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 Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]

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→ SOUS L'EMPRISE DE : Regard pénitent, maîtrise des armes blanches, occlumancie, lecture des auras et, plus rarement, conversations avec les esprits et compétences restantes de voleur.
→ TROMPE L'ENNUI : Détective privé
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MessageSujet: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Lun 16 Juil 2018 - 1:25

Ombres des rues, murmures des secrets
Amadeo & Maximilian


Mon enquête en était au point mort. Mauvais jeu de mots vu les cadavres qui n’avaient cessé de s’amonceler au fil de ma progression. Plus je me sentais approcher de la vérité, plus elle m’échappait. La piste était si mince qu’elle ne donnait rien depuis plusieurs jours maintenant, si bien que j’en venais presque à pester de n’avoir pas eu l’occasion d’améliorer mes connaissances de traque. Dans la chasse, ce n’était pas de suivre les traces de l’animal qui m’intéressait. La finition était ce qui me procurait le plaisir du travail accompli, ce couperet justicier qui venait mettre fin à la tourmente et replaçait le Secret dans sa boîte de Pandore.

Les rues de certains quartiers de Bâton Rouge étaient suffisamment dangereuses pour qu’un meurtrier puisse se fondre dans la masse sombre, celle-là même qui comptait en son sein plus d’un criminel. Combien dealaient leur came entre deux immeubles à l’heure actuelle ? Combien faisaient bien pire ? Meurtrier… Si le terme ne m’avait jamais causé le moindre frisson, l’idée qu’il puisse s’associer au nom d’un Schimmel, à celui de Wolfgang, voyait ma mâchoire se raidir. Bien sûr, nous n’étions pas des enfants de chœur dans la famille, nous ne l’aurions jamais prétendu, mais nous ne tuions pas sans raison : nos gestes étaient précis, millimétrés. La frappe, chirurgicale. Pourtant, qu’allai-je en faire si mes hypothèses venaient à se confirmer ?

Secouant la tête, laissant s’évanouir les conclusions inavouables qui me venaient à l’esprit, je continuai à divaguer dans les allées toujours plus obscures. Cette zone de la ville n’était pas ce qu’elle semblait être. Son apparence banlieusarde dissimulait en réalité une criminalité à fleur de peau. En vérité, mes pas ne m’avaient pas conduit ici par hasard. J’avais besoin de trouver des informations… Et quand les preuves n’étaient pas légion, restaient les paroles : les voix des gens de la rue, ceux dont les silhouettes se détachaient à peine du bitume et des murs de brique tant ils avaient pour habitude de s’y adosser. Parfois même y vivaient-ils…

J’évitai consciemment les groupes. Rien ne servait de créer le moindre esclandre en me frottant à des voyous qui auraient les yeux plus gros que le ventre dès que je les aborderai, du moins s’ils ne me prenaient pas pour un flic en civil cherchant des informations avant. Dans les deux cas, je n’en obtiendrai rien de fiable et cela pourrait même se terminer par quelques ecchymoses… Non, ce qu’il me fallait, c’était trouver des solitaires… Des types paumés qui accepteraient de discuter parce que personne ne les abordait jamais. L’odeur de la pauvreté poussait les gens à les fuir, pour moi ils avaient toujours représenté une mine d’or. Être détective privé, c’était aussi cela : respecter une éthique où on ne passait pas par la violence pour obtenir quelque chose, tout du moins tant que cela n’était pas obligatoire. Les indics étaient là pour remplir ce rôle.

Cependant, nous n’étions pas sur mon terrain. En Allemagne, près de Berlin et alentours, nombreux étaient ces anonymes qui étaient mes yeux et mes oreilles. J’en avais même fidélisé certains dans des villes plus lointaines, là où de fréquents voyages de travail m’avaient amené à développer un réseau. Les affaires qui m’entraînaient à l’étranger étaient mes favorites : elles m’obligeaient à sortir de ma zone de confort. Alors pourquoi cette enquête n’avait-elle pas la même saveur ?

