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 Wir werden uns wiedersehen [PV Max]

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→ PROFIL PSYCHOLOGIQUE : Doux – Rieur – Sarcastique – Blagueur – Secret – Courageux, mais pas téméraire – Essaye de ne pas prendre grand chose au sérieux – Déteste sa cécité, il fait en sorte de toujours la tourner en dérision – Physiquement bien faible, moralement bien sensible – Nerveux.


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MessageSujet: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Dim 7 Oct 2018 - 4:19

Une ombre dans la nuit fendu d'un sourire assuré. Son cours s'était bien passé, sa semaine était finie, il avait le droit de s'offrir un petit peu de temps. Il se demande un instant combien de temps il lui reste avant la prochaine pleine Lune et s'arrête au milieu de la rue pour compter les jours. Assez pour ne pas avoir à s'en préoccuper, à ne pas se laisser mourir d’inquiétude sur son canapé et à s'envoyer verres sur verres le lendemain pour oublier la nuit d'avant. L'homonculus de la Lune, c'est comme ça qu'il aime bien voir cette petit semaine d’inquiétude totale. Vivez avec un Alligator qui s'avère être votre frère, vous comprendrez.

Il commence à faire frais, l'aveugle passe les doigts sur sa montre, vingt et une heure, l'automne est belle est bien là puisque cette température annonce que le soleil s'est couché. Il va falloir pensé à ressortir les écharpes. Cette constatation le fait sourire, le temps passe et ses prises sont toujours un petit peu plus visibles sans pour autant le déranger. A la fin du mois il aura trente deux ans.

Il pousse la porte du bar qu'il recherchait, quelqu'un en sort et le salut : Sophia, une élève très curieuse et un petit peu lèche-cul de son cours de culture italienne, le son de sa voix ne laisse aucun doute, c'est son repaire comme un visage est celui d'une personne normale. Il lui sourit, la salut à son tour et vient s'installer au bar. Il y a du monde et il y a de tout. Medium, humain, garou et sorcier. Pas de vampire, pas de Lycan, ce n'est pas plus mal. Mike prend place à côté d'un medium. Pourquoi ici ? Parce qu'il avait le choix entre cette place libre et celle juste à côté, voisin d'un garou qui, à son odeur, était déjà parfaitement fini. Il n'a pas envie de se frotter ce soir à ce genre de cas donc un medium en pleine possession de ses moyen, c'est bien moins dangereux et plus reposant.

Il demande un Spiced Irish Coffee et sent que le barman lui sourit en lui répondant « tout de suite ». il se sent bien.

Par curiosité ou comme un voyant regarde une salle en attendant sa commande, l'aveugle laisse son ouïe s'aventurer vers les autres, vers le duo que forme le fameux medium et une humaine au vu de sa voix un petit peu haut perchée et gloussante. Oh, une petite dragounette pour le plaisir. Est ce que l'interlocuteur de celle-ci est un ou une medium maintenant ? Mike l'écoute répondre et un frisson le prend. Violent et nostalgique.

Un léger accent germanique, une voix grave et dure, sans appel. Un rire résonne dans ses souvenirs. Non, pas ici ? Des sensations parfaites, une nostalgie luxurieuse. Les odeurs d'une boîte de nuit. Les bruits assourdissants d'une musique bien trop forte bientôt recouverts de soupirs équivoques.

Il doit savoir.

Heureusement pour lui, les sièges sont proches, très proches, comme si on en avait mis trop pour le peu de place, un mouvement et ils entrent en contact. Assez proche pour que les odeurs soit atteignables. Il doit faire vite, il « voit » le bartender revenir avec sa boisson épicée qui tuera bientôt son odorat. Il prend une inspiration qui le ravit.

Elle est plus forte, plus viril qu'à l'époque, plus affirmé aussi mais au fond, elle reste la même. Celle qu'il a connu dans la chaleur d'une étreinte il y a onze ans maintenant. Un sourire bien différent vient illuminer ses traits alors qu'il trempe les lèvre dans la boisson chaude. Il continu de l'écouter, cet accent qui l'a fait rêver les soirs de solitude. Il est là, l'homme qui lui a ouvert il y a bien trop longtemps, les portes du septième ciel. Une nuit Berlinoise, une nuit de pleine Lune à l'époque de ses vingt ans.

-Ist sie hübsch? [Is she pretty ] ?

Doux souvenirs, inversement des rôles. Il avait demandé ça en anglais à l'époque où son allemand était balbutiant, pour ne pas se faire totalement comprendre par la jeune femme qu'il l'accompagnait. Aujourd'hui, sur les terres américaines, c'est bien avec une prononciation inpécable et un accent tout ce qu'il y a de respectable, qu'il a eu envie de jouer.

Est ce que Maximilian le reconnaîtra à son tour ?

Le jeu recommence, les règles ont juste changés.

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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Dim 7 Oct 2018 - 13:00

Wir werden uns wiedersehen
Mickael & Maximilian


L’alcool, un langage universel. Dans l’ambre du liquide, il était facile de noyer les doutes et l’angoisse de l’incertitude. Encore une soirée s’était écoulée, conclusion d’une journée idiote passée à ratisser la ville en le pensant pris au piège quelque part. Les rayons du soleil étaient censés me soutenir dans ma quête, mais cette foutue sangsue savait trop bien se planquer à la vue de tous. Il n’était qu’une ombre qui n’arrêtait pas de me filer entre les doigts… Tant de fois j’avais cru toucher au but… Encore plus après avoir rencontré Kimiko, l’espoir amer avait empli mon être avant de me nouer la gorge devant cette hypothèse écœurante qui se renforçait de jour en jour. Le faisceau de présomption devenait trop lourd, les indices mis bout à bout formaient une toile terrifiante dont le prédateur ne faisait qu’attendre, tapi dans l’obscurité, qu’on se prenne dans ses filets. Restait à savoir s’il le faisait pour nous piéger ou pour nous échapper : dans tous les cas, si le visage du monstre se révélait être celui que nous craignions, cela nous anéantirait.

Mon doigt tapotait le verre devant moi. Sur le comptoir, il était encore plein.  La cartographie de cette putain de ville s’imprimait en filigrane, voile miteux sur lequel se dessinaient les trottoirs et les ruelles que mes pas avaient foulé durant des heures. Je réfléchissais tout en laissant mon regard se perdre dans les effluves éthyliques et brumeux du bar. Wolfgang, que foutais-tu ?... Je descendis le verre d’une seule traite. La brûlure fut intense et salvatrice. La douleur me réveilla, me rappela qu’il n’y avait jamais de place pour l’hésitation et que quoi qu’il arrive, je finirais par mettre la main sur ce vampire que j’avais suivi jusqu’ici et que, qui qu’il puisse être, je ferai ce qui devrait être fait. Parce que c’était mon devoir, parce que parfois il fallait savoir se salir les mains. Les règles n’avaient de sens que lorsqu’elles s’appliquaient à une réalité unique, la nôtre était polymorphe.

Sorciers, garous, lycans, hérésies, vampires,… Tout ce monde se côtoyait dans un joyeux bordel dans lequel nous tentions en vain de mettre un peu d’ordre. Tout secret est une révolte : celle qui se trame est silencieuse dans la vie des prudents, beaucoup trop bruyante dans l’existence des fous. Et c’est ainsi que nous vivons, les uns entourés des autres dans la plus parfaite indifférence. Ma mâchoire se serra, le métissage de cette foule m’indisposait. Heureusement, pas de sacs à puces lupins ou de dents longues, sinon l’envie de riper ce tabouret et de m’engouffrer dans le frais vent d’automne l’aurait emporté sur le peu de tolérance dont j’étais capable.

C’est alors qu’elle était apparue cette petite nymphe aguicheuse, comme si le destin s’amusait à m’envoyer une récompense pour avoir préféré une solitude accoudé au bar plutôt qu’une errance dans un quartier crasseux. Je ne croyais pas au karma, pas même au hasard. La vie était ce qu’elle était. Imparfaite.

L’asymétrie de son visage était légère mais séduisante, ses cheveux relevés dans un chignon dont dépassaient quelques mèches me faisaient penser à une adolescente rebelle bien qu’elle flirtait sans doute davantage avec les vingt-cinq ans. Le jeu était trop tentant, je m’y engouffrai sans demander mon reste. Pivotant légèrement vers elle, la jeune femme dut y voir une trop grande marque d’intérêt. Elle voulut m’offrir un verre pour « remplir le vide du mien » disait-elle, je nous en payai deux dans un élan de virilité. Elle le but d’un trait, je sirotai le mien en me perdant dans ses cils battants bien que trop noircis par le mascara qu’elle portait. Elle m’interrogea sur mon accent entre deux gloussements, elle rit d’un compliment dans ma langue natale qu’elle ne comprit pas. Tout s’enchaînait dans une certaine indifférence que cachaient mes ridules rieuses au coin des paupières. Partie idiote, elle n’était qu’un pion. Pas assez distrayante, pas assez reine pour détourner l’attention du roi sur l’échiquier. Elle était jolie. Elle était quelconque.

Le vacarme des voix alentours avait étouffé une arrivée. Je n’avais que senti le mouvement sur mon côté, trop accaparé à laisser mes yeux courir sur la belle plante qui me faisait face. Elle avait beau ne pas avoir l’air très futée, petite poule gloussant imbécilement, elle était agréable à l’œil et ça m’aurait sans doute suffi si mes pensées n’avaient pas été si sombres. Peut-être était-ce pour cette raison que cette voix m’avait irritée plus que nécessaire avec cet accent presque trompeur dans lequel un natif ne pouvait que deviner la parole d’un étranger. Je détestai les indélicats qui osaient s’immiscer dans une conversation, même aussi peu intéressante que celle-ci, sans invitation. Et ce soir, je me sentais même d’humeur à lui faire bouffer son manque de respect.

