des précisions médicales dont je n’avais aucunement besoin et dont j’étais certain qu’il était même illégal qu’elle me les divulgue. Toutefois, que pouvaient-ils faire dans les clous dans un endroit pareil, entre junkies et estropiés des guerres de gang…

▬ Bien bien… me souvins-je avoir esquissé d’un air distrait sans plus vraiment écouter ce qu’elle me racontait.

Elle avait poursuivi, tout en me raccompagnant vers le hall et je n’avais pas résisté. La jeune femme déblatéra pendant un instant encore, ses hypothèses quant à l’origine de la blessure du misérable que je leur avais déposé pouvaient être aussi justes qu’infondées. Cela n’avait pas d’importance d’ailleurs. Après tout il n’y avait aucun besoin d’histoires glauques de trafic ou de criminalité pour que l’envie de faire la peau à une hérésie surgisse.  

▬ On va le garder en observation le temps nécessaire.

▬ Combien ?

▬ Je ne saurais dire… Un j…

▬ Non. Combien pour les soins ?

Sur son visage, je vis passer la surprise. J’étais un homme droit et je paierai.

Quel con je faisais. Dans un soupir rieur, je laissai ma silhouette désabusée s’effondrer en avant sur cette foutue chaise au dossier trouée qui me servait d’assise depuis trop longtemps. Les coudes sur les genoux, penché en avant à balayer des yeux le carrelage sale, je me demandai comment j’avais fait pour être un tel imbécile et décidé de me charger de cette créature bâtarde qui se reposait non loin de là. Je n’avais jamais eu de chat ni de clebs… Alors pourquoi fallait-il que j’en ramasse dans le caniveau... Ouais, j’aurais dû adopter une bestiole : cela aurait été bien moins coûteux que cette mascarade, sauf si elle finissait par se révéler vraiment utile.

Aux dernières nouvelles, l’hérésie se complaisait dans son petit coma salvateur pendant que j’avais lutté contre un demi-sommeil dans ce hall bien trop passant. Être Chasseur avait des avantages, comme celui d’être entraîné à pouvoir encaisser des heures d’éveil sans broncher, même si j’aurais avoué qu’une petite exécution à la fin de cette attente interminable aurait été ma plus belle récompense. Raté ! Il me le fallait en vie. En vie et conscient de surcroît ! Seulement, on m’avait assuré de la réussite de l’affaire. Hors de danger m’avait confirmé la demoiselle blonde avant de promettre de venir me chercher quand Amadeo reviendrait enfin à lui. Depuis, rien d’autre que l’attente n’avait suivi. Ma carte bancaire avait, elle, parfaitement été débitée . Déséquilibre flagrant.  

Alors, histoire d’éviter de laisser filer mon investissement en m’octroyant une nuit de sommeil à l’hôtel en attendant que mon nouvel indic fraîchement recruté daigne ouvrir ses jolies mirettes, je m’étais planté là en jurant en silence. Bien sûr, les allers-retours vers le distributeur m’aidaient à ne pas m’enraciner, autant que mes virées aux toilettes dans un état passable me permettaient de ne pas avoir droit à une consultation en urgence en psychiatrie avec pour mention exquise « parle dans le vide »… Je détestai les hôpitaux. Vraiment.

Je contemplai encore cette lassitude qui filtrait dans les plis sombres des blouses blanches quand la voix surprise d’une d’entre elles me tira de ma rêverie monotone. Aucun bruit, aucune ombre, juste une silhouette qui filait dans une grâce féline sur le carrelage froid du hall. Putain de merde… Qu’est-ce qu’il foutait encore ?

Redressé dans un seul mouvement rapide, je faisais face au jeune hérésie avant même que les infirmières n’aient eu le temps de se précipiter pour le reconduire. Rapide coup d’œil pour l’évaluer, il était en état de parler : enfin une nouvelle qui allait pouvoir éclairer cette journée de merde ! Alors, quand il me balança qu’il avait un creux, je crus que j’allai le frapper avant de lâcher un rire sonore désabusé. Purée, j’avais vraiment besoin de sommeil.

▬ Bien sûr, bien sûr… fis-je en tendant une main vers son avant-bras pour le saisir doucement, tandis que deux infirmières s’approchaient déjà pour le reconduire d’où il venait.