Autour de moi, les immeubles défilaient. Les minutes aussi. Je ne les comptai plus depuis que j’avais quitté l’hôtel un peu plus tôt dans la soirée. Je n’avais pas pris de taxi pour me rendre ici, mieux valait faire le repérage à pieds, s’imprégner de l’ambiance pour mieux s’y fondre et inspirer confiance. Après tout, je n’étais qu’un étranger pour tous ces gens et cela jouait clairement en ma défaveur, surtout dans une région si ancrée dans sa culture et ses anciennes traditions.

Trois nuits, quatre si j’ajoutai au compte celle-ci. Trois nuits que j’errai ainsi. Les visages commençaient à me devenir familier, les accents à sonner moins faux à mes oreilles. Mais je ne voyais rien, je n’entendais rien. Tout m’indiquait pourtant que c’est dans ce quartier que mon homme avait le plus de chance de se trouver, de se terrer, là qu’il commettrait son prochain forfait même. Si c’était Wolfgang, c’est exactement là qu’il se cacherait, songeai-je en sentant un frisson remonter le long de ma colonne. C’est à cet instant que je l’entendis : à une intersection, un bruissement. Dans la ruelle adjacente, une aura bleutée flirtant avec le vert-eau était avachie. Mes dents se serrèrent, j’avais les hérésies en horreur. Rien que leur vue me rendait parfois nauséeux et, même si j’en supportais certaines pour les avoir côtoyées à l’adolescence, toutes les autres provoquaient cet écœurement étrange de savoir qu’elles n’étaient pas tout fait…entières. J’aurais passé mon chemin si son visage ne m’était pas apparu de loin dans la pénombre.

J’avais déjà croisé ce mec plusieurs fois lors de mes dernières sorties. Il devait à peine frôler la vingtaine et tout laissait à penser que la rue était son chez lui… Pas étonnant quand on savait ce qu’il était. Peut-être un coup à tenter. Je bifurquai, m’approchai sans me presser jusqu’à ralentir une fois que nous ne fûmes séparés que de quelques mètres. Il avait à peine bougé.

▬ Belle nuit, n’est-ce pas ?

Ma voix s’était voulue calme, posée. Le ton grave était d'un paternaliste qui se voulait rassurant. Maintenant, restait à voir si ce jeune serait plus réceptif à mon abord que les autres types que j’avais hélé jusqu’à présent et dont seuls les regards égaux, voire dédaigneux, m’avaient accueilli.






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MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Ven 20 Juil 2018 - 9:28



Le souffle du vent est chaud. L’heure tardive ne parvint pas à le rafraichir. L’air est lourd. Embué d’humidité à faire suffoquer. Chaleur de Louisiane. Emanations des bayous encouragées par le long fleuve. Le Mississipi s’écoule cependant. Rien ne le perturbe, pas même ce vent. Il se glisse entre les rues de la ville. Il se faufile dans les maisons. Il imprègne les vêtements de ses habitants qui halètent devant leur ventilateur. Et il y a Amadeo. Constitué lui-même de vide. Le vent peut bien venir l’attaquer. Le vent passera au travers. L’hérésie n’en réagit même pas. Il efface les perles de sueur sur son front et poursuit sa marche hasardeuse. Il a soif. Il a faim. Il est incomplet. Il cherchait un remède contre ses maux. A boire et à manger. Une âme à laquelle se compléter. Ses yeux bleus se voilent sous ses paupières. Son corps s’est effondré. Pas très à l’écoute de lui-même. Il n’a pas dormi depuis des lustres. Comment survivre quand on ne sait considérer l’ensemble de ses besoins primaires. Par chance, respirer se fait seul. Le jeune homme resta plusieurs heures sur les vieux pavés. Personne ne s’est retourné. Personne n’a appelé la police. Pas même une ambulance. Secourir quoi ? Il n’y a que du vide dans cette carcasse. Ce serait une telle perte de temps. Un gaspillage d’énergie. Une mauvaise utilisation des infrastructures publiques. Il avait disparu dans le décor. Réduit au même grade que les poubelles patientant sur les trottoirs.