Dans un mouvement d’épaules, je me tournai vers cet inconnu qui venait de me héler de la sorte, lançant déjà une interjection claquante.

▬ Was mischst du … [De quoi te mêles…]

Seulement, la fin mourut dans un souffle. Il paraissait si rayonnant que je perçus immédiatement que quelque chose clochait et ne put m’empêcher de jeter un coup d’œil autour, habitude qui tenait autant du détective que du chasseur toujours sur le qui-vive. Pourtant rien. Rien ne bougeait si ce n’était les groupes d’étudiants qui riaient aux éclats, les piliers de bar et les mecs comme moi, comme lui, qui étaient là parce qu’il fallait bien être quelque part.

La demoiselle s’impatientait, je m’apprêtai à revenir à elle et ignorer ce médium pénible quand son regard qui filait légèrement à côté provoqua un chez moi une sensation étrange. Mon cœur se mit à ralentir soudainement, ma respiration aussi, avant de reprendre une cadence battante : supernova sur le point d’exploser.

▬ Wir kennen uns… [On se connaît…] dis-je presque dans un murmure, soudain transpercé par ce regard absent et ce fin parfum qui avait du mal à percer au cœur des odeurs ivres.

Ses traits me revinrent, transperçant ma mémoire de leur vivacité passionnelle. Sur ma gauche, la nana s’était vexée et venait de se lever en faisant crisser son siège, bon débarras. Elle n’importait plus, pas plus que toutes les femmes que j’avais pu séduire cette nuit-là. Cette nuit à…

▬ Berlin…

Le puzzle s’emboîtait doucement, chaque pièce retrouvait sa place et faisait remonter à la surface des émotions profondément ancrées dans mes souvenirs. Cette nuit-là, il y a plus de dix ans, cet homme avait imprimé dans ma chair sa marque, ce désir et cette plénitude indomptable que je n’étais plus jamais parvenu à retrouver. Un seul reflet du passé avait suffi à refaire frissonner ma peau, à réveiller l’essence de mes sens et à me remplir d’une nostalgie qui m’avait habité à chaque fois que mon corps insatisfait se retournait dans des draps froids.

▬ Dein Akzent ist viel mehr… « Galvanisant »… Du machst Fortschritte. [Ton accent est bien plus… « Galvanisant »… Tu as fait des progrès.]

Jamais je n’avais pu oublier ce mot, celui qui m’avait tant perturbé avant de souffler sur les braises de la séduction qui s’était opérée si sensuellement dans cette boîte de nuit, dans cette chambre, dans ces draps… Finalement, peut-être bien que le destin existait et, si tel était le cas, je lui en étais terriblement reconnaissant alors que déjà mon visage se fendait d’un sourire tandis que mes pupilles se perdaient dans les siennes.






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Dernière édition par Maximilian L. Schimmel le Jeu 11 Oct 2018 - 20:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Mar 9 Oct 2018 - 18:32

Il sent le coup de vent dû au retournement soudain de son voisin. Le grincement de la chaise aussi, il a envie de sourire. Il se doute de l’énervement qui prend l'autre médium, c'est normal après tout.

Mais maintenant qu'il y réfléchit, il ne connaît pas Max. Ce qu'il connaît de lui, c'est son corps, le son de sa voix, le goût de sa peau et la beauté de son visage. Il ne connaît rien de lui, il ne sait comment il va réagir. Est ce qu'il l'a oublié ? Est-ce qu'il a voulu l'oublier ? Est ce qu'il va s’énerver ? Lui en vouloir ? Est il quelqu'un avec qui une conversation peut être compliqué ? Non, il ne connaît rien de celui qui lui a offert les étoiles. Mais l'envie de le savoir lui chatouille les entrailles. Qu'est ce qu'il fait dans la vie, qu'est ce qu'il fait ici ? Est ce qu'il lit ? La curiosité du professeur est insatiable et le sera sûrement encore longtemps, tant qu'il n'en saura pas un petit peu plus. On ne peut pas connaître complètement quelqu'un, c'est bien ce qui rend les choses uniques. On en apprend toujours plus et l'aveugle a bien envie d'en savoir toujours plus sur l'allemand. Après, est ce qu'il sera assez ouvert ? Est ce que ça l'ennuierait de discuter autour d'un verre ? Ce n'est pas le moment de se poser la question après tout. Mike se retrouve presque agressé verbalement et il n'a qu'une envie face à cette réaction tout à fait compréhensive : rire. Mais il sait très bien qu'un poing dans le visage n'est pas à une idée à chassé de la main, c'est même fort probable si Max est du genre brutale ou sanguin. Peut-être qu'il l'est un petit peu après tout, sanguin, il avait accepté une nuit d'amour sans le connaître non plus. L'aveugle brûle d'entendre encore sa voix, il se remémore ses murmures et ses soupirs. Qu'est ce qu'il aurait donné pour pouvoir retrouver les murs froids de cette bâtisse perdue aux alentours de Berlin.

Mike n'a pas encore relevé la tête, laissant le mystère s'installer alors que la demoiselle humaine derrière le voyant se dandine pour un petit peu d'attention. Finalement, il laisse son regard mort dériver vers, il l’espère, vers le visage si souvent rêvé. Un sourire éclair son visage quand Max, enfin, doute. Un sourire taquin et heureux. Un sourire qui s'étend alors que les morceaux semblent coller à nouveau, oui Berlin … Cette nuit d'extase, cette sensation qui chatouille l'estomac, comme un matin de pâque quand on sait que la surprise est cachée là mais qu'il faut attendre l'heure. Une surprise dont il connaît les traits et qu'il veut pourtant redécouvrir. Est ce qu'il a changé ?

Il reprend la parole et Mike éclate de rire . « Galvanisant ». Il a vraiment gardé ce mot à l'esprit.

-Hahaha, je n'avais pas trouvé mieux à l'époque mais, entre nous, il est pas mal comme adjectif, non ? *

Oui, il n'avait, à l'époque rien d'autre en tête que Sexy, attirant ou électrisant, mais ça, il le garde pour lui, encore un peu en tout cas.

-Est ce que tu as un verre ? Que je sache si je peux t'en offrir.*

Un sourire joueur. La vieille drague à l'ancienne qui met mal à l'aise les jeunes filles. Mais ce n'est pas ça, il ne sait pas pourquoi, il ne comprend pas son comportement et ne sait pas non plus ce qu'il veut. Juste partager un verre avec l'allemand, comme là bas, quand il a du lui dire qu'il ne le voyait pas.

-Qu'est ce que tu fais dans le coin ? *

Est ce qu'il est trop familier ? Est ce que c'est trop tôt ? Mince, il a l'impression de se retrouver à dans ce bar, ce moment gênant où il a dû lui dire qu'il ne le verrait jamais.

-Je ne m'attendais pas à te revoir un jour, je dois bien avouer.*

Son sourire ne l'a pas quitté, pas une seule fois ses lèvres fines ont retrouver leur monotonie habituelle. Il ne s'attendait pas à une telle rencontre, une aussi belle rencontre.

Une rencontre galvanisante ?

*En Allemand dans le texte

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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Ven 12 Oct 2018 - 0:16

Wir werden uns wiedersehen
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Le parfum des souvenirs flottait comme une volute de fumée dans l’air saturé d’une ivresse sage au bar. Il dessinait devant mon regard les relents passionnels d’une nuit qui avait trouvé sa place dans le livre d’or des souvenirs, ne s’effaçant jamais mais gagnant en saveur tel un vin d’un cépage d’exception. Le temps avait fait son œuvre, pourtant son visage était toujours aussi juvénile. On y devinait au plus quelques traits plus marqués, si on se prenait à détailler les légères ridules qui naissaient çà et là. Défauts séduisants, défauts fantasmés. A vrai dire, j’étais presque déçu que les sonorités germaniques ne sonnent plus dans sa bouche comme un affront à toute l’Allemagne : cela avait eu son charme à une autre époque. Désormais, avec son intonation presque parfaite, il paraissait moins intriguant. Plus standard.

Peut-être était-ce pour cette raison que sa boutade m’étonna peu. L’image d’un mec perdu dans une boîte où il n’aurait jamais dû foutre les pieds me revint, le peu d’assurance qui en transpirait aussi. Aujourd’hui, il éclatait de rire : simple façade ou était-il réellement à l’aise ? Sans doute un peu des deux. Après tout je ne pouvais lui en vouloir, nous jouions tous un foutu rôle dans ce monde d’apparences.

▬ Die Adjektive ist nicht gerade meine Stärke… aber wer immer es gesagt hat, er war ganz gut für ein Fremder ! [Les adjectifs c’est pas mon truc… mais celui qui l’a dit, il était pas mal pour un étranger !]

A mon tour, j’avais donné le change. Fidèle à moi-même, sans détour ni retenue. C’était d’une facilité déconcertante, encore plus quand vous pouviez laisser vos pupilles caresser la silhouette de votre amant éphémère en toute quiétude, sans craindre le moindre soubresaut outré. Mes yeux parcouraient son expression qui trahissait une joie qu’il peinait à contenir, puis l’exploration se poursuivit dans un glissement le long de sa mâchoire, de son cou, de son torse,… La descente était inexorablement délicieuse, tout autant que les sensations qui refaisaient surface. Elles me distrayaient de mes emmerdes, à croire que s’enfermer dans un passé révolu pouvait aider à laisser s’envoler les maux du présent. Constatation ubuesque mais éprouvée dès que je m’attardai sur ses lèvres qui s’agitaient de nouveau pour me proposer un verre, aurait-il été possible de faire resurgir la pression de sa bouche contre la mienne rien qu’en les regardant se mouvoir ainsi ? Ce n’était pas une possibilité, c’était une réalité. Ou un jeu. Son sourire m’y appelait lorsqu’il entreprit de me proposer un verre.