Lorsqu’elles furent arrivées à notre niveau, j’ajoutai :

▬ Mais je crois qu’elles ont encore des examens à te faire passer, n’est-ce pas ? tentai-je plus à l’attention du personnel que d’Amadeo.

Rapidement, la soignante attrapa une compresse pour la plaquer sur la source du saignement. Arracher une perfusion… Pourquoi cela ne me surprenait pas devant de cet être sans conscience de lui-même ?

▬ En réalité, on attend le résultat d’analyses et le médecin devrait encore passer l’examiner maintenant qu’il est réveillé. Elle hésita avant de terminer : ▬ Après, il pourra s’en aller.

Mon air surpris me valut une moue embêtée. Il n’était pas nécessaire que cette femme s’étende davantage : son regard balayant la salle d’attente pleine et les portes de l’accueil qui s’ouvraient sans cesse sur une nuit ivre suffisait à me faire comprendre qu’ici on remettait sur pieds, on ne soignait pas.

▬ Dans ce cas, je le raccompagne, lui lançai-je, elle s’apprêtait à répliquer mais je ne lui en laissai pas le temps. ▬ Et on attendra le médecin.

Mon ton à la fois autoritaire et rassurant dut lui suffire, ou peut-être était-ce le sourire charmeur qui s’y joint l’espace d’un instant. Essayant de guider le malade, je gardai ma main agrippée sur son bras pour le reconduire jusqu’à ce box dans lequel on l’avait parqué avant de le forcer  à s’asseoir au bord du lit médicalisé sans âge. Dans notre sillage, l’infirmière nous avait suivis pour faire taire les appareils après avoir ramassé l’aiguille saillante sur le sol. Elle disparut ensuite au bénéfice d’un cri rauque dans le hall. Et dire que sa nuit ne faisait que commencer.

▬ Comment tu te sens ?

Appelai-je réellement une réponse ? Non. Je continuai donc, tout en sortant une barre énergétique de ma poche. Je détestai ces cochonneries mais c’était le seul truc que cette machine avait bien voulu cracher lors de ma dernière tentative de la faire obtempérer. Je la tendis à Amadeo, comme un gage supplémentaire.

▬ Tu es en vie… On dirait que j’ai bien fait de parier sur toi…

La mélodie de ma voix avait vu percer un petit rire. Comme si la situation avait quoi que ce soit d’amusant… D’une certaine manière, elle était plutôt cocasse : j’étais venu dans ce secteur pour mettre la main sur une âme en détresse et j’en avais trouvé une… Certes, ce n’était pas celle que j’espérais, mais l’hérésie ne le savait pas malgré cette lueur intelligente qui brillait dans son regard. Elle me paraissait trop futée pour gober le sketch du bon samaritain, elle devait d’ores et déjà compter ses deniers et douter qu’elle devrait payer le prix de mon intervention. Car, si une chose était bien connue de tous ceux ayant vaqué dans des dédales de souffrance au point de se perdre, c’est que rien n’était jamais gratuit sur cette Terre. Tôt ou tard, vos dettes vous rattrapaient. Toujours.






_________________
Einigkeit, Recht und Freiheit
“Le bourreau porte généralement un masque : celui de la justice.” - Stanislaw Jerzy Lec -
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://dmthbegins.forumactif.org/t3283-maximilian-l-schimmel-bourreau-pour-la-guilde http://dmthbegins.http://dmthbegins.forumactif.org/t3300-maximilian-l-schimmel-inventaire http://dmthbegins.forumactif.org/t3287-maximilian-l-schimmel-le-bourreau-porte-generalement-un-masque-celui-de-la-justice http://dmthbegins.forumactif.org/f38-carnet-de-bord
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   

Revenir en haut Aller en bas
 

Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Les Ombres
» Defi pour futurs maires: les marches publics dans les rues
» tant que les secrets sont entre de bonnes mains [Sébastien]
» La realite des enfants des rues, article du Sun-Sentinel
» La vie a ses secrets! qui en connait le bout ? Néo-classique.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
DRAG ME TO HELL | Begins. ::  :: Brightside-