Lorsqu’il s’éveilla, de nombreuses heures s’étaient volatilisées. Il se releva. Contusionné. C’est bien vers ces poubelles qu’il trouva de quoi se sustenter. Cette vie n’avait aucun sens. L’hérésie y songeait souvent. Il pensait à ce revolver dans la poche de sa veste esquintée. Celui-ci lui avait été donné pour se défendre. Pourtant, il avait découvert récemment le concept du suicide. Cela lui avait parut si étrange. Ne comprenant pas pourquoi certaines personnes pouvaient mettre fin à leur vie. Il n’y avait rien d’enviable à aller de l’autre côté du voile. Cependant, cette idée le pesait. Il savait que pour lui il n’y aura pas de paradis, pas d’enfer, pas de voile… Non, lui allait connaitre dans la mort, une chose qui lui était si étrangère de son vivant. La douleur. Son âme sera dévorée par les démons. Il n’y aura plus aucunes traces de lui. C’était le destin de toute hérésie. Disparaitre à jamais après ne pas avoir existé. Parfois il était en colère. Animé par un sentiment d’injustice. Fureur du hasard. Lui, le maudit. L’aberration… Il continuait de vivre, sans être là. Ne donnant aucun sens à sa présence sur terre. Il était seulement ici, comme un témoignage. Le témoignage de l’inégalité. De l’injustice. Le témoignage du mal qui habite chacun. Ce mal que tous fuient. Tous évitent les hérésies.

Il transpire toujours. Ses pas sont boiteux. Le jeune homme finit par choir dans une ruelle. Avachi lamentablement. Il se demande si la mort est forcément aussi fatigante. Il sorti de sa poche ce fameux revolver. Sa vision n’est plus aussi claire. Il profite de sa solitude pour réajuster sa vision grâce à son œil d’hérésie. La pupille féline voyait parfaitement dans le noir. C’est un vieux revolver à barillet. Toutes les balles y étaient. Il n’en avait encore jamais fait l’usage. Tuer est un lourd choix. Il était encore innocent.  Le gamin eut un faible sourire. Rien ne sert le suicide. Ce n’était pas cela qui allait le tuer. L’arme dans une main. L’autre remonte son t-shirt. Dévoilant à ses yeux l’état de sa plaie. Agression à l’arme blanche, trois jours plus tôt. Le prix à payer d’être à ce point repoussant. Sa présence attise la haine. Coup de couteau au niveau du foie, par chance épargné. Pourtant pas sauvé. Ses sutures réalisées par un charlatan de Brightside suintaient de pus. Sa peau était gonflé, rouge, ardente. Infection plus qu’engagée. Combien de temps avant le septicémie ? Avant la mort… Sans antibiotiques, il était fichu. Pourtant, il n’avait pas les moyens de se payer des médicaments et encore moins en état de voler une pharmacie. Il posa un doigt sur un fil de suture purulent, du sang perlait sous la pression. Pas de douleur pour un être insensible. Pourtant, le ralentissement de son corps il le ressentait bel et bien. A tel point qu’il se laissa surprendre par une voix à quelques mètres.

Belle nuit… La beauté est une telle affaire de point de vue. Amadeo leva les yeux vers le ciel pour la première fois depuis longtemps. Il remarqua les étoiles brouillées par les nuages. Il lâcha son arme sur le bitume. Figé, comme les étoiles dans ce ciel inanimé. Pourtant, il y avait tant de mouvement dans cet univers. Imperceptibles, même pour un œil aussi aiguisé que le sien. La voix ne lui a pas fait peur, elle ne semble pas menaçante. Cependant il ne voulait se fer à son impression. Ses troubles de la perception lui avaient causé de nombreux ennuis. Il posa lentement l’arrière de son crane contre le mur derrière lui. Fixant toujours les étoiles, le fragment qu’il pouvait en voir entre deux immeubles. « La plus belle. » Et si c’était la dernière ? La douce nuit. La présence d’un médium n’arrangeait en rien la présence d’esprits autour de lui. Ceux-ci avaient beau tournoyer autour de l’hérésie, celui-ci ne les voyait pas. Il avait encore l’énergie suffisante pour les repousser. Les esprits semblaient comme repoussé par un bouclier qu’ils ne pouvaient pas traverser. Mais ce bouclier était de plus en plus resserré autour de lui. Ce qui était des mètres hier n’étaient que quelques dizaines de centimètres aujourd’hui. Bientôt ils arriveront à lui. Comme s’il n’avait pas assez à faire avec cette plaie infectée. Il allait peut-être enfin savoir ce que ça fait que de souffrir. Et cela par une belle nuit d’été. Une bien douce nuit pour s’endormir. C’était cependant  encore beaucoup trop tôt.
Tout se passera à petit feu.