A force de rester enserré dans ma paume, la fraîcheur de l’alcool avait disparu. Je le remarquai dès l’instant où il chatouilla ma langue, s’insinua dans ma gorge et coula cul-sec dans mes entrailles. Un goût amer de réchauffé, une saveur surannée… Se pouvait-il que cette rencontre se résume à cela, elle aussi ? A un simple charme d’antan noyé par l’affront des années ? Dans un réflexe de rejet, l’ensemble de ma musculature semblait se tendre, rejetant l’idée qu’une telle coïncidence ne puisse m’offrir une échappatoire transitoire aux nuits passées à errer dans la ville.

▬ Jetzt, nicht mehr ! [Maintenant, je n’en ai plus !] fis-je pour unique réponse à sa proposition à la limite d’une mauvaise technique de drague.

Tout en faisant claquer plus que nécessaire le verre sur le bar, j’y abandonnai sa carcasse cristalline dépouillée de son contenu ambré à côté de sa boisson trop sage. La provocation, encore et toujours. Cela avait toujours été plus facile, pas vrai ? La familiarité suintait du comptoir, son ton s’en imprégnait tout autant que le mien. Comme on ravive d’une flamme nouvelle une braise depuis trop longtemps éteinte, voilà qu’il me gratifiait d’une complicité étrange à laquelle j’hésitais à céder même si, au fond, le souvenir de cette nuit suffisait à chasser la méfiance. En partie.

Les interrogations s’enchaînaient sans cesse, danse aussi folle et extatique que celle que nous avions partagée sous les stroboscopes de ce club berlinois. Si beaucoup y aurait vu un intérêt flatteur, j’y entendais des pas inquisiteurs. Les étoiles se rappelaient à moi, contrastaient avec cet homme que je ne connaissais qu’à travers le désir de sa chair et les soupirs d’un plaisir intense. Il n’avait pas besoin de savoir. Personne n’avait besoin de savoir quelle merde je remuais actuellement. Le mensonge était simple, il suffisait d’y mettre un brin de vérité.

▬ Mein Aufgabe… [Mon boulot… //Précision : Ce terme a une connotation qui suggère une « tâche » à accomplir, « une mission »//] finis-je par lâcher sur un ton légèrement plus pensif que je l’aurais voulu.

Sur le moment, je ne pus m’empêcher de me demander s’il avait vécu ici la dernière décennie sans pour autant me décider à le lui demander. Si cela était le cas, l’idée que mes voyages pour la Guilde m’aient conduit plus d’une fois dans le secteur sans jamais avoir croisé sa route avait quelque chose d’amer. Je repoussai néanmoins ce regret, il n’avait pas sa place dans mon existence. Lui aussi inspirait à autre chose et pourquoi pas à la surprise : entre mélancolie et âpreté, sa dernière déclaration criait son enthousiasme de me revoir alors même que je réprimais cette vague brûlante qui envahissait mon corps à chaque fois qu’une inspiration plus forte me laissait parvenir son odeur… Purée, quelle putain de nuit…

▬ Und es stört dich aber du bist enttäucht ? [Et ça te dérange ou tu es déçu ?]

Question bête, réponse idiote. Elle était collée sur ses lèvres depuis le début de cette conversation, telle les rayons du soleil à son zénith vous éblouissent. Seulement, l’envie de le tourmenter en lui infligeant cette demande était trop tentante, trop excitante. D’une certaine manière, j’étais totalement conscient de la petite stratégie perverse que j’adoptais sans vergogne : un coup d’échec pour le pousser à redevenir une fraction de secondes ce type déstabilisé et vulnérable qu’il avait été pour mieux le secourir ensuite. J’étais un connard au mieux, un salaud sans le moindre doute. Mais dix ans étaient passés par là. Dix fichues années qui le verraient peut-être me rétorquer avec une confiance débordante et que ferai-je face à cela ? Cette inconnue dans l’équation titillait ma curiosité autant qu’elle invoquait l’appréhension…

▬ Finalement, rien ne change, lâchai-je à voix haute. ▬ Toi, moi, un bar…

Un leurre. A lui, à moi-même. Rien n’était plus comme avant. Bientôt peut-être les choses seraient-elles encore bien pire, me pris-je à penser alors que la mission que je m’étais fixée me revenait en tête. Je la chassai d’un clignement de paupières, la proie ce soir était tout autre. Et en bon chasseur, je refusai de la laisser filer, elle et toutes les promesses que le hasard de nos retrouvailles nous murmurait déjà.







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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Lun 15 Oct 2018 - 19:56



En y repensant, en l'entendant à nouveau, il se rend compte que cet allemand, cette voix, cet accent lui ont terriblement manqué. Chaque intonation lui chatouille la peau, comme une caresse. Il se rend compte qu'il adorerait l'entendre parler plus longuement. Peut-être que lancer un débat serait intéressant mais il n'en a pas envie. Il a envie de savoir ce qu'il se passe dans la vie et la tête de son interlocuteur. Il ne savait rien à l'époque, peut-être qu'il en saura plus aujourd'hui, bien qu'au fond, très profondément, il en doute. Pourquoi ca aurait changé ? Qu'est ce qu'il y avait de plus ou de moins à cette soirée ? Qu'est ce qui marquerait la différence ?

Le ton dans la voix de Max sûrement. Il avait changé, inexorablement. Il était plus lourd, les conséquences plus visibles. Tout y était plus grave. Est ce que les rôles se serait inversés ? Est ce que la légèreté était maintenant du côté de l'aveugle tandis que le voyant avait plus de choses à penser, plus de chose à surveiller ? L'idée ne lui plaît pas vraiment. Il avait aimé, bien trop, cette brise allemande qui offrait une sécurité salvatrice. Il s'en était enivré jusqu'à ce que son corps lui hurle stop pendant que son esprit en demandait encore. Que faire ?

Mais finalement, comme un mécanisme rouillé qui se me doucement en branle, Max fait toujours ce petit pas en avant qui chasse les question et permet de se concentrer sur l'instant présent. Comme un enfant il a fièrement fait claquer son verre sûrement vide sur le barre avant de lui annoncer, en quelque sorte, qu'il y a toujours de la place pour un autre verre. Mike éclate une nouvelle fois de rire. C'est si enfantin, avec cette touche d'aplomb insolent, un délice. L'aveugle pose le coude sur le bar avant de laisser choir son visage dans sa paume. Comme un voyant qui savourerait du regard une silhouette bien trop appréciée. Lui ne peut que savourer le son de sa voix où la légèreté de son parfum. Il est à l'aise cependant, totalement. Non, il n'est pas pour autant en terrain connu mais potentiellement exploré et puis, qu'avait il à perdre en dehors de ce souvenir sucré et bien trop lointain pour ne pas qu'on en veuille le renouvellement ?

Il écoute attentivement la suite et bien que son sourire ne fane pas, il ne peux pas s'empêcher de réfléchir plus en avant alors que des bribes de leur conversation passée lui revient en mémoire. Il garde cependant ses réflexions pour lui, pour le moment tout du moins. La suite l'amuse déjà plus, son sourire se transforme pour reprendre cette teinte d'antan, ce sourire joueur. Max a avancé un pion, bien en évidence, comme un sacrifice.

-Tu ne me laisses pas beaucoup de choix. Est ce que je dois en conclure que c'est ce que tu ressens ? De la déception et de l'inconfort ?


Taquin, l'aveugle choisi de mettre son cavalier en branle, frapper plus fort, retourner la stratégie. Est ce que le bourreau sera déçu que l'aveugle ai autant changé ? Qu'il peut maintenant mettre un pied devant l'autre sans trébucher, sans douter ?

-Rien ne change ? Vraiment ?

Il se relève doucement pour se pencher en avant pour, comme cette fois là, venir souffler à l'oreille de Max non pas une invitation à danser, mais quelque chose de bien plus … Précis.

-C'est à ce moment là que je te demande de me faire confiance parce que tu vas passé une soirée mémorable ?


Il se rassoie sur son tabouret, bien content de son mouvement et se permet une gorgée de son latte avant de reprendre la parole :

-Prend ce que tu veux, c'est pour moi ce soir. Histoire de pouvoir trinquer aux retrouvailles après qu'on ai trinqué aux rencontres il y a bien trop longtemps.

Il sourit encore avant de glisser son pouce sur le coin de ses lèvres et de le lécher d'un coup de langue pour ne pas en perdre une goutte. Un réflexe qu'il avait acquit il a bien des années, alors qu'il portait encore des lunettes de soleil pour cacher ses yeux morts.

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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Jeu 18 Oct 2018 - 3:23

Wir werden uns wiedersehen
Mickael & Maximilian


Les sonorités claquantes de ce rire, je ne les connaissais pas ou si peu… Un bruissement d’ailes du papillon que j’avais vu percer sa chrysalide me revint en mémoire, mouvement léger d’une mélodie d’innocence factice sous une assurance candide. Le temps avait usé cette étincelle timide dans son regard éternellement vide et je me pris à penser que l’homme avait beau être à mes côtés, que sa présence pouvait bien être plus réelle que n’importe lequel des fantasmes qui avaient envahi mes nuits solitaires, que mes sens étaient déjà engourdis de tout son être, je ne savais quoi faire devant quelqu’un qui n’avait plus besoin de moi. Son attitude contrastait trop avec cette silhouette qui, dans mes souvenirs, était si peu à l’aise accoudée à un comptoir. Au final, pourquoi m’en tourmentai-je ?