Il détacha son regard. Il tourna la tête vers le médium. Un œil de félin, l’autre humain. Visage bâtard. « Il n’y a plus rien à voler… » Non, il était déjà dépouillé. Ses doigts effleurent son revolver. C’était froid. Il posa sa paume sur celle-ci, puis la fit glisser sur le bitume jusqu’aux pieds de l’inconnu. Il n’était pas certain de pouvoir supporter un autre passage à tabac. Il préférait regarder les étoiles encore un peu avant de s’évanouir. Son vêtement s’est rabattu sur son torse, tout comme ses paupières. Sous celles-ci se trouvaient des étoiles encore plus belles. Elles sont faites d’émotion. Il voit la peur, la joie, la colère… Mais elles sont bien trop lointaines.

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Je rêve que je peux sourire à nouveau, je me réveille en larmes.
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MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Ven 3 Aoû 2018 - 3:53

Ombres des rues, murmures des secrets
Amadeo & Maximilian


La brise nocturne filtrait entre les immeubles. Elle s’insinuait dans chaque interstice dans les façades, caressait chaque brique saillante et réussit même à faire frissonner ma silhouette malgré la lourde pesanteur de l’atmosphère de cette chaude nuit d’été en Louisiane. Le vent était un prétexte. Lui seul n’aurait jamais suffi à provoquer en moi cette sueur froide qui dévala ma colonne, remonta jusque dans mon cou pour finir par me vriller le crâne quand je fus près d’elle… Près de cette chose inconcevable. Près de cette aberration qui s’étalait sur le bitume dont émanant sans doute encore les relents de l’ardente journée sous les feux d’un soleil de plomb. Sa carcasse paraissait aussi pitoyable que dans mes souvenirs, toujours aussi avachie que lorsque je l’avais aperçu les jours précédents. Peut-être était-elle-même plus flasque encore, moins consistante comme si l’univers entier s’acharnait à le faire disparaitre, lui qui n’aurait jamais dû exister.

Mes pensées auraient semblé inhumaines à bon nombre, mais ce manque terrible qui dévorait mon ressenti à chaque fois que j’osais laisser traîner mon regard dans sa direction était écœurant. Souvent, je m’étais demandé ce qu’il pouvait bien percevoir et ressentir dans leur coquille vide… Jamais je ne m’étais permis de le formuler à voix haute. On ne demande pas à un objet animé s’il sait qu’il n’a pas d’âme.

Sa réponse sonna dans le silence de la ruelle. « La plus belle ». Etait-il réellement capable de percevoir toute la beauté de la nature ? Les paroles d’une femme d’une tolérance infinie me revinrent en mémoire, elle qui pensait que chaque être méritait sa place ici-bas quel que soit son fardeau. A son contact, j’avais appris beaucoup mais le destin nous avait séparés avant qu’elle ne fasse de moi quelqu’un de bien. Je nous avais séparés pour être exact. Visage tourné vers la voûte céleste, je finis par laisser les souvenirs dériver au loin dans le cosmos, dans les étoiles au-dessus de nos têtes : certaines s’étaient éteintes depuis bien longtemps tout comme mon empathie envers ces créatures. Irrémédiablement. Tout a une fin.

Mes iris clairs dérivèrent vers son corps. C’est seulement à cet instant que la situation me creva les yeux. J’avais été trop naïf. Si les plus altruistes auraient noté la blessure suintante que la clarté lunaire faisait briller d’une lueur argentée sur laquelle perlaient quelques gouttes d’un sang frais, mon esprit se focalisa sur un reflet métallique émanant de sa main. Une seconde plus tard, le calcul était fait : un revolver s’ajustait parfaitement aux reliefs de sa paume dans l’ombre de sa silhouette déchue. Muscles tendus, j’évaluai mes possibilités en songeant que le poignard glissé dans ma veste ne serait pas la meilleure des options si cette hérésie choisissait la voie des hostilités. La glacer d’un regard lui infligeant en juste retour tout le mal qu’il avait pu semer dans son sillage monstrueux me laisserait plus de chance, après seulement la lame pourrait jaillir si nécessaire.