Nous ne dansions pas ce soir et pourtant tout semblait tourbillonner. Cette rencontre fortuite virait à la valse décadente, dans une mesure où je n’avais plus ma place pour guider l’autre. C’était frustrant et intriguant à la fois, foutrement angoissant aussi. Les flashs des stroboscopes et la symphonie criarde du DJ avaient cédé place à l’ambiance tranquille d’un bar de quartier et j’eus soudain l’impression d’avoir pris bien plus de dix ans. Cette affaire familiale allait finir par me ronger l’essence même de ce que j’étais, il n’y avait qu’à voir où ma carcasse avait atterri : même pas une boîte, juste un débit de boissons où les étudiants du coin avaient établi leur quartier général si j’en croyais leurs rires insolents.

Dans mon dos et loin de mes préoccupations hésitantes, j’entendais les voix s’élever. Le manque de musique me sauta aux oreilles comme un bruit sourd et dérangeant. Comme s’il avait pu apercevoir mon trouble, Mike choisit cet instant pour laisser échapper une réplique provocante qui fissurait un peu plus l’image fragile que j’avais gardée de lui. Et maintenant, je devais réagir à ça : trouver une parade à cette avancée redoutée sur l’échiquier avant qu’il ne puisse déceler dans mon silence le doute qui s’immisçait peu à peu dans ma poitrine.

Et puis merde, autant être cash.

▬ Peut-être que oui, peut-être que non. C'est plus séduisant si tout est permis… laissai-je échapper dans un murmure en écho qui flotta dans les effluves d’ivresse avec sensualité.

Nous avions ressorti l’immense damier sur lequel un roi en toisait toujours un autre, mais la partie était loin d’être jouée d’avance. J’avais tenté un gambit et, au vue du coup qui avait suivi, je savais désormais la nature de mon adversaire toujours aussi séduisant. Mes iris clairs se perdirent un instant dans le puits sans fond des siens, j’aurais désiré m’y noyer, m’y perdre si abruptement qu’il aurait été impossible d’en revenir.

Peut-être aurait-ce été le moment de tenter un roque. Fuir pour me mettre à l’abri de ce jeu auquel nous reprenions goût malgré sa saveur inverse. L’envie de poursuivre la même stratégie était insaisissable et puissante, sans doute était-ce pour cette raison que j’avais tenté l’amalgame foireux qu’il retourna contre moi avec une aisance qui fit rater un battement à mon palpitant. Rien ne changeait, mais lui était l’exception. Celle qui abattrait toutes les visions d’extase d’une simple intonation trop sûre, d’un unique geste trop assuré. Mike évoluait désormais dans un clair-obscur maîtrisé, il s’y mouvait avec une confiance telle que j’avais moi-même dû l’afficher lorsque nos corps étaient entrés en contact sur cette piste berlinoise. Ma place n’était plus, mon rôle balayé.

Alors pourquoi mes jambes refusèrent-elles de me porter jusque la nuit noire où je disparaitrais en emportant seulement la sensation ancienne de sa peau contre la mienne et ce parfum ravivé d’un sourire épanoui. Car oui, il l’était. Ses lèvres s’étiraient depuis qu’il m’avait abordé et je craignais que ce sourire ne soit pas étranger à ce charme hypnotique qui exerçait sur moi sa force immobile. Il se pencha, mon regard ne quittait pas sa bouche des yeux.

Tout s’enchaînait. Trop vite. Moi l’impulsif, je me sentis presque pris au piège de ce souffle insolent qui vint réchauffer ma peau, mon visage. C’était comme promettre une famille à un orphelin, entrevoir la possibilité de retrouver un délicieux bonheur d’antan tout en sachant qu’il risquait de se révéler amer. Ce changement qu’il promettait à demi-mot aurait eu un goût de miel séduisant pour la plupart des aventureux. Pas pour moi. Pas plus que cette confiance aveugle qu’il me demandait. Peut-être y était-il habitué, songeai-je avec ironie, cependant dans ce domaine c’était à présent moi l’étranger et je détestais cela.

J’aurais voulu rétorquer. Lui balancer que le changement n’était qu’illusoire, qu’au fond rien ni personne ne changeait : nous étions et restions les mêmes êtres, connaissant des variations ininterrompues nous ramenant toujours à la même foutue conclusion, nous ne contrôlions rien. Quelques secondes, mes paupières m’isolèrent du monde. Evasion fugace, je m’éloignai de lui, de ce bar, de cette ville de malheur. De Wolfgang ? Ma main se serra autour du verre comblé d’absence, si fort que mes jointures en blanchir. Malgré sa belle aura orangée, le médium n’en saurait rien. Alors, comme on décide de reprendre sa vie en main en comprenant pourquoi ses vrilles se font de plus en  plus sournoises et acides, j’inspirai doucement mais profondément. Une bouffée d’air d’une flagrance propre à cet endroit et à cet instant précis, une bouffée d’oxygène qui pourrait être bien plus si j’acceptais, pour une soirée seulement, d’abandonner toute résistance.

Dans ses bras, cela avait été si naturel, si aisé… Une utopie, un rêve transcendé… Et si ce n’était plus rien de plus désormais que cette saveur sur les lèvres, cette délectation dans la bouche, cette caresse éthérée au creux des reins telle une œuvre d’une autre époque dont on ne pourrait plus qu’interpréter la magie pleine d’extase sans la revivre. En reprenant conscience dans cet environnement étranger, la première image que j’eus de mon amant irremplaçable fut cette provocation violente. Un doigt courrait sur sa langue dans une tentative de ne pas perdre une goutte de son breuvage. Ne perdre aucune miette de cette soirée… C’est sans doute là que je décidai.

Je refusai. Je refusai de me contenter d’un souvenir comme ceux qu’on évoque avec de vieux potes de lycée et qui finissent par rejoindre la cité de l’oubli.

▬ Je t’aurais bien dit de me surprendre encore une fois… fis-je avec un sourire en coin, si amusé de la situation que cela m’en aurait presque fait oublier l’inconfort. ▬ Mais visiblement tu ne suis plus mes conseils en matière de boissons depuis trop longtemps !

Un petit rire, le premier vraiment franc et détendu. J’étais peut-être capable d’entrer dans cet univers de malice qu’il me proposait, finalement ? Peut-être étais-je même capable de lui tenir tête et de lui montrer que les relents des fêtes coulaient toujours dans mes veines. Cependant, au fond, tout cela n’avait aucune putain d’importance. La seule chose qui importait était que bientôt nous retrouverions l’extase du partage, quoi que je doive supporter pour obtenir cette soirée mémorable, qu’à son tour, il me promettait du bout des lèvres. Parce qu’il avait raison… Cela faisait longtemps. Trop longtemps. Un simple petit mot posé là l’air de rien, mais qui semblait sonner comme un vœu ultime. Un défi même.  

▬ Le même que lui s’il vous plait ! lançai-je au serveur quand il s’arrêta à hauteur de ma main levée pour l’interpeler, j’avais soudain le goût du risque. Puis, m’adressant à Mike d’une voix plus grave que je ne l’aurais voulu, je fis tinter quelques mots sélectionnés avec soin tout en me laissant consumer par l’instant présent : ▬ C’est là que commence la confiance on dirait…

A bas les roques et la fuite ! Mes doigts avancèrent sur le comptoir, élan impulsif que je ne savais réprimer. Bientôt, ils trouvèrent le dos de la main de Mike. Un simple contact fugace avait suffi à électriser la moindre parcelle de mon corps et de mon esprit. Pour la première fois depuis longtemps, les deux vibraient à l’unisson du même désir coupable. Bon sang, que c’était bon.






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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Jeu 18 Oct 2018 - 18:30

Sa boisson lui réchauffe le gosier et l'estomac, il doute que ce soit le café ou l'alcool, non. C'est sûrement les épices qui contrastent avec délice la douceur de la crème. Les épices ou cette odeur qui lui a tant manqué pendant toutes ces années. Comment est ce qu'il doit définir cette relation ? Est ce que ce n'est qu'un coup d'un soir ? Pourquoi, si oui, il a tant envie d'en savoir plus, de connaître les détails ? Pourquoi est ce qu'il a encore les reliefs de son visages sous ses doigts ? Jamais il n'avait demandé depuis à découvrir le visage de celui ou celle qui avait partagé son lit. Juste Max. Comme s'il avait peur que découvrir un nouveau visage effacerait celui d'avant. Comme si une nouvelle nuit dans les mêmes conditions effacerait ce souvenir souvent trop présent à son esprit. L'aveugle sait qu'il a déjà manqué de respect à un ou deux partenaires en pensant à cette nuit berlinoise plutôt qu'à l'instant présent. Se rendant compte que ce coup d'un soir avait avait perdu sa saveur, remplacé par le son inaudible d'un soupir, le plaisir d'un parfum.

Non, définitivement, il ne peut pas ranger l'allemand dans cette case si volatile, cette case qui ne veut rien dire, qui permet l'oublie total le lendemain et le sourire gêné si un jour ils se recroisent. Son sourire est bien trop franc, il est bien trop heureux d'entendre à nouveau cette voix aux sonorités dures.