Avant cette arme, le doute était permis. L’incertitude qu’il puisse ne pas être qu’une bévue errante, mais le simple fait qu’il soit armé laissant à penser que ce jeune homme était loin d’être une victime. Toujours immobile, je m’apprêtai à faire un pas en arrière pour mettre de la distance entre nous, m’éloigner en oubliant toute volonté de me servir de lui comme cela avait pu m’effleurer l’esprit plus tôt, quand sa mine dans laquelle un détail sauvage brisait le masque. Un œil félin d’un jaune perçant. Même pas foutu de paraître un peu moins bestial. Un peu moins inhumain.

Pourtant, la vulnérabilité qui transparaissait dans ses traits avait quelque chose de beau, s’y nichait une pureté presque irréelle qui me fit ciller. La méfiance me gagna devant ce spectacle inattendu et s’évanouit en un instant quand les mots franchirent ses lèvres.

▬ Voler ? lâchai-je, surpris.

La logique mit quelques secondes à s’insinuer dans mon esprit, autant de temps qu’il lui fallut pour envoyer le revolver jusqu’à mes pieds. Le raclement métallique de l’arme sur le sol citadin m’avait raidi avant que je ne comprenne les rôles de chacun des acteurs de cette scène en face à face : dans son esprit torturé, j’étais l’agresseur et, lui, la victime.

▬ Je ne te veux aucun mal, ok ? dis-je d’une voix grave aux accents calmes dans lesquels on pouvait deviner des consonances germaniques.

Méthodique, je m’accroupis lentement sans le quitter du regard, laissant ma main tâter l’obscurité des pavés pour m’emparer de l’arme que je soulevai doucement avant de venir la glisser dans mon dos. Malgré les apparences, mieux valait rester prudent et sur ces gardes. Progressivement, je relevai les mains en orientant mes paumes vers la silhouette à l’aura d’un vert-eau, tel un criminel pris en flagrant délit par les forces de l’ordre. Quels que fussent mes sentiments à son égard, il m’était impossible de le laisser crever tel un chien dans une ruelle crasseuse. Encore moins après cet élan de bonne volonté remplie de douleur, aussi étrange m’eut-il paru. A pas feutrés j’approchai. Son tee-shirt s’évanouit bientôt, de même que ses paupières qui se fermèrent au monde, le privant des étoiles qui un moment auparavant illuminaient encore ses pupilles hybrides. Infâmes.

D’un seul mouvement, je me précipitai pourtant en envoyant paître mon opinion personnelle, repoussant aussi cette sensation désagréable qui emplissait mon être par notre simple proximité. Je n’avais jamais laissé quelqu’un me claquer entre les doigts ainsi, du moins jamais quelqu’un dont aucun corbeau ne m’avait confié l’exécution.

▬ Hé ! râlai-je en m’agenouillant à ses côtés, sans être capable de m’empêcher d’être toujours légèrement sur mes gardes tandis que je lui tapotai la joue pour le faire revenir à une meilleure conscience et le forcer à me gratifier à nouveau ce regard métissé. Reste avec moi !

Avec prudence, j’entrepris parallèlement de relever son tee-shirt.

▬ Laisse-moi regarder, ça va aller… lui ordonnai-je sans attendre la permission pour examiner de plus près la blessure. Je n’étais pas médecin, mais la formation à la Guilde nous enseignait un minimum de connaissances sur les blessures qui pouvaient résulter d’un combat. Bien utile pour ne pas mourir connement d’une infection par exemple, ce qui était visiblement en train d’arriver à ce gamin. Un de mes doigts s’approcha de la plaie, j’en constatai la forme caractéristique et la profondeur perceptible sous les fils mal posés : ce type de plaies, je ne le connaissais que trop bien. Plaie pénétrante… Arme blanche n’est-ce pas ? Tu as eu de la chance que celui qui t’a fait ça ne sache pas se servir correctement d’une lame.