Est ce que c'est la décence qui le retient de plonger son visage dans la nuque de Max pour s'enivrer de son essence ? Sûrement … Il espère en avoir encore un petit peu en tout cas. Il faut calculer ses coups, mesurer ses pas. Trouver la meilleure stratégie. Est ce vraiment un jeu qu'ils jouent ? Est ce que ce ne serait pas une façon te tâtonner ? De voir ce qu'il se passe de l'autre côté de la barrière ? Peut-être bien que seul Mike le ressent comme ça. Sûrement.

-Qui a dit que tout n'était pas permis ?

Un autre sourire en coin alors qu'il referme les mains sur sa boisson. Une réponse sur le même ton, pleine de malice et de promesses. Oui ? Qui lui a permit de l'apostropher comme ça alors qu'il était peut-être en charmante compagnie ?

Le silence qui s'allonge le laisse cependant perplexe. Qu'est ce qu'il se passe de l'autre côté ? Par quelles obscures pensées est parasité l'esprit de l'allemand ? L’interprétation des silences est une spécialité de non-voyant mais ce soir, il laisse cette intimité à son interlocuteur. Il plonge ses yeux morts dans sa boisson avant d'en avaler une nouvelle gorgée. Il attend patiemment.  

Une remarque sur le choix de sa boisson. Ca, il n'en avait jamais douté. Il entend à nouveau ce gars de la mi-vingtaine qui se moque de son choix, qui rit gentiment à sa maladresse. C'est lui, c'est cette personne qu'il a rencontré dans cette boîte de nuit.

Toujours un sourire, ni taquin, ni joueur, juste heureux, amusé. En le voilà qui commande la même chose. C'est parfait, ce détournement est délicieux !

-Quoi que j'aurais commandé, tu l'aurais critiqué je pense, alors autant prendre ce qui me plaît, hm ?

Mais cette atmosphère légère ne dur pas. Pas encore.

La confiance. Il n'est plus question de jeu, il n'est plus question de malice ou de taquinerie. Cette confiance laisse présager autre chose. Quelque chose de bien plus lourd. Comme une vérité. Est ce qu'il se fait des idées ? Sûrement.

Complètement. Il est allé bien trop loin dans son interprétation. Cette caresse sur sa main, il est loin d'être près. Rarement touché, il a d'abord un sursaut, très léger mais présent.

Puis l'étincelle se fait, dans son noir personnel, au fin fond de sa poitrine, une flammèche s'allume. Un souvenir se ravive, encore plus fort, encore plus vrai. Le contacte de sa peau.  De cette peau si chaude, il en avait savourer chaque parcelle, il en avait rêvé pendant des heures et elle était là.

Doucement, comme s'il avait peur de faire fuir un papillon aux ailes splendides par un mouvement trop brusque, il tourne la main sans laisser les doigts de l'allemand quitter sa peau. Et va finalement les attraper pour les enfermer dans sa paume devenu chaude grâce au café de sa boisson.

Une douceur sans pareille, comme un souffle sur une flamme pour la faire grandir. Mike a l'impression de dépoussiérer une étagère. De retrouver ce cocon de bien être et de sensualité. Il le reconstruit doucement, il souffle dans cette bulle de savon pour la faire grossir, pour les enfermer tout les deux.

-Eh Tafiolles, allez faire vos cochonneries ailleurs.

La bulle éclate. Bien trop tôt. L'aveugle ouvre de grands yeux surpris.

L'homme bien trop aviné à un siège de Mike.

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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Ven 19 Oct 2018 - 21:19

Wir werden uns wiedersehen
Mickael & Maximilian


C’est grisant, d’une certaine façon. Entre nous, les choses avaient évolué, le temps s’était écoulé et malgré tout, nous nous retrouvions là à nous contempler de nos yeux aveugles de bien des manières. S’il ne pouvait me voir, l’idée qu’il puisse me deviner me hantait tandis que je me voilais la face. J’avançai vers lui dans ce brouillard des souvenirs, trop égoïste pour souhaiter autre chose qu’une satisfaction brutale d’un retour en arrière, d’un corps enlacé dans les bras d’un autre, d’une bouche s’aventurant à la moindre parcelle de nos peaux. Fantasme saisissant, tout me parut soudain terne comparé à ses traits lumineux. A croire que le simple fait d'avoir choisi l'évasion me permettait de ne plus me perdre dans des interrogations existentielles douloureuses. N'existait que lui et ce qu'il pourrait m'offrir...

Je ne l’écoutai déjà plus vraiment quand ses lèvres s’entrouvrirent pour me glisser une remarque à propos de nos verres. A vrai dire, l’alcool et toutes les boissons du monde n’avaient plus aucune espèce d’importance désormais. L’ivresse s’insinuait entre nous autrement : plus légèrement, plus subtilement, plus passionnellement.

▬ Exact, me contentai-je de lâcher en réponse à sa remarque.

Si nous nous étions vraiment connus, peut-être cette discussion aurait-elle pris un sens différent. Elle se serait aventurée sur les chemins d’une complicité réelle, d’une amitié naissante ou d’un attachement potentiel. Au lieu de cela, les navires à la dérive que nous étions autrefois avaient eu beau rentrer au port, ils n’en restaient pas moins de furieux vaisseaux qui avaient besoin de se frotter aux écueils dans une tempête d’étoiles. Cette pensée en tête, le lâcher-prise était facile : d’autant plus quand il ne s’agissait que d’une façade et que le moindre geste résultait d’un calcul savant dont l’équation finale révélait toujours au grand jour le résultat d’une spontanéité franche. Inexorablement impulsif, aurait dit certains. Moi, je disais fougueux. Peut-être l’étais-je trop d’ailleurs.

Sa réaction me prit au dépourvu, sursaut léger mais perceptible qui me fait douter un instant. Aurais-je été trop brusque en capturant ce papillon finalement bien plus fragile qu’il n’y paraissait ? La simple idée d’avoir brisé ses ailes, écorné les couleurs vives de son sourire qui s’était soudainement fané provoqua en moi une vague indescriptible. Ma mine se ferma, mes sourcils se froncèrent. Au bout de mes doigts qui ne demandaient qu’à goûter une nouvelle fois à ce frisson si intense qui résonnait encore dans mon bras comme un délice sans égal, je perçus cette fraction de seconde durant laquelle le masque s’était fendillé. S’engouffrer dans la brèche aurait été si tentant et je l’aurais fait. Avec n’importe qui d’autre, cette faiblesse passagère aurait été exploitée jusqu’à sang : je m’en serai délecté jusqu’à ce qu’il n’en reste plus une goutte, sachant qu’elle prouvait une fois de plus que mon manque de confiance en cette apparence qu’on portait tous sur nos épaules était plus que justifié. Mieux, qu’elle m’avait donné l’avantage. Pourtant, rien ne se produisit. Figés dans les airs, mes doigts demeurèrent à seulement quelques millimètres de sa peau. Mon souffle se stoppa. Mes yeux clairs ne quittaient plus l’obscurité des siens. Le doute. Immense.

Les questions valsaient à présent. On y percevait les relents amers d’un désir qui volait en éclat et d’une culpabilité balbutiante qui s’invitait sans crier garde. Le genre d’émotions que je ne me permettais pas. Celles-là étaient pour les autres, pour ceux que mon regard transperçait et envoyait en Enfer. Pas pour moi et une caresse volée… Mais alors pourquoi diable me sentais-je fébrile devant ce recul et ce risque d’avoir tout foutu en l’air ? Parce que j’avais besoin d’un plan d’un soir pour tromper ma solitude et mon incompétence dans une ville étrangère ? J’aurais voulu croire qu’il ne s’agissait que de cela, mais au fond je savais qu’il s’agissait de foutaises.  

Alors, quand Mike brisa l’immobilité de cet instant suspendu dans les méandres du temps, je ne pus retenir le sourire franc et soulagé qui s’étala sur mon visage comme le phare illumine les ciels d’orage. Point de naufrage avec cette douceur qu’il mit dans ce mouvement mesuré et tendre qui enveloppa bientôt mes doigts dans sa paume. Un soupir silencieux m’échappa, ultime trahison de cette anxiété que la seule peur de l’avoir brusqué avait suffi à déclencher.

C’était simple. C’était beau. Rien a en dire de plus. Juste profiter de cette préface splendide qui avait déjà toutes les allures de son aînée avec l’élégance de ce frôlement sur la piste, de cette promesse dans un geste, dans un souffle, dans une preuve que tout pouvait arriver. Comme si je craignais qu’il ne fuie, et peut-être était-ce le cas même si l’aveu n’aurait jamais franchi le seuil de mon esprit, je sentis mes doigts se serrer légèrement dans cette étreinte prude pour capturer la sensation inédite, étincelle d’un bûcher que nous devions d’allumer en pleine conscience.

Une voix. Une parole. Un mot.

L’incendie dans ma poitrine s’était transformé en brasier. Si le contact chaud de la peau de Mike aurait pu ne pas y être étranger, la lueur rouge qui flottait à présent dans mon champ de vision n’avait plus rien du jeu séducteur. C’était une passion féroce et violente qui m’envahissait et j’allai détruire la tronche de cet abruti pour avoir osé nous causer sur ce ton. Balayée, détruite, saccagée la tendresse des retrouvailles, ne restaient que les sonorités rauques de cet homme qui polluait cet air si pur que nous partagions encore dans notre bulle quelques secondes auparavant. Elle avait explosé, tout comme l’ensemble de mes pensées qui ne supportaient pas ce qu’elles percevaient. Un regard à Mike, bref et pourtant si intense. La surprise amère dans ses yeux, je ne la supportai pas. Je refusai de voir dans ses traits autre chose que ce que j’avais goûté toute cette nuit durant. Déjà son sourire charmeur et bien trop heureux me manquait. Devant moi, les couleurs se mouvaient et devenaient plus sombres, plus rougeoyantes et enragées. Déjà, je ne voyais plus le monde du même œil, je sentis le contrôle se fissurer.

▬ T’as un problème Scheißkerl [connard] ? crachai-je dans un instinct abrupt, prêt à exploser.

Mon corps n’était plus que tension. Comme des milliers de cordes d’instruments prêts à jouer une symphonie rageuse, mes muscles créaient des reliefs saillants sous ma peau. Dans mon cou, la crispation se propagea en faisant vibrer ma mâchoire que je m’efforçai de garder serrée pour éviter d’aller trop vite en besogne. J’étais un Bourreau de la Guilde, je devais me tenir, je ne devais pas casser sa sale petite gueule d’ivrogne. Et pourtant, j’allai le faire : ce fut une certitude dès que sa bouche s’ouvrit une fois encore pour déverser le poison dans mes veines.

▬ Ouais… J’cause pas avec les pédales !

Ma main, toujours piégée dans celle de Mike, avait refermé sa prise dans une tentative de protection vaine. L’instant d’après, nos mains se quittèrent. Je n’eus même pas le temps de sentir à quel point j’avais pu enlacer la sienne dans la mienne lorsque j’avais entendu ce voisin de comptoir nous interpeler, une mise à l’abri inefficace mais réflexe que je ne me connaissais pas.

D’un mouvement sec, je me redressai. Le tabouret crissa sur le sol, laissant des marques mates dans le carrelage sali par le passage de dizaines d’inconnus. Seulement, il y avait bien pire raclure ici que ces traces terreuses sous nos pieds… Cet ivrogne savait-il qu’il aurait mieux fait de la fermer ? Que bien que mon amant soit toujours à portée de mon étreinte, rien ne comptait davantage que de faire regretter l’affront de manière propre, impulsive, violente. L’honneur, toujours et encore. Ce type n’en avait aucun. Mon poing déjà se fermait en accumulant dans sa paume toute la rage que ce genre de propos m’inspirait. J’aurais dû savoir me retenir, serrer les dents et le remettre simplement à sa place au lieu de quoi j’avais envie de lui claquer le crâne contre ce comptoir rayé au fil des années par tant de boissons que les tâches de liqueurs y dessinaient presque un motif impertinent. Parce que oui, je voulais qu’il souffre d’avoir craché sur ce moment si particulier que nous venions à peine de recréer. Il l’avait traîné dans la boue comme une vulgaire dépravation et je n’aurais pu dire si c’était l’ambiance étouffante de tous ces alcooliques en train de se péter le foie ou la fureur sourde d’un instant perdu à jamais qui me fit perdre pied alors que je contournai Mike pour venir à la rencontre de l’indélicat installé à côté de lui. Je lui promis intérieurement de ne pas être déçu du voyage.

Quel était ce son rauque qui tenta de sortir de sa gorge, peut-être bien un ricanement mauvais comme si cela pouvait rendre ma menace moins réelle. De son rire gras et écœurant suintait du dégoût, au moins autant qu’il m’en inspirait avec ses répliques aberrantes, caché derrière ce contraste entre son apparence de rebelle au crâne rasé mais au costume de mec bon chic bon genre qui allait pourtant se noyer dans un verre d’une mauvaise pisse de comptoir. Me voyant me planter devant lui, il se leva et lança une énième réplique. Qu’est-ce que je foutais là ? demandait-il en y ajoutant une belle injure. Il n’allait pas tarder à le savoir.

Il essaya de me repousser, se jeta même en avant d’un bond déséquilibré pour venir me balancer un coup que j’esquivai la seconde suivante. Dans le même mouvement, je lui collai finalement le premier pain qui l’envoya valser tête la première sur le bord du comptoir. Gueule en sang ? Tout juste un filet qui coulait de son pif, décevant. Alors je l’attrapai par le col, ce pauvre mec qui en avait assez dans le pantalon pour nous insulter mais pas pour se relever après une misérable droite. Je n’aurais pas dû m’emporter, mais à ma décharge ce type aurait dû fermer son clapet et ne surtout pas tenter d’asséner le premier coup. Emotions sanguines de peur, d’angoisse et de besoin de justice, tout se mêlait et ma prise se figeait de plus en plus serrée sur ce salaud dont le visage m’apparaissait de plus en plus rougeoyant. Désormais, mes iris flambaient et ce ne fut que lorsque mes pupilles se perdirent dans les siennes que je sus qu’il était trop tard.

Les images vinrent et éclairèrent mon esprit comme autant de flashs projetés sur un écran blanc de cinéma. Des stroboscopes lumineux d’abord, indescriptibles et flous puis l’incontrôlable séance commença. Les scènes se succédaient, toutes plus terribles. Il y avait bien des manières de faire du mal à quelqu’un et ce salopard de saoulard avait fait souffrir plus d’une personne. Cette femme à qui il avait promis monts et merveilles pour mieux la larguer après qu’elle se soit attachée à lui, ce père qu’il avait renié après qu’il ait voulu l’aider en n’acceptant pas l’évidence de son problème avec l’alcool, ces hommes aussi qu’il avait attendus au sortir de certains bars pour leur apprendre ce que c’était d’être « vraiment » un homme…  

Supportable. Pour moi, cela n’était qu’une vision de plus, une de celles qui n’étonnent plus et ne blessent plus. Une réalité banale à ranger dans les atrocités quotidiennes. Toutefois, pour cet homme face à moi, c’était bien pire : vrillait son crâne la douleur que ses poings avaient infligée, torturait son âme la tristesse de cette fiancée éconduite et le désespoir de ce patriarche repoussé… Et moi, je restai là. Figé, impuissant à arrêter moi-même ce flot infernal que je n’avais pas voulu. Conscient de mon erreur, impuissant à la réparer tant sa puissance était destructrice. La mine de l’homme à l’aura d’un beige pâle dut finir par se tordre dans une grimace affreuse, mais je n’entendis que son hoquet étranglé dans un cri sourd.

Alentours, les conversations se poursuivaient même si des voix se muèrent en murmures, puis se turent. Cependant, je n’entendais déjà plus ce calme s’installer, la mélodie douce de l’écume pleine de fraîcheur que je partageai avec Mike avait laissé place à une mer déchaînée et indomptable dont je ne savais si je serai capable d’en arrêter la déferlante.  






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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Dim 21 Oct 2018 - 6:41

Une douche froide s'abat sur lui alors que la bulle explose. Comme si elle les protégeait de la méchanceté et de la bêtise de l’Extérieur. Elle leur offrait ce petit moment de silence paradisiaque qu'il leur manquait pour pouvoir repartir dans les méandres de ces plaisirs jamais oubliés, juste peut-être un petit peu poussiéreux. Mais non, son voisin de comptoir en avait décidé autrement en les abordant, leur détruisant leur moment. Ces mots lourds et irrespectueux au possible. Qu'est ce qui avait bien pu traumatiser ce pauvre gars pour que ce soir, spécifiquement, il vienne les emmerder eux. Il n'y a rien d’indécent à un sourire complice, à un regard peut-être partagé ou a quelques mots innocents. Une caresse qui aurait pu être tout à fait anodine. Qui l'aurait été si ce n'était pas deux hommes qui l'échangeait.

Mike, en bon professeur et aveugle de surcroît, ne sait pas comment comprendre ce genre de pensés fermées et jugeantes. Qu'est ce que ca pouvait bien lui faire que deux personnes du même sexe échangent un verre, effleurent une main pour créer une magie qui ne devrait être refusée à personne. De quel droit leur refusait il ça ?

Le medium, pacifique de son état, eut un mal fou a refréner sa colère, à laisser sa patience arrondir les angles et détruire cette négativité qui aurait pu le ronger et le faire exploser. Une demi seconde ses sourcils se froncent, son sourire s'évanouit et ses mâchoires se serrent mais cette main, ces doigts chauds au creux de sa paume le ramènent à la réalité, celle qu'ils essayent de créer. Il referme un petit peu plus le poing sur cette réalité instantanément brisée. Mais il a l'espoir de tout oublié pour souffler à nouveau la bulle. Non.

Voila une chose qu'il apprend de Max, une chose qu'il avait entraperçu des années plus tôt. Le voyant est sanguin. Sa réplique, direct et violente claque dans l'air. Les mots sont simples, provocation banale mais le ton est sans appel, mieux vaux ne pas y répondre, s'écraser. Mais non. L'abruti relance les dés tout en sachant qu'il en avait moins que Max en face de lui. Nouvelle réplique, idiote et dénuée d’intérêt. Mike, dans une dernière tentative pour éviter le pire, entrelace ses doigts entre ceux de Max pour tenter de le garder avec lui, de le calmer aussi. Naïvement, il a l'espoir d'avoir ce pouvoir.

Non, loin de là. La chaleur allemande quitte sa peau, s'envole avec les souvenirs merveilleux. Un son strident qui arrache une grimace au non-voyant, un tabouret violemment repoussé et l'aura orangée qui se relève précipitamment. Mike la suit du « regard » tandis qu'il le contourne. Une inquiétude irraisonnée réveil son don. Mais différemment, ce n'est pas lui qui est la cible, ce n'est pas une nausée qui le prend, plus de l'inconfort, comme si le monde pouvait être en danger sans que ca ne soit visible par le commun des mortels. Une force extérieur.