J’avais prononcé ce commentaire alors même que résonnait en moi cette certitude qu’à la place de son agresseur je ne l’aurais pas manqué, il girait désormais sous un monceau de terre impropre, du moins s’il avait eu le droit à une sépulture décente, à moins que son corps dont aucun esprit ne se serait évadé n’ait rejoint les flammes d’un crématoire. Néanmoins, ce n’était pas moi qui lui avais infligé cela et je ne comptais pas lui faire quoi que ce soit. Ne pas apprécier ses anomalies était une chose, le laisser crever sans rien faire alors qu’il ne m’avait encore causé aucun tort en était une autre. De plus, je n’étais pas assez idiot pour laisser passer une occasion pareille.

▬ Il va te falloir un médecin… Un vrai, pas un « Quacksalber » comme  celui qui t’a fait ça, fis-je en désignant d’un signe du menton les points de suture trop lâches, sans me rendre compte de mon passage par ma langue maternelle. Va falloir aller à l’hôpital… Tu t’en sens capable ?

La suite de la conversation, je la connaissais ou, du moins, je pensais la connaître. Après tout, s’il avait eu les moyens de se rendre dans un centre de soins digne de ce nom, jamais il ne serait resté à croupir sur le béton sale, plaie purulente, sueur au front et attente de l'amie faucheuse pour seule perspective d'avenir… Il ne pouvait pas se faire soigner parce que cela demandait bien plus d’argent ici qu’en Europe. Ce fait sordide pouvait bien être ma chance de me lier à lui tout en faisant ma B.A. de la soirée… Elle serait presque fière de moi, me pris-je à songer tandis que le sourire de la femme me revint en mémoire avant d’être remplacé par la vision de cette hérésie que la vie quittait petit à petit, emportée par la brise de la plus belle nuit d’été.






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MessageSujet: Re: Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]   Lun 13 Aoû 2018 - 0:24

Les gens ne venaient pas à son contact sans raison. Ils venaient à lui pour lui prendre quelque chose. Dans le meilleur des cas, on lui demandait un service. Le monde fonctionnait ainsi. Son monde. Hérésie, rejeté de toutes parts. Errant depuis bien trop longtemps. Perdu. Loin de la Nouvelle-Orléans. Jamais il ne retrouvera le chemin vers la maison. Il n’y a plus de maison. Plus de foyer. Cela est le passé. Le foyer s’est écroulé, après des années de fissures. Il s’y était pourtant cru à l’abri. Il y aurait terminé ses jours. Ses tristes jours. Dans sa prison dorée. Il y fut bien. Désormais il était ici. Mourant sur ce trottoir infâme alors qu’il aurait pu mourir bien plus tôt. Il aurait pu disparaitre de la main de l’être aimé. De sa grand-mère adoptive. Après toutes ces années à s’occuper de la créature, elle se sentait faiblir. Elle avait voulut l’emporter avec lui. Il ne s’était point laissé faire. Pourquoi ? Il n’avait rien gagné à fuir. Il avait rencontré la misère. Découvert la cruauté de l’humanité. Apprit à quel point il était repoussant. Comprit les raisons pour lesquelles il ne méritait pas de vivre. Il avait connu la douleur. Torturé par des sorciers maléfiques, puis la souffrance de la famine qui le tenaille sans cesse. Pourtant, il avait continué son bonhomme de chemin sur cette vie insensée. Il n’était pas effrayé à l’idée de mourir, il laissait venir, comme il avait laissé venir chaque jour.

Il fit cependant glisser l’arme sur le sol. Non pas qu’il pensait gagner du temps de vie, mais plutôt de conscience. Il pensait bien qu’au moment où il fermera les yeux, ce sera pour de bon. Quelque chose d’étrange s’installait dans ses pensées. Comme la curiosité de voir si la dernière seconde aura un effet différent. Allait-il sentir quelque chose ? Au moins le souffle de la mort sur sa nuque ? L’espoir de la dernière minute. C’était agréable d’espérer. Amadeo profitait de cette minime sensation. Celle d’avoir un but : sentir la mort.