L'aveugle ne se concentre pourtant pas dessus, pas encore parce que le reste du monde est encore en mouvement. Les sons lui parviennent étouffés, il ne se concentre que sur cette force qui émane de Max tout proche de lui et pourtant inaccessible. Et le spectacle commence. Les auras se mouvent et s'intervertissent, se rentrent dedans et se repoussent.

Et un bruit mat. Sous son coude le comptoir vibre légèrement, cet établissement ne doit pas être d'une qualité toute relative. La joie de ne pas pouvoir s'en rendre compte. Pas un son ne passe la barrière des lèvres de l'humain, pas même un grognement. Son répit n'est pas pour tout de suite.

Pourtant, tout semble immobile ; autour d'eux, plus un son. Que pensent donc les autres ignares qui se beurrent la gueule ce soir ? Est ce qu'un sourire pervers orne leurs lèvres alors qu'ils se délectent du spectacle ? Le silence est lourd, suspendu. Jusqu'à ce qu'il soit brisé par ce hoquet de pure douleur. Qu'est ce qu'il se passe ?

L'aura beige se recroqueville aux pieds de Max qui ne bouge pas, pas un distorsion dans l'air, pas un mouvement dans son aura. Qu'est ce qu'il était en train de lui faire ?

Finalement, l'aveugle choisi d'intervenir. Comment ? Il n'en a aucune idée, son corps parle pour lui.Il se souvient d'une caresse douce que lui faisait sa mère quand il faisait des cauchemars. Il se souvient d'une main chaude sur son visage.

Il se lève, en confiance, entonnement, et se glisse dans le dos du medium voyant. Sans pour autant laisser sa poitrine toucher le dos de Max, il se met assez près pour que sa chaleur corporelle soit perceptible, même si tout reste infime. Sa main vient caresser le poing encore fermé alors que son autre main vient glisser sur le visage de Max pour se poser sur ses yeux. Une caresse douce. Comme sa mère avant lui, comme si elle pouvait isoler du reste du monde ses yeux pourtant jamais présents. Mais cette douceur qui isole et recentre, c'est ce qu'il a envie d'offrir.

Il enferme dans un noir bienveillant le regard de Max avant de lui glisser à l'oreille :

-Est-ce qu'il en vaut vraiment la peine, bourreau des cœurs ?

Présentation succincte qu'il lui avait offerte des années auparavant. Mike n'a aucune idée de ce qu'il se passe vraiment mais un medium contre un humain, il se doute d'un don en action. Lequel ? Il n'en a aucune idée. Il n'a pas à le savoir et espère qu'un peu de douceur suffirait à le ramener auprès de lui. Sa pression n'est pas insistante, il effleure à peine les cils de son amant d'antan. Sa main par contre emprisonne sa jumelle entre ses doigts, les pressant doucement pour lui offrir un retour à l'instant présent. Quelque chose de tangible.

Un air inquiet s'installe sur son visage, assombris ses traits. Pour qui est ce qu'il s'inquiète ? Pour cet homme dont les sanglots douloureux s’élèvent dans le silence alcoolisé de la salle ou Maximilian qui est sûrement à l'origine de cette douleur mais dont la colère semble destructrice plus pour lui que pour le reste du monde....

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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Dim 21 Oct 2018 - 19:28

Wir werden uns wiedersehen
Mickael & Maximilian


Les bouteilles alignées négligemment sur les étagères derrière le bar, mixité de couleurs éthyliques qui parait d’or ce bar et lui donnait une allure fréquentable, avaient disparu. Les lueurs nettes des vieux lustres couplés à des néons bas de gamme dans un assemblage incongru ne reflétaient plus les étincelles dans les liquides dont se gorgeaient les clients. Et ce silence qui s’était installé sans crier garde… Ce silence était assourdissant. Bien plus que la musique au rythme électrisant qui avait battu nos oreilles lors de notre rencontre, il nous encerclait de son étau claquant. Le son, encore et toujours. Quand nos regards ne voyaient plus, restait cette ambiance autour de nous : des vibrations palpables sur nos peaux, même quand leur absence sonnait comme une musique. Une mélodie d’une sensibilité criarde que je ne percevais plus alors que résonnaient en moi d’autres souvenirs, étrangers à mon être mais pourtant si réels…

Il avait un visage banal, cet homme dans la soixantaine dont les traits figés avaient du mal à dissimuler l’amertume et l’impuissance. Il se faisait implorant désormais, tandis que son fils lui tournait le dos en lui crachant son venin. Puis la pièce au style rustique fut remplacée par l’ombre d’un réverbère. Dans une flaque trop sale pour qu’on y voit son reflet, un homme peinait à se redresser. Un ricanement, un de plus et voilà qu’il s’effondrait dans la crasse et la poussière. Nouvel élan de son agresseur, nouvel élan de ce poids que mes iris faisaient peser dans son esprit. Ma prise ne suffit pas à le maintenir debout et, à présent victime devant le bourreau, il suivit le destin de ce pauvre type qu’il avait jadis tabassé en se retrouvant agenouillé à mes pieds. Sa tête brinquebalante roulait négligemment sans qu’il ne soit capable de se défaire de ce contact visuel qui nous unissait pour le pire. Le meilleur, il n’y avait aucun droit.

Ainsi penché en arrière avec un soupir guttural accroché à ses lèvres à demi ouvertes, on aurait dit qu’il contemplait les étoiles. Seulement, le ciel n’en avait aucune à lui offrir. Il ne méritait que l’obscurité d’une nuit profonde où vivaient des monstres tels que moi, justicier qui n’avait rien du héros mais tout du vengeur. Mes pensées s’obscurcissaient, se faisaient moins tangibles, moins raisonnées, comme à chaque fois que je me laissais envahir et que le don prenait le dessus. Ce brin de magie qui irradiait et faisait de nous des médiums n’était pas anodin, il était subtil et destructeur à la fois. Or, c’était avec ce côté sombre que je devais me débattre sans en avoir la force. Ou était-ce l’envie qui m’en manquait vu l’aigreur qui persistait au fond de ma gorge ? Ce goût amer d’un instant volé que je voulais lui faire expier…

Dans ma paume, mes ongles courts n’avaient même plus le pouvoir de m’infliger une sensation suffisante pour me raccrocher à cette réalité. Les visages se succédaient dans mon esprit, tous marqués par le même sceau imprimé dans la chair comme on marque le bétail. Leur douleur se répandait dans ses veines ingrates, il ne comprenait pas encore : il ne comprendrait jamais et c’est pour cette raison que je ne pouvais pas m’arrêter. Parce qu’il était ce qu’il était. Un salopard. Je l’aurais détruit, réduit à néant cette ignominie qui lui servait d’âme… Je ne l’avais pas senti s’approcher, cette silhouette bienveillante qui bientôt m’envelopperait dans un drap de douceur. Toutes les images étaient trop révoltantes, trop insultantes, trop banalement quotidiennes sur cette terre… Alors quand je sentis des doigts sur ma main aux jointures blanchies par tant de tension, je faillis avoir un mouvement de recul, un geste brusque, un réflexe violent.

L’impression d’étouffement vint simultanément à celle de l’apaisement. Contraste inattendu que je ne compris pas, que je niais et finis par rejeter ! Cette main apparue subitement dans mon champ de vision n’avait rien de l’étoile filante salvatrice mais tout de l’éclipse blessante. Aveuglé, la rage refoula comme des millions d’épines. La projection stoppa son visionnage malsain sans emporter dans ses bagages impurs la colère féroce qui brûlait encore ma poitrine et enflammait cette main prisonnière. L’étreinte me parut insoutenable dès l’instant où la pénombre me coupa dans cet élan de noirceur que j’avais infligé. Je me dégageai vivement de cette prise pourtant douce, aussi aérienne qu’une caresse, mais qui déclencha en moi cette nécessité de fuite inexorable. Comme un animal acculé qu’on venait de stopper en pleine chasse, je montrai les crocs sans distinction.

Faisant volte-face d’un geste bien trop brutal, j’agrippai le poignet de ce cache qui me barrait la vue sans entendre son murmure à mon oreille. Mes doigts se plantèrent dans sa chair tandis qu’en me tournant, je le tordis légèrement. Une expression mauvaise flottait encore sur mon visage lorsque de mon autre main je refermai une emprise sur sa chemise. Je me retrouvai face-à-face avec Mike. La fureur se lisait certainement dans mes traits, pareille à cette souffrance froide et morte qui stagnait dans mon esprit même si j’avais appris à vivre avec à chaque nouvelle incursion dans un passé rempli de tourments.

▬ Scheiße ! [Merde !]

Le murmure m’échappa dans la seconde où je me rendis compte de mon erreur. Mes erreurs.

Le sentiment que réveillait son regard dans le mien, caresse au bord des cils, vint rallumer la lueur d’espoir qu’il existait encore en ce bas monde, ce bonheur insolent qu’il avait su me faire entrevoir plus tôt par son simple sourire. Je détournai le regard aussi vite que je pus, le libérant de mes entraves et faisant un pas en arrière. Putain, qu’avais-je foutu… Autour de nous, j’apercevais les ombres des clients projetés sur le sol. Je les imaginais porter des jugements contraires, nous couvrir de leur incompréhension, se noyer dans les soupçons étranges soulevés par la scène que je leur avais offerte. Et je m’en voulais… Pas d'avoir anéanti ce salaud ainsi, non. J'aurais dû lui faire pire. Mais il y avait ce spectacle d'une discrétion incroyable que j'avais proposé bien malgré moi... Putain… Qu’est-ce que je pouvais m’en vouloir.