Cette voix promet ne vouloir aucun mal. Combien de fois lui avait-on dit une telle chose ? Il savait que c’était ce qu’il méritait, il n’était bon qu’à ça… A ce que l’on lui fasse du mal. Un mal qu’il ne peut ressentir. La voix de l’homme avait un accent étranger. L’esprit embué d’Amadeo l’empêchait de reconnaitre exactement lequel. Mais ce médium n’était pas d’ici. Cette ville était maudite. Probablement ferait-il mieux de fuir. L’hérésie entendit le métal bouger du sol, il sait que son arme est dans la main de son interlocuteur. Peut-être bien même pointée vers lui. Il lève les yeux vers les étoiles, luttant quelques secondes, pour sentir la caresse de la mort. Mais il ne fit que perdre connaissance. La mort jouait avec lui. Lorsqu’il souleva les paupières il constata que le médium était tout proche de lui. Perdre connaissance lui avait fait perdre sa transformation et ses yeux étaient à nouveau de parfaits jumeaux azurés. Amadeo ne réagissait pas, la voix de l’homme lui semblait complètement déformée, comme un bourdonnement lointain. Il se laissait faire, le t-shirt de nouveau soulevé. Il n’avait pas le temps même, de penser au mal être qui le gagnait, d’être ainsi touché par quelqu’un. Le contact physique lui était si étranger, agressif la plupart du temps…

Ça va aller…
Nul autre choix que de le croire. Le gamin papillonnait des yeux pour lutter contre l’inconscience. C’était loin d’être la caresse de la mort… Il semblait que le médium l’examinait. Le diagnostic était celui de voir un médecin. L’hérésie perdit son regard dans celui de l’homme. La noirceur des pupilles l’avait toujours effrayé, c’était pour cette raison qu’il regardait droit dans les yeux qu’à d’extrêmes rares occasions. C’est en fixant ce médium qu’il semblait voir l’une des raisons pour lesquelles cela lui faisait si peur. Il pouvait y voir quelque chose qu’il ne voyait que très rarement : sa propre réflexion. Ce démon qu’il voyait, c’était lui. Il le voyait, souffrir de mal en pis. Puis cette voix le tira de son miroir d’âme, ce clignement des paupières entraina le sien. Le jeune homme ouvrit de nouveau les yeux dans un effort spectaculaire. S’il pouvait marcher ? Qu’est-ce qui l’en empêchait au final si ce n’était sa conscience et son énergie qui le quittait ? Pas la douleur.

« Il ne sait pas si son corps peut encore marcher… » Sa voix rauque est faible. Le jeune homme tente cependant de mobiliser son énergie pour redresser sa colonne vertébrale et ce qu’elle porte. Des bruissements de craquement osseux se firent entendre durant ce pénible mouvement. Amadeo était de très grande taille, la hauteur de son propre buste lui donnait déjà le vertige. Pourquoi le médium lui venait-il en aide ? Voila bien une chose à laquelle il n’aura pas de réponses immédiatement, il savait que s’il s’en sortait grâce à lui, cela ne serait aucunement gratuit. Différent mais pas idiot.

Il applique sa paume droite sur sa tempe, comme s’il voulait stabiliser ses pensées, ses idées, ses sens… L’hérésie retourna sa paume pour l’appuyer contre le mur. Avec probablement beaucoup d’aie, il se trouva sur ses jambes. Quelque chose d’étrange, comme si l’acide de son estomac remontait, il était prit d’un haut le cœur qui ne donna fort heureusement rien. La concentration qu’il mettait à rester conscient l’empêcha de maintenir plus longtemps ses barrières avec les esprits qui devinrent alors visibles à ses yeux. Se sachant en présence d’un médium, il ne mâcha pas ses mots. « Les esprits veulent le hanter, il attendent depuis des heures… » Il les avait senti sans accepter de les voir. Amadeo qui avait pourtant cette faculté, faisait tout pour l’occulter afin de ne pas se faire justement posséder. Les murmures incompréhensibles occupaient tout l’espace. Amadeo tenta de les repousser, mais dès qu’il y songeait, il manquait de défaillir.

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Crise existentielle❞
Je rêve que je peux sourire à nouveau, je me réveille en larmes.
Tu sais, quand quelqu’un sort un truc vraiment drôle, un truc qui arrive à me fait rire, je me retourne pour voir si ça te fait rire aussi, même si tu n'es plus là, à chaque fois...
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Ombres des rues, murmures des secrets [Amadeo & Maximilian]

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