Je fermai les yeux dans une grimace. Les émotions se bousculaient encore bien trop au portillon pour que j’ose ne serait-ce que croiser les pupilles de quiconque… Et surtout pas celles si étincelantes de ce mec qui était intervenu. Non, qui m’avait aidé même si je refusais de l’admettre.

▬ Faut que je sorte…

Remarque sans appel. Je fis un pas pour le contourner. Les paupières closes me barraient la vue : la tête baissée, je n’osais plus les entrouvrir vu les dégâts infâmes que je m’étais permis. Massacre incandescent, il risquait de laisser des traces aussi bien dans l’existence de cette raclure que dans mes états de service si je venais à recroiser une des créatures de ce bar dans d’autres circonstances. Cependant, là n’était pas le plus grave. Les pensées qui voltigeaient dans un désordre sans nom me rappelaient que j’avais mis bien plus en péril que la seule santé mentale de ce type… J’avais manqué à mon devoir, j’avais failli… J’avais… Dans un reflux vindicatif, je me renvoyai ma haine en pleine gueule. A nouveau, le voile rougeâtre se fit plus net. Moment de panique, je portai une main devant mes yeux dans un cache de fortune et je heurtai le tabouret sur lequel était assis mon ancien amant quelques minutes plus tôt. Manquant de tomber en avant, je me rattrapai de justesse. Pitoyable.

Une inspiration de plus. Une seule. Profonde et lourde. Douloureuse.

▬ S’il te plait… murmurai-je dans un appel inavoué.

Mâchoire serrée, mes paroles étaient destinées à la seule personne qui pourrait me guider dans l’obscurité de cette nuit si belle devenue si rebelle. Cette nuit où la supernova venait d’exploser, laissant une galaxie éparse dont je ne savais quel secours stellaire pourrait apaiser le coupable embrasement.







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MessageSujet: Re: Wir werden uns wiedersehen [PV Max]   Hier à 18:54

Il est venu pour un verre ce soir, un verre déjà payé et s peu entamé. En d'autres circonstances peut-être qu'il aurait prit soin d'en profiter un petit peu plus. Mais à l'instant, c'est bien la seule chose à laquelle il ne pense pas et qu'il oublie même volontiers. Le silence est trop lourd, l'ambiance est étouffante. Il n'y arrive pas. Impossible, malgré ses efforts, de créer un semblant de cocon, un semblant de chaleur enveloppante. L'enjeu est trop grand bien qu'il n'ai aucune idée de ce que c'est vraiment. Debout derrière Max, il ne sait pas ce qui lui a prit, ce qui lui prend. Est ce qu'il allait le repousser ? Lui demander de ne pas le traiter comme un enfant ?

Qu'est ce qu'il se passe ?

Jamais encore il n'a eu autant de mal a accepter son noir personnel. Que voient les autres pour qu'aucun de réagissent ? Qu'a fait Max ? Dans quel état est l'autre ? Pourquoi aucune compassion ne vient lui chatouiller la poitrine comme à son habitude ? Est ce qu'il se sent touché du geste de Max bien qu'il soit potentiellement démesuré ? Il n'a pas l'impression de penser, juste d'agir. Pourtant, il rêve de les enfermer tout les deux dans un nouveau noir qui n'effacerait que le reste du monde. Qui les laisserait là, ensemble à essayer de calmer la crise. Crise dont l'aveugle n'a finalement aucune idée. Juste eux deux. Il a envie d'être celui qui offrira de l'aide mais il sent l'entièreté de son être être d'une inutilité insupportable. Comment un medium plein de colère et en pleine possession de son corps pourrait être impacté, aidé par un geste enfantin ?

C'est difficile pour lui.

Et finalement, il a sa réponse. Oui, il ne sert finalement qu'a empirer les choses. Cette idée lui détruit le cœur mais ce n'est pas le moment pour se pencher dessus. Une prise dure, les serres d'un rapace qui s'enfoncent dans le corps faible d'un lapin qui deviendra déjeuner. Implacable. Douloureuse. Mais il ne bronche pas. Pas un plis sur son visage alors que son poignet ne prend pas forcement la direction prévu. Il plonge plutôt ses yeux vides quelques par sur le visage de Max, les traits fermés. Inexpressif. Une poigne de fer s'écrase sur sa chemise, il a un balancement déstabilisé, bousculé par la force de ce geste. Mais son expression ne change pas. Une indifférence toute calculée.

Il a l'habitude, Abe a parfois ce genre de comportement impulsif et violent. Ne pas réagir est la solution la plus simple qu'il ait trouvé pour l'instant. Afficher sa douleur faisait culpabiliser, rire aggravait la situation, s’énerver créait un cercle vicieux. La neutralité est tout ce qu'il connaît d'efficace.

L’étau se desserre vite pourtant alors qu'un soupire lui échappe. Il recule, s'éloigne de lui. Mike ne comprend pas ce qu'il se passe, ce que Max vit, ce qu'il fait. Ce n'est pas possible pour lui. Il ne saura sûrement jamais. Il voit juste le voyant s'éloigner inexorablement. Il ne peut rien faire de plus. Chose inutile.

Il faut qu'il sorte … ? Pourquoi recule t'il encore ?

Mike tend la main dans l'espoir de l'atteindre.

Il entend le son d'un tabouret bousculé, légèrement, sans violence. Il voit l'aura vaciller. Une inquiétude douloureuse lui enserre les entrailles. Pourquoi ? Pourquoi est ce que ce coup d'un soir attire tant sa sympathie ? Pourquoi veut il à ce point qu'il soit bien, que tout se passe correctement pour lui alors même qu'il ne connaît que son nom et son corps ? Foutu empathie ? Non. Jamais il ne regrettera ce genre de sentiments. Ils peuvent être piétiner, il offre son intérêt, ce n'est pas pour le récupérer. Le receveur peut bien en faire ce qu'il souhaite. C'est donné, il ne revient pas en arrière.

Et vient alors ce murmure. Un appel à l'aide. Ce « s'il te plaît » qui n'est pas celui de la politesse. Ce « s'il te plaît » qui a besoin d'une réponse positive plus qu'il ne demande la permission. Une aiguille lui transperce le cœur, une douleur aiguë qui s'accroche. Un trou minuscule et présent. Sa gorge se serre. Il aurait préféré ne jamais l'entendre. Pas comme ça. C'est trop faible, trop léger.
Un nouveau masque se fissure. Totalement différent, la craquelure est plus lourde et pourtant moins visible. Contraste étrange. Il ne veut jamais le revivre. Il ne veut jamais le réentendre. Pas de cette bouche, pas de ces lèvres. Ce n'est pas ce qu'il a aimé cette nuit. Ce n'est pas la faiblesse qu'il veut découvrir.

Il sait, d'expérience, que pour eux, pour ceux qui dominent, pour les grands, ces mots sont difficiles. La douleur doit être bien plus grande pour lui.

Le temps se suspend. Figé dans l'espace alors que cette demande se répète dans son esprit. Il doit agir. Absolument. Il n'a pas le droit de le laisser, pas comme ça.

Il tend la main un nouvelle fois, se dirige vers l'aura orange qui s'est éloignée. Il passe devant l'humain toujours au sol, sanglotant. L'aveugle n'a qu'a laisser sa main glisser le long du bras de Max pour retrouver le poing toujours serrer.

Comment pouvait il faire guide ? Lui qui ne voit pas, pourquoi est ce qu'il aurait le privilège de l'attirer vers d'autre ténèbres ? Qui est il pour pouvoir prétendre à ça. Personne. Rien. Mais il le fait, il ferme les doigts sur cette main trop tendue dont les muscles et les tendons sont saillants. Une nouvelle caresse. Lentement, il l'attire à lui, l'emmène dans son sillage. Il a l'impression de guider un jeune aveugle, c'est lui qui voit pour une fois, mais jamais il ne le saura. Il ne sait pas ce qu'il fait, dans quel but. Mais ce n'est toujours pas ce qui importe.

D'un pas sûr mais mesuré, il évite les badauds qui n'ont pas bougé, contourne une table de billard qui trône sur leur chemin et finalement pousse la porte du bar. Un vent frais vient caresser leurs visages. Un silence d'une nature tout à fait différente prend sa place. Délicat, le silence de la nuit. Pas un bruit de moteur, pas un aboiement, pas un cris d'enfant. Le silence d'une brise.

Une pression dont il n'avait pas conscience jusque là s'envole, comme libéré d'un carcan. Mike ne s'arrête pas, ne lâche pas le médium. Pas maintenant. Ce n'est pas ici qu'il doivent s'arrêter, c'est trop tôt. Il ne brise pas le silence, pas un mot ne passe la barrière de ses lèvres. Ce n'est l'affaire que de deux minutes. Ce parc, là, tout proche. Il ne connaît bien, il l'adore. Un grand parc à l'herbe grasse. Il passe le trottoir peut-être un petit peu haut et traverse les grilles jamais fermées. Sa main ne quitte pas la chaleur du voyant. Il s'enfonce dans les chemins, écrase l'herbe et enfin se stoppe. Ici. Ici tout ira bien.

Le ruissellement d'une rivière, le clapotis de l'Eau sur les cailloux qui bordent le lit. Un calme relaxant. Il libère enfin le poing.

Et maintenant ? Est ce qu'il lui pose la question, cette question qui lui brûle les lèvres. Non pas « qu'est ce qu'il s'est passé ? », pas non plus «  qu'est ce que tu lui as fait ? », encore moins « pourquoi »...

-Est ce que ca va … ?

Voilà tout ce qu'il a besoin de savoir...

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Wir werden uns wiedersehen [PV Max]

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